Marc-Aurèle, p. io
LA VALEUR RELIGIEUSE DE l'oOTAVIUS 167
monde faciles à contenter, se faisant tout à tous, étudiant les faiblesses, les manies des personnes qu'il veut convaincre, affectant, sous sa chape de plomb, les allures de l'homme dégagé, faussant son symbole pour le rendre acceptable. Faites-vous chrétien sur la foi de ce pieux sophiste, rien de mieux; mais souvenez-vous que tout cela est un leurre... »
Voilà une bien vive sortie : faut il accepter dans toute leur rigueur ces sévères paroles ? Minucius ne serait-il qu'un Tartuffe onctueux et un dévot escamoteur? Je crois que, pour rétablir l'exacte nuance du vrai (tel au moins qu'il m'apparaît), il faut nous remettre sous les yeux le but que poursuivait Minucius Félix dans son opuscule. C'est la condition indispensable pour bien apprécier la méthode dont il a usé en vue d'y atteindre.
Ce n'est évidemment pas pour le populaire que Minucius Félix a composé VOcfaaius : c'est pour les gens du monde, pour les lettrés. Ses personnages sont d'une distinction parfaite et d'une culture évidemment très aiguë, si l'on songe à tant d'allusions, de citations, qu'ils saisissent sans le moindre effort. Minucius Félix n'était pas un chrétien à la Tertullien ; il vivait parmi ses pairs, il comptait d'excellents amis dans le milieu païen, et il connaissait les préjugés antichrétiens dont sa caste était spécialement imbue.
C'est justement parce qu'il les connaissait et que peut-être un ouvrage, un discours du rhéteur Fronton lui en avaient montré, une fois de plus, toute la virulence, qu'il a voulu essayer de les dissiper.
Pour prouver à ses lecteurs païens qu'il n'ignorait point la force de leurs raisons, il a prêté au réquisitoire de Caecilius la logique, l'éloquence la plus serrée;
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la réfutation devait en prendre une autorité dautant plus grande.
Cette réfutation, dans quel esprit l'a-t-il composée? Une phrase très caractéristique, où Minucius, censé arbitre dans le débat, résume son impression sur le discours d'Octavius, va nous le montrer * : « Pour moi, mon admiration était si grande que j'étais tout hors de moi : j'admirais qu'il eût prouvé par des arguments, par des exemples, par des autorités tirées de ses lectures, toutes ces choses qu'il est plus facile de sentir que de dire : qu'il eût vaincu les méchants avec ces mêmes armes de la philosophie dont ils se servent, enfin qu'il eût montré la vérité non seulement facile à comprendre, mais sympathique. » D'après cet aveu, qui est, en définitive, celui de l'auteur, il s'était agi pour lui d'abord de donner corps à sa croyance, de la faire sortir des limbes du sentiment, et de l'exposer au grand jour devant des esprits habitués de longue date à l'art de discuter — tâche assurément délicate. Ensuite, de prêter à son apologie l'appui d'arguments que les païens ne pussent récuser a priori. De là tant de réminiscences des bons auteurs et sa complaisance à s'autoriser de la philosophie profane. Il convenait enfin de donner à la doctrine un tour heureux, de la rendre aimable, d'incliner le cœur à la faire sienne.
Mais il demeurait entendu que l'orientation générale de son exposé apologétique ne devait pas dévier de la ligne que lui avait tracée précédemment le réquisitoire de Caecilius. Octavius le dit formellement au début de sa réplique. 11 veut « effacer, dans l'eau vive des paroles de vérité, la souillure des injures amères ». C'est pour cela qu'il prend une à une les allégations