‹ Histoire de la littérature latine chrétienneChapitre 66 sur 460 · Adu. Marc, I, iivii · texte numérisé non relu

Adu. Marc, I, iivii

il détermine les conditions de la prière, le ton, les gestes, l'attitude à observer {de Oratione) ! Avec quel scrupule il aune la longueur du voile qui convient aux vierges, indiquant comment il faut le disposer par devant et par derrière, et jusqu'oii il doit descendre, et l'âge précis où il faut qu'elles commencent à le porter ! 11 n'est pas de ces moralistes qui supposent que l'esprit seul suffît à tout vivifier. Il aime à tout prévoir pour tout réglementer, parce qu'il connaît la faiblesse, la perversité de l'homme et qu'il craint que celui-ci ne s'échappe par le côté où l'on aurait omis de tracer la route à suivre et d'élever des garde-fous. Il faut donc qu'une exégèse précise adapte les prescriptions de la loi aux réalités quotidiennes.

Voilà l'esprit, à la fois autoritaire et pointilleux, dans lequel il traite les problèmes que suscitait le développement de la vie catholique en un milieu hétérogène. Non qu'il soit incapable d'une sorte de douceur grave, d'une certaine onction même. Parcourons le de Paenitentia : c'est, non pas un traité didactique sur la pénitence en tant qu'institution ecclésiastique, mais bien plutôt une sorte de sermon où Tertullien s'adresse principalement aux catéchumènes encore peu au courant des exigences de la vie chrétienne, ou trop prompts à les éluder. On est frappé de ce qu'il y a d'apaisé, de bienveillant dans le ton qu'y prend Tertullien. Les duretés, certes, n'y manquent pas. Il est prompt à la colère contre « l'écoutant » qui, se fiant à la vertu purificatrice du baptême, prétend bien ne pas renoncer, jusqu'au moment de le recevoir, aux péchés qu'il aime (cf. § vi) ; contre le pécheur qui défaille de terreur à la pensée qu'il lui faudra vivre « sans se baigner, tout sordide, privé de toute joie, dans la rudesse du sac, sous l'horreur de la cendre, le visage défait par

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le jeûne » (xi). Mais on y peut noter en maints endroits une mysticité douce et compatissante, des accents de pieuse et tendre charité : par exemple, quand il insiste, pour rassurer le pécheur contre toute tentative de désespoir, sur la paternité de Dieu (viii).

Le de Patientia. le de Oratione respirent la même sérénité relative. Pareillement une émotion virile, sans rien d'affadissant, pénètre tout lad Martyres, sorte de (( consolation » dont Tertullien apporte le réconfort aux benedicti martyres designati qui attendent dans la prison de Carthag-e les épreuves de la torture et de la morl. Là encore pourtant, sous les dehors de l'humilité {nec taiitus sam, ut uos alloquar...), sous les respectueuses exhortations à accepter leur destinée glorieuse, perce la rigueur d'un ascétisme qui se ferait vite impitoyable pour l'ombre même d'une défaillance*.

Cet ascétisme, c'est le fond et c'est le vœu de la nature de Tertullien. Avant même d'avoir donné son adhésion pleine et entière au montanisme, il n'a cessé de combattre les mollesses, les abdications, les défaillances dont, à son gré, la mortelle langueur appesantissait l'atmosphère. Défense formelle aux chrétiens de prendre part aux spectacles, quelle qu'en soit la forme (cirque, théâtre, combats d'athlètes, combats de gladiateurs), car tout y rappelle l'idolâtrie ou y exhale la volupté {de Spectaculis). Défense d'exercer aucun métier qui, de près ou de loin, puisse coopérer au culte des faux dieux ; défense d'enseigner la littérature profane ; réserves expresses sur la pratique du commerce qui vit de cupidité, de fraude et confine si souvent à l'idolâtrie ; défense de participer à toute fête,

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