SA CONCEPTION DU CHRISTIANISME III
accorder obéissance, pour avoir l'air de rhonorer. Quant à la crainte, il n'en veut pas... ' »
De cette conception, Tertullien pouvait déduire logiquement pour soi-même la nécessité d'une vie mortifiée, tout entière coordonnée et suspendue à la pensée de son salut individuel. Mais il n'était pas homme à borner son efTort à la poursuite d'une perfection purement égoïste. Outre que ses fonctions de prêtre l'obligeaient à l'action extérieure, il était trop combatif, trop passionné, trop avide de conquérir les âmes, de leur souffler ses idées, ses affections, ses haines, pour ne pas essayer de modeler autrui d'après son propre idéal, jusqu'à parfaite ressemblance.
En fait, voyez-le s'occuper de déterminer certaines règles de conduite à l'usage de ses frères, en des cas douteux ou controversés. Par exemple : dans quelle mesure était-il licite à un chrétien de participer à la vie païenne {de Idololatria), à une femme chrétienne de se parer [de Cultu feminarum) ? Fallait-il que les jeunes filles portassent le voile {de Virginibus uelandis) ? Quand et comment convenait-il de prier {de Oratione)? — Il ne se contente jamais de poser des principes généraux. 11 entre dans les faits particuliers, dans le tout petit des détails qui composent la trame de l'au jour le jour. Le de Idololatria est une sorte de traité de théologie morale oui, après avoir établi la gravité du crime d'idolâtrie, Tertullien passe en revue les diverses formes de la vie séculière, métiers, cérémonies, langage même, et s'attache à préciser chaque fois en quelle mesure le chrétien, ennemi des lâches à peu près, doit y collaborer. Et avec quelle minutie