‹ Histoire de la littérature latine chrétienneChapitre 91 sur 460 · I. La véritable référence estxxiii · texte numérisé non relu

I. La véritable référence estxxiii

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secours de Dieu ?» — Ne pourrait-on enfin voir un rappel de la grâce, bien ou mal comprise, dans ce reproche du païen Caecilius : (( Vous attribuez à Diem foutes nos actions, comme d'autres les attribuent au destin : ainsi ce n'est pas par un acte spontané qu'on adhère à votre secte, mais parce qu'on a été choisi par Dieu '. » L'assertion de Boissier paraît donc un peu aventureuse. — Quant aux arguments qu'il allègue pour démontrer qu'Octavius parle en stoïcien plutôt qu'en chrétien, peut-être n'ont-ils pas non plus toute la portée qu'il leur suppose. Si Octavius affirme que tous les hommes, sans distinction d'âge et de position sociale, sont capables d'arriver naturellement à la sagesse, natura insitos esse sapientiani, c'est qu'il veut protester contre les dédains aristocratiques de Caecilius, qui, toisant ces va-nu-pieds de chrétiens, a eu l'air de croire que, pour penser, il faut être bien vêtu. Octavius tient à lui faire entendre que la raison est la chose du monde la mieux répartie, et que peu importe le rang de tel qui discute, s'il discute bien. Il eût été tout à fait inutile d'embrouiller la question en faisant intervenir la doctrine de la grâce, et l'on doit savoir gré à l'auteur de ne l'avoir point fait. — Même observation pour les autres passages dont se prévaut Boissier. Replaçons dans son contexte le sibi credere, où il perçoit un écho de Sénèque. Octavius vient de parler longuement de la déplorable crédulité des ancêtres, de la masse d'erreurs que la tradition renforcée par l'éducation fait peser sur les esprits, et il ajoute : « [Ces dieux méprisables] vous les craignez... ; c'est que vous vous efforcez sottement d'obéir à vos parents, c'est que vous

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LA VALEUR ftELIGIEUSE DE l'oCTAVIUS i6i

préférez donner dans l'erreur d'aulrui, plutôt que de vous fier à vous-même *. » On saisit sans peine le sens du morceau. Ces lignes de Renan pourraient y servir de commentaire : (( Se convertir au christianisme n'était pas un acte de crédulité ; c'était presque un acte de bon sens relatif. Même au point de vue du rationalisme, le christianisme pouvait être envisagé comme un progrès ; ce fut Uhomme religieusement éclairé qui l'adopta ^ » — Quant au dernier passage allégué : (( la vérité s'offre d'elle-même, mais à condition qu'on la cherche », cette idée que la vérité est avant tout une conquête de l'âme est d'une psychologie si élémentaire ' qu'on ne doit pas s'étonner que Minucius Félix Tait posée en fait, sans « élargir » davantage le débat.

d) Autre critique : Minucius Félix a laissé échapper des phrases tellement imprudentes que jamais, s'il avait été chrétien sincère, il n'en aurait hasardé de semblables. Celle-ci, par exemple, sur les prodiges païens : « Qaae si essent facta, fièrent ; quia fieri non possunt, ideo non sunt ^ » Baehrens ne peut croire que Minucius Félix n'ait pas aperçu combien facilement l'argument pouvait être retourné contre les miracles chrétiens. G. Boissier lui-même fait un rapprochement (( piquant » ^ entre la réflexion susdite et celle-ci, de Renan : « Nous repoussons le surnaturel par la même raison qui nous fait repousser l'existence des centaures et des hippogriiîes : c'est qu'on n'en a jamais vu. »

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