I. De lei., xi ; xiv; xvi
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quement la discipline : an problème d'ordre dogmatique, le problème da « pouvoir des clés », s'y trouvait impliqué. Il a fallu que Tertullien prît position ; et ainsi il a été acculé à modifier, non pas seulement ses thèses anciennes sur la pénitence, mais aussi certaines parties de sa conception de l'Église et des prérogatives attachées à la hiérarchie cléricale.
Prenons notre point de départ dans le de Paenitentia. J'ai dit le caractère relativement tempéré et bénin de cet opuscule. Tertullien y admettait que le pécheur, tombé postérieurement au baptême dans une ou plusieurs fautes graves, eût encore droit à un pardon. Combien différent apparaît, dès la plus superficielle lecture, l'esprit dont est animé le de Pudicitia !
Dès les premières pages Tertullien laisse éclater ses colères. L'adversaire auquel il s'en prend est un évêque, sans doute un évêque romain. L'identification de cet évêque est un problème auquel des solutions fort différentes ont été données. On admet assez communément aujourd'hui (mais sans preuves décisives) que c'est Calliste qui est en jeu '. Or donc, Calliste venait, par un acte public, par une ordonnance lue dans les assemblées de fidèles, de déclarer qu'il autorisait pour sa part les fornicateurs et les adultères à rentrer dans l'Eglise après pénitence faite. Avec quelle ironie injurieuse Tertullien tourne en ridicule les allures orgueilleuses du pontife et l'hypocrisie sournoise de son exégèse ! Et ce n'est pas seulement par cette humeur sectaire que son montanisme s'af-
I. Voy. cependant pour les récentes discussions K. Auam, das sogen. Bussedikt des Papstes KalUstus, Miinchen, 1917 (Verôff. aas dem Kirclienhiil. Scminar Miinchen, iv, 5).
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firme : c'est aussi par un changement notable dans ses idées en matière de pénitence, et, pour tout dire, par une sensible évolution doctrinale. « Les flétrissures d'une chair souillée postérieurement au baptême ne peuvent être lavées par la pénitence » (xii, i), voilà le principe nouveau dont il s'inspire. Il y a des fautes qu'un chrétien ne doit plus commettre : l'Eglise, vierge sans tache, n'en saurait supporter la souillure. Pour ces fautes-là, point de pitié ; et que le coupable n'ait plus rien à espérer d'elle ! Il renie sans hésitation la thèse modérée qu'il avait développée dans le de Paenitentia. Il va même, au chapitre xxi, jusqu'à dépouiller du pouvoir de pardonner l'Eglise des « psychiques » (c'est ainsi qu'il désigne l'Eglise catholique, hiérarchiquement constituée) pour le transférer entre les mains de l'Eglise véritablement (( spirituelle », l'Eglise montaniste, laquelle d'ailleurs n'en usera que tout à fait exceptionnellement. Et il n'est pas sûr qu'ici il n'ait pas dépassé les hardiesses de Montan lui-même, pour satisfaire les exigences de sa pensée personnelle et de sa polémique.
Somme toute, un examen attentif des traités montanistes de TertuUien prouve qu'on aurait tort d'identifier rigoureusement le montanisme originel à celui dont les œuvres de TertuUien portent la marque. Au moment où TertuUien subit l'influence de la doctrine des prophètes phrygiens, il était en pleine maturité de pensée, en pleine maîtrise de talent. Il était dès lors inévitable qu'en y adhérant il y mît son empreinte et l'adaptât en une certaine mesure à ses conceptions propres. Il se garda, nous l'avons vu, dans sa théorie de l'extase, de légitimer le désordre physique dont les
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protagonistes de la secte avaient donné en Orient le spectacle un peu scandaleux : il estompa savamment tout ce qui, dans la prophétie phrygienne, sentait l'irrégulier, l'incohérent, le morbide. Il essaya aussi (c'est un des leitmotiv de ses discussions) de la rattacher au passé, de persuader à ses lecteurs que les prétendues innovations du « Paraclet » n'avaient rien de révolutionnaire, qu'à bien lire les Écritures on les y trouverait en esquisse ou en germe. Sur la trame théologique un peu frêle du montanisme primitif, il broda sa prestigieuse théorie des révélations successives qui montrait en l'œuvre du Paraclet l'aboutissement nécessaire du plan inauguré par Dieu dès l'origine de la création : développement de la discipline dans le sens d'une rigueur de plus en plus étroite, non pas évolution de la règle de foi, qui n'est susceptible, selon lui, d'aucun progrès dogmatique.
Au fond, il aurait voulu passionnément faire (( reconnaître», authentiquer, la prophétie montaniste. Sentant, à la fin, que l'Église — organisme hiérarchique et pluralité des fidèles — serait irréductible, il prit le parti de se séparer d'elle. D'ailleurs, il gardait intact son symbole de foi, son respect des Écritures, sa théorie de la prescription et de l'apostolicité des Églises. Il continuait d'écrire contre les dissidents des traités vigoureux où, plus d'une fois, il a donné à certaines formules dogmatiques leur expression presque définitive, l'aduersus Praxean, le de Resurrectione Garnis, le Scorpiace, le de Carne Christi, etc.
Prisonnier d'un passé qu'il ne voulait pas désavouer totalement, il aboutissait à d'étranges compromis, à des combinaisons ruineuses, dont mieux que personne il devait sentir les points faibles. Son cas est, au point de vue psychologique et religieux, d'un extrême inté-
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rêt, OÙ se mêle quelque pitié à l'égard de ce puissant esprit se débattant dans l'incohérence, sans réussir, fût-ce par tant de sophismes, à s'en évader.
Au point de vue littéraire, TertuUien peut être comparé aux plus remarquables représentants de la littérature latine de l'époque impériale. C'est là une vérité quelquefois méconnue, mais dont se convaincra irréductiblement quiconque aura lié un commerce un peu étroit avec son œuvre. On souffre de voir avec quelle incompétence malveillante sa langue et son style ont été quelquefois appréciés : c'est David Ruhnken, le philologue allemand du XVIIP siècle*, qui déclare pédantesquement : « Tertullianum latinitatis certe pessimum auctorem esse aio et confîrmo » ; c'est Auguste Matthiae^ qui flétrit sa langue « barbare » ; c'est Gourdaveaux^ qui déplore u qu'un pareil homme, aussi grand par le cœur que par la hardiesse de la pensée, n'ait eu pour truchement de ses idées qu'un mauvais patois provinciaL plus inapte encore que la vraie langue latine aux discussions abstraites, et qu'il ait écrit d'un style si obscur que sa pensée est encore plus difficile à démêler que celle de saint Paul ».
La vérité, c'est que TertuUien se rattache étroite-
1. RuHNREN passa une partie de sa vie à Leyde, mais il était originaire de Poméranie. Le jugement de Ruhnken est cité au long par E.-F. Léo- POI.D, dans la Zellsch. f. hisl. Theol. VIII (i838), p. 33.
2. Grandriss der Gesch. d. griech. and rôm. LUI., 3* éd., léna, i834, p. aa I.