‹ Histoire de la littérature latine chrétienneChapitre 53 sur 460 · Cf. ApoL, XVIII · texte numérisé non relu

Cf. ApoL, XVIII

LE MONTANISME 89

exceptionnel pour que nul, dans l'antiquité chrétienne, n'en eût signalé l'anormal. Après les déceptions infligées par TertuUien à l'Église, on n'eût pas manqué d'en diminuer l'importance ou d'en expliquer l'origine, en rappelant qu'il avait assumé des responsabilités didactiques pour lesquelles aucune charge officielle ne le désignait, et qu'une telle usurpation l'avait grisé d'orgueil et finalement perdu. Or ce genre de considérations — si naturelles sous la plume des écrivains d'Eglise — n'apparaît nulle part, et ce silence achève de nous convaincre que la donnée de saint Jérôme peut et doit être acceptée comme authentique '.

Le grand événement de sa vie de chrétien, ce fut son adhésion au montanisme. Comment un tel homme, d'esprit si positif, si ami des organisations régulières, en pleine possession de sa maturité intellectuelle et de son prestige parmi ses frères, put-il se laisser accaparer par une secte orientale dont les dehors plus ou moins convulsionnaires étaient si peu faits pour le séduire ? C'est là un problème assez déconcertant, dont pourtant la solution, nous le verrons, n'est pas inaccessible.

Cette secte était née en Phrygie, probablement vers 172, sous l'impulsion d'un u prophète », Montan, à l'apostolat duquel deux femmes, Maximilla et Pris cilla, s'étaient associées. Sans se désintéresser de la « règle de foi » , les prophètes phrygiens ne formulaient aucune proposition qui fût de nature à y faire échec, et ne se permettaient aucune spéculation hasardée. Ce n'est pas sur ce domaine qu'ils portaient leur principal effort. Pénétrés du sentiment que le monde allait bientôt finir (l'on sait que cette croyance fut commune aux premières générations chrétiennes, mais ils

Page 1