‹ Histoire de la littérature latine chrétienneChapitre 76 sur 460 · B. — L.\ FUITE PENDANT LA PERSÉCUTION · texte numérisé non relu

B. — L.\ FUITE PENDANT LA PERSÉCUTION

La préparation au martyre était, en ces temps incertains, un des objets dont tout chrétien fervent avait le souci. Mais l'Église n'imposait pas aux fidèles le devoir absolu d'attendre de pied ferme l'arrestation, la torture, peut-être la mort. Polycarpe, l'évêque de Smyrne, cédant aux prières de ses amis, s'était réfugié dans une petite maison de campagne, aux environs

de la ville. Pareille avait été ou devait être l'attitude de Clément d'Alexandrie, d'Origène, de saint Gyprien, «l de bien d'autres personnages d'une incontestable vertu. En Afrique, non seulement les laïcs, mais les pasteurs eux-mêmes n'hésitaient pas à se mettre, le cas échéant, hors de l'atteinte des persécuteurs. Tertullien ne s'en scandalisait point naguère : « Etiam in persecutionibus », avait-il écrit dans VadUxorem (I, m), (( melius est ex permissa fagere quam comprehensum et distortum negaie. » Et encore dans le de Palientia (xni) : « Si fuga iirgeat, incommoda fugae caro militât. »

Cette concession, l'enseignement du Paraclet l'obligeait à la retirer. « Presque toutes les paroles » du Paraclet étaient pour exhorter au martyre ; deux des oracles cités par TertuUien y invitent expressément le fidèle. Quant aux fugitifs, le Paraclet n'hésitait pas à les « flétrir » ; en revanche, il promettait son assistance à qui ne se déroberait point aux affres des tourments.

Piien n'égale l'aisance avec laquelle TertuUien opéra la volte-face requise. Sans s'émouvoir de se contredire, il se mit, lui et ses pareils, à dénoncer comme illicite toute tentative pour éluder la persécution.

Il établit dans son de Fuga un principe, destiné à éclairer toute la suite. La persécutiou vient-elle de Dieu ou du démon ? Elle vient sûrement de Dieu, puisqu'elle exalte la foi et rend <( meilleurs » les serviteurs de Dieu. Le démon n'en est que l'instrument ; c'est Dieu qui en est l'auteur, et qui la déchaîne quand il lui plaît afin d'éprouver les justes ou de les châtier. Donc, pour mauvaise qu'elle paraisse au jugement faillible de l'homme, la persécution est chose bonne en soi : nuUo modo fuglendum eril quod a Deo euenit

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(§ iv). — Il est également indigne de s'en racheter à prix d'argent, de traiter avec les délateurs, les soldats ou les juges. Ces négociations sont une forme déguisée d'apostasie, une manière subtile de <( fuir » : Pedibus stetisti, cucurristi niimmis... Negatio est etiam martyrii recusatio... Non quaeritur qai latam ulam sequi paratiis sit, sed qui anguslam.

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