‹ Histoire de la littérature latine chrétienneChapitre 78 sur 460 · D. — LES JEUNES · texte numérisé non relu

D. — LES JEUNES

Sur la question des jeûnes, son principal effort semble avoir visé à installer à Carthage les pratiques ordonnées par Montan, et qui consistaient soit en jeûnes complets, obligatoires, soit en prolongation obligatoire de certains jeûnes au delà de la limite habituelle des « xérophagies ^ » .

On devine combien cette réglementation montaniste, rigoureuse et précise, devait plaire à Tertullien : tous les postulats de sa raison, tous les instincts de son tempérament autoritaire y rencontraient leur satisfaction absolue, s'y épanouissaient avec une combative allégresse.

Ce qui paraissait exorbitant aux catholiques non montanisants, c'était cette tentative arrogante pour réduire à néant, au nom de la prophetia noua, toute initiative individuelle et pour substituer aux mortifications ex arbitrio une série de lourdes mortifications ex impevio. Il y avait là un empiétement dont l'indiscrétion menaçait chacun dans son indépendance quotidienne, bien plus encore que les prohibitions relatives aux secondes noces. D'oii une révolte générale contre l'auteur de ces fantaisies dangereuses, le pseudo- Paraclet, que les catholiques identifiaient au « diable » et à (( l'antechrist », et contre sa séquelle de « faux prophètes ». Le meilleur asile que les catholiques pensaient trouver pour s'en défendre, c'était l'Ecriture et c'était la tradition, c'est-à-dire les habitudes jusque-

I. Pour la nature du régime xoîrophagique. cf. de Ici., i. Tableau des jeûnes montanistes opposés aux jeûnes catholiques, dans P. de Labhiolle, op. cit., p. 399-400.

l34 TERTULLIEN

là en vigueur. Toute détermination non scripturaire, et non traditionnelle, était proclamée nouveauté puérile et imitation suspecte des dévotions judaïques, ou des rites d'Apis, de Cybèle et d'Isis '.

TertuUien ne pouvait faillir à défendre l'autorité du Paraclet ainsi ravalée.

Sa discussion est de la plus rare insolence. Le mot gala revient une douzaine de fois dans le de leianio. Des goinfres, avides de se remplir la panse, et qui couvrent de mots respectables leurs dégoûtantes convoitises, voilà sous quels traits il peint ses adversaires. En outre, ces goulus sont des voluptueux : chez eux, la gourmandise se mue en lascivité, per edacitatem salacitas transit. Et TertuUien développe l'image et en précise les traits avec une complète impudeur. Tout le chapitre i est plein d'obscénités. Rien de moins chaste en son langage que ce forcené prédicateur de chasteté.

Page 1