I. XXXIX, I
LA VALEUR RELIGIEUSE DE l'OCTAVIUS 169
de son adversaire, pour essayer d'en démontrer l'inanité. A part l'unité de Dieu et la Providence, il n'établit que deux dogmes, le dogme de la résurrection et celui des peines futures : ce sont précisément ceux-là que Gaecilius avait attaqués. 11 tâche de nettoyer l'esprit de son ami de ses idées fausses, de ses jugements erronés. Gaecilius est peu à peu gagné par la conviction chaleureuse de cet antagoniste, qui lui est d'ailleurs si cher. Ses préjugés tombent, il s'avoue vaincu ; mais ce n'est pas tout à fait le :
Je vois, je sais, je crois, je suis désabusée
de Pauline, dans Polyeucle. Il adhère sur les points précis qui ont été mis en discussion et sur ceux-là seulement*. 11 lui reste des difficultés, dont la solution est remise au lendemain.
Octavius a évité d'amorcer tout débat provisoirement inutile, qui, le détournant de son- objet, aurait pu lui faire oublier la réfutation de tel grief déjà articulé : et cela, non pas seulement dans Tordre religieux, mais aussi dans l'ordre purement naturel. C'est ainsi qu'il ne fait qu'une rapide allusion à la procédure spéciale usitée contre les chrétiens-. Il ne défend pas non plus le loyalisme des chrétiens, leur respect pour les chefs d'État : Gaecilius ne les avait pas incriminés là-dessus. 11 tient à établir une concordance, une symétrie parfaite entre l'attaque et la défense, et il élimine toute question qui ne rentre pas dans son cadre.
Mais, après tout, de ce cadre il était maître. Pour-
I. <r Itaque quod pertinel ad summam quœstionis, el de providenlia fateor et de Deo cedo et de sectx Jam noslras sinceritate conjîdo. » (xl, 2.) a. xxviii, 3.
quoi ne l'a-t-il pas élargi suffisamment pour y faire entrer les principaux dogmes de sa foi ?
C'est, sans doute, qu'il a voulu atteindre dans son opuscule, véritable brochure de propagande, une classe bien déterminée de lecteurs, gens de l'espèce de Gaecilius, assez sceptiques sur le fond des choses, assez peu curieux de questions de métaphysique, mais dont l'agnosticisme se conciliait avec une piété romaine très susceptible et très ardente ; qui, donc, méprisaient les chrétiens pour leur intrépidité dogmatique, plus choquante encore chez de petites gens ; qui les redoutaient pour les méchants bruits qui couraient sur eux, et vouaient à la destruction ces contempteurs de Rome et des dieux.
Pour trouver des points de contact avec des esprits ainsi façonnés, convenait-il de poser d'emblée, par une sorte de bravade un peu fanatique, des affirmations incompréhensibles sur le Verbe, les prophéties, les rapports du Père et du Fils, etc. ? Évidemment, non. Il fallait discuter posément leurs griefs, les forcer à en reconnaître le néant, les amener à des vues plus équitables et, comme la défensive est toujours une attitude un peu gauche, leur pousser quelques pointes vigoureuses.
C'est précisément ce que Minucius Félix a fait. Des trois éléments dont se composent les premières apologies : justification des chrétiens, critique des croyances païennes, exposé dogmatique du christianisme, il a développé les deux premiers, et il a négligé ou ajourné le troisième. Tactique d'avocat, si l'on veut (Minucius Félix connaît très certainement les artifices du barreau, on s'en aperçoit çà et là), mais tactique légitime, en somme, si Ton songe qu'il y a comme une pédagogie de la croyance et que cette pédagogie