‹ Histoire de la littérature latine chrétienneChapitre 92 sur 460 · Fin du Paganisme · texte numérisé non relu

Fin du Paganisme

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En réalité, Minucius Félix n'aurait songé à appliquer à sa propre foi le raisonnement par où il prétendait détruire la croyance aux miracles païens que s'il avait été lui-même un chrétien hésitant, ce qui est justement le point litigieux. Soyons assurés qu'il croyait à la réalité des (( charismes » surnaturels, dont les communautés chrétiennes recevaient le bienfait avec tant de bonheur et d'orgueil. Que l'argument dont il use ait été rétorqué, un jour, contre le christianisme, qu'est-ce que cela prouve ? Toute phrase isolée du contexte peut être à double tranchant. A ce prix, on devrait suspecter Arnobe. car il a raillé la mythologie par des procédés très analogues à ceux que Voltaire emploiera contre la Bible : et il serait prudent de se méfier de Lactance, qui a une phrase toute u protestante » sur les droits de chaque individu à se faire sa propre religion K Pour voir dans le texte incriminé une insinuation sceptique, il faut être dans la disposition d'esprit de Baehrens, qui, sans sourciller, appelle Minucius Félix (( un précurseur des Strauss et des Renan » !

e) G. Boissier s'étonne aussi de l'antipathie de Minucius Félix contre le oulte extérieur, contre les temples, les statues, contre toute représentation, ou, si j'ose dire, toute circonscription du divin. Pour Octavius, il n'y a qu'une bonne manière de prier Dieu, c'est de lui offrir un cœur pur : « Voilà, sans doute, une belle profession de foi. observe G. Boissier ; mais

I. Instit. div., II, viii. « Gliacua doit se lier à soi-même daas ce qui est la plus importante affaire de sa vie, et se servir de son jugement et de ses propres sens pour chercher et évaluer la vérité ; ceux qui nous ont précédés dans le temps ne nous ont pas nécessairement précédésdans les voies de la sagesse, etc. » — Un Jésuite du xv!!!" siècle, le Père de Laubrussel, observe, non sans dépit, que <( les critiques se sont toujours prévalus de cette maxime de Lactance mal entendue ». Traité des abus de la critique en motièrede religion, 171 1, p. 70, note.

LA VALEUR RELIGIEUSE DE l'OCTAVIUS i63

Sénèquc l'aurait signée aussi bien que Minucius. Si c'est là toute la doctrine des chrétiens, ils ne sont qu'une secte philosophique comme les autres *. » La surprise de G. Boissier est très légitime ; mais ce n'est pas seulement à propos de VOclaidus qu'il aurait eu le droit de la manifester. 11 y a chez les apologistes des premiers siècles, et jusque chez Lactance, un grand dédain de tout cérémonial en matière de religion. Par réaction, ils redoutaient l'ombre même de l'idolâtrie; et, d'autre part, des textes scripturaires comme ceux d'Isaïe,!, ii ; lxvi, i ; àe.^ Actes, xvii, 2^ ; vn, /i8- 5o, les incitaient à opposer à toutes les formes extérieures de la religion l'holocauste bien préférable de la piété et de la vertu. La mise au point ne s'est faite que peu à peu, sous la pression des nécessités cultuelles. Il n'est donc pas surprenant que Minucius Félix paraisse çà et là bien intempérant, lui catholique, dans son hostilité contre certaines manifestations du sentiment religieux.

J) Nous arrivons enfin au grief fondamental, celui dont nous avons le plus à retenir. Ce qu'il y a de plus déconcertant dans VOctaaius, ce ne sont pas les contradictions avec les dogmes chrétiens — il n'est nullement prouvé qu'elles existent vraiment, — c'est le silence que garde l'auteur sur les dogmes chrétiens.

Octavius reste délibérément dans l'ordre des vérités philosophiques les plus générales : nécessité d'une Providence qui organise et régit l'univers, unité de Dieu, discussion et réprobation des fables scandaleuses mises au compte des dieux, et des rites par les-

1. Fin du Paganisme, I, 381. Des déclarations analogues de Sénèque sont, en effet, signalées par Fr.-X. Bûrger, Minucius Félix und Seneca, Munich, 190/4, P- 28.

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quels les païens prétendent les honorer, apologie de la vie chrétienne : tels sont les principaux points qu'effleure successivement le champion du christianisme. Il est impossible de ne pas être frappé de tant de lacunes. Il y a dans sa plaidoirie quelques réminiscences des Ecritures ' ; mais, nulle part, il n'explique ce que sont les sources sacrées de la foi ! Il néglige complètement la preuve tirée de l'accomplissement des prophéties, qui avait paru à saint Justin si décisive-. Il touche aux dogmes de la résurrection et des rémunérations d'outre-tombe ; mais il se tait sur tous les autres. Voilà un exposé bien chétif, bien incomplet, et qui donne une idée tout à fait insuffisante de l'économie de la révélation chrétienne.

Ici, le fait est indubitable et il serait oiseux de chercher à l'éluder. C'est donc une explication qu'il faut fournir. Voyons celles qui ont été proposées.

On a eu d'abord recours à une interprétation autrefois en faveur, mais qui a beaucoup perdu de son crédit. Minucius Feli7i4^ aurait été contraint au siienoe par cette discipline de Tarcane, qui obligeait, dit-on, les fidèles « à ne jamais parler ouvertement de la foi et du culte devant les catéchumènes ou les infidèles ». — Mais pourquoi aurait-il été plus mystérieux que saint Justin, qui dévoile dans sa première apologie

I. En petit nombre : comp. Octmiius, xxxiii, 3, et Josaé, x, ii ; 0«l., XXIX, 3, et Jércmie, xvii, 5. Quelques expressions sont prises à saint Paul : ex. spei colieredes (xxxi, 8), cf. Ep. à Tiie, m, 7 ; Ep. aux Romains, viii, 17 ; unum bonum sapimus (xxxi, 6) et Ep. aux Romains, xv, 5, etc. En plusieurs endroits, on se demande s'il a puisé chez saint Paul ou chez Sénèque ; très probablement chez Sénèque, si l'on en juge à l'analogie de certaines formules. (Voy. Oct., xxxvi, 8, et Sénèque, De Prou., II, 2.)

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