‹ Histoire de la littérature latine chrétienneChapitre 49 sur 460 · LA STRUCTURE INTELLECTUELLE DE TERTULLIEN · texte numérisé non relu

LA STRUCTURE INTELLECTUELLE DE TERTULLIEN

grands systèmes de la philosophie gréco-romaine, et, si incapable fût-il de suivre avec impartialité et sympathie la pensée d'autrui, il savait en extraire les idées maîtresses pour les réfuter ou les contraindre à s'allier à sa cause. Il a, du reste, beaucoup emprunté à la philosophie profane, surtout au stoïcisme. La littérature, l'histoire lui fournissent quantité d'exemples et d'allusions dont il enrichit ses développements. La physiologie même ne lui est pas étrangère : en un temps où toute démonstration se déroulait dans l'abstrait, par simple enchaînement de raisons liées en Ire elles ou de textes mis bout à bout, Tertullien a eu ce mérite d'élargir le champ habituel des logiciens et des psychologues, ses prédécesseurs ou ses contemporains; il s'est intéressé aux résultats des sciences naturelles ; il a entrevu le parti que le penseur pouvait en tirer pour ses propres spéculations ; et de tous les écrivains grecs et latins, ceux à qui il a témoigné le plus de considérations ou même de respect, ce sont les savants *. — Ajoutez encore ses vastes connaissances juridiques. Elles donnent, en grande partie, à son œuvre son ton général et sa couleur propre. Visiblement il y est passé maître. Quand il touche au Droit, ce n'est point comme un amateur qui se hasarde sur un terrain qui n'est point le sien, mais (sinon comme un jurisconsulte) du moins comme un caiisidiciis qui en connaît tous les secrets, tous les rouages, j'allais dire toutes les ficelles, et qui les fait habilement servir à son dessein particulier-. Si la subtilité, la vigueur logique, l'art

1. C'est ce que j'ai essayé de faire voir dans un article des Archives générales de Médecine, 1906, p. i3i7-i328.

3. Cf. P. DE Labriolle. Terlnllien jurisconsulte, dans la Nouv. Revue h-stor. de Droit français et étranger, ian\.-fév. 190C ; et Schlossmann, Terlullian in Lichte derJurisprudenz, dans Z.fiir Kirchengesch., xxvii (1906), a5i-

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de suivre, sans jamais en perdre le fil, un axiome fondamental dans son application à une multitude de cas différents, sont les marques essentielles de l'esprit légiste, Tertullien les a possédées à un haut degré.

Qu'on songe aussi au nombre de textes scripturaires qu'il a cités, interprétés, paraphrasés avec tant d'àpropos et de tenace volonté de convaincre. Il avait évidemment à son service tout Vinstriimenlam fidci, et sa mémoire, merveilleusement fidèle, quoi qu'il en dise, lui fournissait en chaque occasion les passages décisifs dont il avait besoin '.

Ni la littérature chrétienne primitive, ni celle du IP siècle, même l'hétérodoxe, ne lui étaient étrangères. Il avait lu le Pasteur d'Hermas, qu'il traita longtemps avec respect, puis avec fureur et haine, quand il vit le parti qu'en tiraient ses adversaires antimontanistes ; les Acla Pauli, sur l'origine desquels il donne, dans le de Baptismo, XVII, des indications très précises ; peutêtre aussi les Acta Pilaii (cf. Apol. XXI).

Parmi les opuscules montanistes, il lui vint en mains un recueil d'oracles des prophètes phrygiens. Il allègue, dans le de Anima, les Actes de Perpétue et Félicité, dont certaines parties sont pénétrées de l'esprit montaniste. Enfin il compulsa l'ouvrage anti-

i'j'â, 4o7-/t3o. ScHLOSSMANN met au point les exagérations qui iraient jusqu'à identifier Tertullien avec le jurisconsulte du même nom^dontcinq fragments sont cités dans le Digeste (I, m, 27 : Mommsen, Berlin, 1908, p. 34 ; XLl, II, ï8 : p. 701 ; XXIX, i, a3 et 33 : p. /iSy, et XLIX, xvn, k : p. 890.

I. Il possédait l'Ancien Testament dans la teneur du canon alexandrin, et, des 27 écrits dont se compose le Nouveau Testament, il n'omet dans ses citations que la seconde Épitre de Pierre, la seconde et la troisième Epître de Jean, et VÉpître de Jacques (un passage du Scorpiace, XII, prouve qu'il ne connaissait point celle-ci). 11 attribuait à Barnabe VEpître aux Hébreux. Ses bévues en matière de citations bibliques sont rares ; ainsi dans le de Faga, II, il confond les hérétiques de l Tim., i, so, avec ceux do // Tim., i, i5.

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