‹ Histoire de la littérature latine chrétienneChapitre 54 sur 460 · Cf. p. DB Labriolle, B.A.L. A.C, igtS · texte numérisé non relu

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go TERTULLIEN

paraissent l'avoir sentie avec une intensité d'angoisse toute particulière), ils voulaient avant tout réveiller les âmes de la léthargie morale où elles leur paraissaient s'engourdir, les secouer par la crainte du jugement à venir et les préparer à cette formidable échéance, grâce à des réglementations ascétiques très précises. C'est ainsi que Montan avait prescrit des jeûnes dont le programme soigneusement fixé n'abandonnait rien au caprice individuel ; il recommandait l'acceptation joyeuse du martyre ; aux pécheurs coupables de prévarications graves, il refusait en principe tout pardon, pour ne pas rassurer leur faiblesse par de trop complaisantes amnisties.

Cette rigueur, pour redoutable qu'elle fût, n'allait pas cependant jusqu'aux excès oii l'ascétisme est souvent tenté de se porter. Il y avait chez Montan un certain sens pratique dont il avait aussi donné la marc[uc dans l'habile organisation de sa propagande. Ainsi il voulait qu'on supportât le martyre avec patience, mais non pas qu'on l'affrontât sans nécessité. De même, nettement hostile au second mariage — et en cela il avait pour lui une bonne part de l'opinion chrétienne, — il évitait de condamner l'union conjugale en soi. Il avait l'intuition des possibilités humaines, mais il n'hésitait pas à réclamer de la nature des détachements fort douloureux en vue de l'imminente catastrophe.

Le montanisme pouvait sembler, à première vue, ne faire autre chose que ramasser en soi, pour les porter au plus haut degré d'exaltation et d'enthousiasme, mainte croyance issue de la plus pure sève chrétienne. Pourtant, même dans son pays d'origine, il éveilla de bonne heure des défiances, et l'épiscopat asiate lui fut peu clément. C'est que Montan et ses femmes ne se

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dojinaient point pour des prédicateurs ordinaires d'ascétisme et de vertu, pour de simples zélotes soucieux de communiquer aux autres la flamme dont ils étaient animés. Ils se considéraient comme l'habitacle de l'Esprit ou, pour mieux dire, ils s'identifiaient à l'Esprit, l'extase étant censée abolir en eux tout ce qui tenait à leur personnalité propre. Bien plus, les fidèles de Montan le regardaient, et il se regardait lui-même, comme la vivante incarnation de ce Consolateur, de cet Intercesseur, de ce « Paraclet » dont le Christ, d'après le IV" Évangile (xvi) avait annoncé la venue à ses disciples, et qui devait, selon la promesse de Jésus, conduire ceux-ci à la vérité intégrale. Dès lors, les oracles de Montan devenaient comme un Testament nouveau, lequel n'annulait aucunement l'Évangile, mais le complétait en remplissant les lacunes que le Christ y avait volontairement laissées.

Le Montanisme n'était pas seulement une tendance, une simple direction morale, une aspiration vers une Aie plus rigide et plus pure : c'était la foi en la mission du Paraclet, incarné dans la personne de Montan, subsidiairement dans celle des prophétesses, et en la valeur absolue de ses ordonnances.

Telles étaient les idées fondamentales de la secte, à laquelle Tertullien donna son adhésion intellectuelle et le concours de son âpre talent. Il ne tarda pas à se séparer de la communauté de Carthage, et même à se disjoindre matériellement, lui et ses partisans, de ceux dont il jugeait la tiédeur offensante. Un passage du de Anima, IX, prouve qu'ils célébraient à part les cérémonies rituelles '.

Au surplus, le groupe montanistc de Carthage ne

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