I. Cf. les S II et S iv
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à toute cérémonie, à tout usage inspiré du culte des faux dieux ; interdiction pratique d'accepter aucune charge publique ; inconî])atibilité entre le service militaire et le devoir chrétien ; proscription de toute formule verbale qui sent le paganisme {de Idololatria) ; défense aux veufs de se remarier ; aux chrétiens, de contracter des mariages mixtes [ad Uxorem). Voilà quelques-uns des retranchements qu'il préconise, et avec quelle rudesse sans merci, cjuelle acceptation résolument brutale de toutes les conséquences des principes qu'il a posés !
Pages admirables, d'ail!» vus, de dialectique, de vigueur subtile et d'ardent dcsir de convaincre. Chose curieuse, ce fougueux inquisiteur couve une dernière faiblesse : il a gardé une tendresse pour la rhétorique, ses raffinements, ses ruses de style. Parmi tant d'âpres exhortations, certains morceaux d'un tour raffiné et précieux font un singulier eflet. Voici comment, à la fin du de Cultu Feminarum, il énumère les vertus dont il convient aux femnu^s chrétiennes de s'embellir uniquement :
« Montrez-vous parées des cosmétiques et des ornements empruntés aux prophètes et aux apôtres. Empruntez à la simplicité votre blanc, à la pudeur votre rouge, peignez vos yeux de réserve et vos lèvres de silence, accrochez à vos oreilles les paroles de Dieu, nouez à votre cou le joug du Christ..., habillez-vous de la soie de la probité, du lin de la sainteté, de la j>ourpre de la pudicité, et, fardées de la sorte, vous aurez Dicn pour amant ! »
Il a donné une fois libre cum; s à cette veine secrète. C'est dans ce prodigieux de Pallio, qui est, à coup sûr, l'ouvrage le plus difficile d( lu latinité et à propos duquel, au XVIP siècle, Claude de Saumaise, incomparable exégète, a dépensé des trésois d'ingéniosité sans réussir à en débrouiller toutes les énigmes. Sous
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couleur de se justifier d'avoir échangé la toge contre le pallium, Tertnllien se livre (sur un thème d'ailleurs traditionnel '), aux développements les plus étourdissants, comme s'il voulait prouver aux lettrés de son temps quel rhéteur incomparable il eût été, s'il lui avait plu de faire profession de bel esprit. Tant de virtuosité volontairement frivole, chez l'auteur du de Jdololatria et de VApologeticum, a scandalisé le bon Tillemont : u On trouve dans le de Pallio, remarque- t-il*, une très grande érudition, mais je ne pense pas qu'on y trouve toute la sagesse et toute la gravité qu'on attend d'un homme de la réputation de Tertullien. » De son côté, Malebranche ^ pour qui Tertullie-n est le type de ces « imaginations fortes » qu'il n'aime guère parce qu' « elles passionnent tout », déclare que rien ne peut excuser (( ce beau dessein de se rendre obscur et incompréhensible ». Et il faut avouer qu'il est bizarre qu'un homme si pénétré du sérieux de la vie humaine, si frémissant de l'attente de l'éternelle patrie, se soit complu en ces déliquescences littéraires. Une telle contradiction révèle à quel point Tertullien reste l'homme de son temps, et à quelle profondeur l'a marqué cette culture profane dont il afTecte ailleurs de se méfier.
Ce n'est pas seulement dans l'ordre pratique, mais
1. Cf. Varron, dans sa satire intitulée Modius, fr. 3i4; Apollonius de Tyane, Philostr., p. So-j, 19 Katser ; Dion Chrys. Or. lxxii; Apulée, Apol. XXII. — Geffcken, Kynika und Venoandtes, Heidelberg, 190g, a bien étudié la question des sources. 11 rattache le de Pallio au genre « diatribe » et soupçonne que Tertullien a largement utilisé Varron. La note chrétienne est sensible surtout aux § II, IV, V et vers la fin de l'opuscule.
3. Mémoires pour servira VHist. eccl., Paris, t. II (1701), p. 337.
3. De la Recherche de la Vérilé, livre II, 3" partie, chap. m.
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aussi dans l'ordre intellectuel que Tertullien exerçait son magistère grondeur. Les « Gnostiques » n'eurent pas de plus redoutable ennemi.
La fantaisie intempérante de ces intellectuels pseudochrétiens, férus d'individualisme, avides de dogmatiser, qui bouleversaient la théorie de la création, différenciaient le vrai Dieu du Dieu Créateur et Législateur de l'Ancien Testament, inséraient entre ce Dieu suprême et l'univers sensible leurs couples d'éons aux noms étranges, leurs syzygies, plérômes, ogdoades, archontes ; qui volatilisaient la réalité des récits évangéliques, exténuaient le Christ historique en un Jésus fantôme, lequel ni n'avait souffert ni n'était ressuscité, réservaient à des catégories étroitement circonscrites le bienfait d'une rédemption dérisoire d'oii la plus grande partie du genre humain était exclue ; qui dénaturaient l'idée de l'Église, qu'ils personnifiaient en l'un des Eons de leurs cosmogonies funambulesques ; dont quelques-uns enfin proclamaient (< qu'il est loisible à l'or de se traîner dans la boue sans se souiller ', que les destinées de lame ne sont nullement solidaires des faiblesses de la chair, — des actes ne pouvant modifier la nature spirituelle de l'être — et que nul n'est obligé de souffrir pour un Christ irréel dont la Passion fut toute fictive : cette critique effrénée, cet orgueil qui refusait de s'incliner devant la commune croyance des fidèles, inspiraient à Tertullien la plus furieuse répulsion. D'autant plus que les Gnostiques excellaient à éveiller le doute dans le cœur de ceux qui avaient la faiblesse ou la présomption de discuter avec eux *, et que beaucoup d'âmes se sentaient trou-