Revue de l'Hlst. des Relig., XIII (1891). P
TERTULLTEN COMME ÉCRIVAIN 189
ment à la tradition littéraire de son temps. Il connaît les procédés de la « prose d'art », tels qu'ils s'étaient constitués chez les Grecs sous l'influence de Gorgias, d'Isocrate, de Théophraste d'Eresos et des rhéteurs d'Asie, tels que Cicéron se les était appropriés en les adaptant au génie de la langue latine. Anaphores, allitérations, coupes symétriques des xcoXa, etc., toute cette technique de la rhétorique lui est familière, et son œuvre en offre d'innombrables exemples. Il n'est pas jusqu'aux règles métriques des chutes de phrase qu'il n'observe généralement dans ses clausules'. Cela, c'est le fond commun de la tradition romaine, que les écoles conservaient et transmettaient d'une génération à l'autre. — En outre, Tertullien est contemporain d'Apulée, dont il a certainement lu les œuvres". Le goût de la variété dans le vocabulaire, l'amour de l'expression « rare », certaines afféteries de style, certains entortillements de pensée, ont pu lui venir de là. — On ne connaîtra toutes les richesses de son lexique que lorsqu'un inventaire complet, qui n'existe pas encore, en aura été dressé. Il a été appelé « le véritable créateur du latin d'Église^ ». L'expression n'est peut-être pas absolument juste, car il faudrait pouvoir mesurer la part qui revient aux traducteurs anonymes de la Bible. Mais il est évident qu'il a largement contribué à ce travail collectif par lequel la physionomie de la langue latine a été rénovée. Ses
1. Sur 803 fins de chapitres, on n'en conapte que 43, soit 5 o/o, où la clausule n'est certainement pas rythmique.
2. Cf. Kellner, Ueber die. sprachl. Eigenlumlichkeiten Tert., dans Tlieol. Quart., Lviii (18711), p. 229; G. Weïman, St. zu Apuleius u. seinen Nachahmern, dans les Sltz.-Ber. d. Bayer. Ak. iSgS, 11, p. .S4o-343 et 352 ; Van der \ i.iet, Studia écoles., Leyde, 1891, I, p. g et s. ; E. Norden, die Antike Kunstprosa, p. 6i4-6i5.