‹ Histoire de la littérature latine chrétienneChapitre 82 sur 460 · Harnack, a. cl., I, 667; Cf. NoRDEN, op. cit., p · texte numérisé non relu

Harnack, a. cl., I, 667; Cf. NoRDEN, op. cit., p

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créations verbales sont innombrables : les spécialistes constatent qu'elles apparaissent conformes, d'une façon générale, aux règles de la dérivation latine '. Pareillement sa syntaxe, sauf en de menues particularités, reste dans la ligne de celle dont usaient ses contemporains-. Mais il fait des mots, des phrases, ce que nul écrivain, depuis Tacite, n'en avait su faire, parce que son génie anime, vivifie et passionne tout. Formé aux disciplines juridiques, il éclaire les discussions théologiques de formules décisives que l'Occident s'appropriera {iina sabsfantia, très psrsonae ; duae siibstanliae, una persona ; et, pour la distinction entre les personnes divines, distinctio, non diuisio, discreti, non separati ; pour la distinction des deux natures dans le. Christ, coniiinctio, non conjusio, etc.). Puis, cjuoique marquée de la culture héréditaire, sa personnalité dominatrice, originale, maîtrise souverainement les formes dont elle use. A la différence d'un Minucius Félix, d'un Lactance et de tant d'autres écrivains chrétiens, on ne le surprend presque jamais à pratiquer Fart de ravir aux classiques des tours et des images. Il dédaigne ces larcins permis. C'est bien sa sève à lui qui circule à travers tant de pages vigoureuses et subtiles. Loin de nuire à ses dons littéraires, le montanisme leur a donné tout leur jeu. Il y avait çà et là quelque lourdeur fastidieuse dans ses traités du début, le de Baptismo, le de Paenitentia, par exemple. Le montanisme a mis à l'aise son tempérament, longtemps réfréné par la crainte de trop en dire et par certains scrupules désormais évanouis. Et cette âme de colère et de passion s'exhale d'autant plus

1. HoppE, Synl. u. Stil. des T., L. igoS, p. ii5. 3. Ibid., p. iiti.

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librement qu'elle croit représenter le véritable idéal religieux, en face des lâches qui le déshonorent en le rabaissant à leur niveau. Ses derniers traités pullulent de sophismes, et pourtant jamais Tertullien n'a été aussi vif, aussi nerveux, aussi pressant, et même aussi pathétique.

Quand on a goûté le plaisir que cause cette prose de combat, on a quelque peine à ne pas trouver quelque fadeur au style plus pur et plus édulcoré que le « bon goût » classique recommande. Elle a d'étranges raccourcis qui la rendent parfois redoutable ; mais c'est un gain pour l'esprit que d'avoir réussi à en percer les obscurités.

L'étude de la Passion des saintes Perpétue et Félicité doit être liée à celle de Tertullien. On verra un peu plus loin pour quelle raison. A lire ce morceau célèbre — d'une exaltation si ardente et si pure, d'une si touchante et gracieuse simplicité, à peine gâtée çà et là par un soupçon de rhétorique, — on se rend compte aisément de sa contexture. Le chapitre i est un prologue dû au rédacteur qui a cousu les diverses parties du récit. Au chapitre ii ce rédacteur raconte sommairement l'arrestation simultanée de Vibia Perpétua, jeune femme de vingt-deux ans, instruite et de bonne famille ; de deux jeunes gens, Saturninus et Secundulus ; enfin de deux esclaves Reuocatus et Félicité, tous catéchumènes. (Un peu plus tard, un certain Saturus, qui les a instruits, se livrera spontanément : § IV.) Puis il déclare qu'il va céder la parole

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à Perpétue, laquelle a rédigé de sa propre main le récit de ses souffrances. — Nous avons donc à partir du § m la narration de Perpétue elle-même : elle la clôt à la fin du S x, en observant qu'elle s'arrête à la veille du combat, et qu'il appartient à un autre de raconter, s'il le veut, ce qui se passera dans l'amphithéâtre. — Au début du § xi le rédacteur reprend la plume, mais pour un instant seulement : il ne fait qu'amorcer la description, due à Saturus lui-même, des visions dont le martyr a bénéficié dans sa prison. — Toute la dernière partie des Actes, depuis le § xiv, est du rédacteur qui, exécutant le vœu, ou plutôt, dit-il, le jîdeicommissum de Perpétue, trace le tableau des admirables luttes des martyrs, de leur mort sanglante, et dans une péroraison dont l'esprit est tout à fait analogue à celui qui respire dans le prologue, met en relief la leçon qui se dégage de ces exemples.

Il faut donc se représenter les choses à peu près ainsi : Perpétue et Saturus ont trouvé dans leur cachot le loisir de relater en un court récit les souffrances qu'ils ont endurées et surtout les « charismes » que Dieu leur a envoyés *. Ces notes tombent entre les mains d'un témoin de leur supplice, qui prend des renseignements complémentaires sur ce qu'il n'a pu voir de ses yeux % achève la narration des martyrs, et, de ces éléments divers, forme un tout, qu'il encadre dans une exhortation morale et religieuse. Il y a donc deux parts à distinguer dans ces Actes : la part du compilateur, la part des martyrs euxmes.

On a cru démêler parfois des traces de monta

1. s II : " sicut conscriptum manu sua et suo sensu reliquit » ; S xi : « visionem, quam ipse consciipsit ». Cf. S xiv.

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