Cf. le chap. i
l66 MINUCIUS FELIX
convictions particulières. Il aurait été un hérétique tout édulcoré et prudent. L'expression la plus adoucie de cette interprétation se trouve dans Kuehn ^ Selon Kuehn, Minucius Félix, philosophe éclectique, aurait choisi parmi les dogmes chrétiens ceux qui convenaient le mieux à sa nature d'esprit et il se serait fait ainsi une c( doctrine personnelle », allégée des croyances inacceptables. — Baehrens ^ a repris la même idée, mais en la poussant à bout. A ses yeux, les réticences de Minucius Félix, comme aussi ses maladresses, s'expliquent par l'excellente raison qu'il n'était pas un croyant. C'était un philosophe, un lettré, qui a vu dans le christianisme une excellente discipline, toute proche de la sagesse grecque, mais mieux adaptée que la sagesse grecque à l'usage quotidien de la vie. Il s'y est donc rattaché, avec la pensée d'en offrir à ses frères une interprétation épurée ; et il a abandonné à la foule inhabile les chimères qui répugnent à la raison.
Paradoxe évident, dont la fausseté crie. Que si Lactance et saint Jérôme l'ont reconnu comme un des leurs, c'est sans doute qu'ils n'ont aperçu chez lui aucune trace de (( rationalisme ».
Ernest Renan a apporté, lui aussi, son exégèse, beaucoup plus nuancée. Il croit voir dans les lacunes de VOclauius la dissimulation concertée d'un (( habile avocat », éludant les côtés difficiles de sa croyance pour enlever plus aisément l'adhésion d'auditeurs peu documentés. Cédant, une fois de plus, à sa manie des rapprochements, il comparait Minucius Félix au prédicateur de Notre-Dame ' « parlant à des gens du
I. Der Octavias des M. F., Leipzig, 1883. a. V. la Préface de son édition.