LE COMMANDEUR
Eh oui^ j'aime à boire, moi,
Lorsque ma ménagère D'un yin frais, de bon aloi ;
Gatment rempli mon yerre.
Jusque-là rien d'extraordinaire et notre commandeur est calme, c'est à la fin qu'il faut l'entendre.
sous LA RÉVOLUTION 163
Quand j'aurai fait mes adieux
A la machine ronde.
Je veux au banquet des dieux
Que Ton chante à la ronde
Eh oui, etc.
Le vin* ressemble au plaisir.
Un peu réjouit l'âme ; Trop contenter le désir,
Eteint bientôt sa flamme.
Eh, oui, etc.
Mais toujours boire* est malsain.
Un baiser est plus tendre ; Beile^ donnez-le au voisin,
Ou laissez-le lui prendre.
Et alors le commandeur embrasse M"* d'Erby !
Les trois volumes dont se composent les Soupers du Vaucluse sont dans ce goût. Durant dix-huit soirées ce n'est que chants et ris. Enfin l'hiver approche', il faut rentrer à la ville. La marquise fait promettre à ses invités qu'on se rassemblera à Paris pour « donner suite à leurs charmantes orgies. » Un dernier duo est chanté par Saintré et M"*" d'Erby qui a consenti à lui donner sa main. Le duo est cent fois interrompu par le commandeur, décidément insupportable, qui ne cesse d'entonner :
Non, noD, je ne veux aimer
Que le jus de la treille ; Je ne veux plus m'enflatnmer.
Que pour toi, ma bouteille!
tandis que personne ne lui dispute cet amour malheureux. Puis rassemblée terminée, on entend les fouets des postillons impatients.
— L'amante de Titon,dit la marquise en embrassant encore une fois le commandeur, fait pâlir nos bougies ; profitons de la fraîcheur matinale, on y est plus sensible dans ces climats-ci ; et Fodorat jouit si délicieusement qu'on ne regrette jamais la petite corvée de s'être levé matin.
Et se tournant vers ses invités :
— Allons, s'écrie-t-elle, bergers avec bergères, et Tabbé au milieu de ma grande voiture, pour la décence.
La seule production qui, sous forme de roman, se ressente de Tavènement révolutionnaire est un fort ennuyeux ouvrage en deux volumes, de Lavallée, intitulé : Le nègre comme il y a peu de blancs.
A l'époque où parut ce livre, une des causes les plus intéressantes que l'on pût plaider au tribunal de l'humanitéi était sans nul doute celle des nègres.
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Lavallée se fit leur avocat. Le mot humanité étant dans toutes les bouches, il souhaita qu'il fût de même dans tous les cœurs. Convaincu que ce n'était que par la peinture souvent répétée des misères humaines que Ton parviendrait par degré à développer ses forces, il traça de nombreux tableaux. « Les sociétés philanthropiques, dit-il, dans sa préface, les Académies de bienfaisance, les couronnes consacrées aux généreux dévouements, voilà les occupations de ses premières années ; préparons-lui d'avance des ouvrages plus nobles, et plus dignes de sa maturité ; et tandis que ses mains débiles encore s'essayent sur des individus isolés, apprenonslui qu'un jour des efiForts plus sublimes l'attendent, et qu'après s'être exercé sous le toit solitaire du pauvre, il sera de sa grandeur de sécher les larmes des nations à la face de l'Univers.
« Assurément un roman n'est pas fait pour opérer une aussi grande révolution ; mais un roman est lu de tout le monde, et peut-être est-il de la bonne politique de faire aimer d'abord ceux que Ton verut servir ensuite. C'est à la puissance de la* discussion à consommer ce grand œuvre, s'il est vrai, toutefois, que le mal en soit venu jusqu'à ce point que l'on soit obligé de discuter si ce ne serait pas un bien de briser les fers de l'innocence? Génies du premier ordre ! cet honneur vous regarde ! la modestie est le premier devoir de l'homme de lettres ;
il doit^ la consulter, surtout quand il s'agit d'un aussi grand intérêt. En pareU cas, il n'est pas permis d'essayer ses talents, il faut être sûr de ses forces. Mon cœur m'enseigne bien ce que l'humanité doit faire, l'éloquence me manquerait, sans doute, pour l'enseigner aux autres. »
Quels ont été les moyens employés par l'auteur pour faire aimer les noirs? la sensibilité et l'amour du bien. Ce sont les uniques dons de la nature dont il s'enorgueillisse. Si on lui reproche de n'avoir écrit qu'un roman, il répond que les actions de son héros sont les traits détachés de la vie de différents nègres, qu'il a recueillis, rassemblés, liés ensemble, et dont il n'a fait qu'un tout. Ce n'est donc pas précisément un roman ; c'est l'histoire d'un caractère national, offert dans le caractère d'un seul homme. Cet homme a des vertus et il est aimable. Si ces vertus ne sont autres que celles de sa nation, on doit les respecter.
Yoilà le plan et le but de l'ouvrage. Reste la forme.
Notre oncle Tom s'appelle Stanoko :
Stanoko fut le nom que je reçus en naissant, l'amour veillait pour ainsi dire à côté de mon berceau, et les premiers regards que j'ou?ris à la lumière reuconlrèrent les charmes d'Amélie.
Amélie est une Africaine, mais son père est de Nantes. M. Benoit et sa fille ont fait naufrage à l'embouchure du Sénégal, ce qui explique la rencontre des charmes d'Amélie. Pris d'amitié i)our Stanoko, M. Benoit l'initie aux secrets de la civilisation, lui apprend à prier Dieu, à cultiver la terre^ à bâtir des maisons. Stanoko paie son bienfaiteur en se mettant à la poursuite d'Amélie, enlevée par des guerriers noirs. Il parcourt l'Amérique, arrive en Europe, retrouve sa bien-aimée qu*il épouse, après s'être créé une importante situation à Nantes.
Le récit est vif et correct. Mais le style d'une simplicité bénigne devait être peu propre à convaincre. Le Nègre n'obtint d'ailleurs qu'un médiocre succès et, à parler franc, nous serions le dernier à nous en étonner.