NICOLAS DE BONNEVILLE
Nicolas de Bonneville, naquit à Evreux, le 13 Mars 1760. A la fin de sa première année de philosophie,le professeur ayant soutenu dans une thèse que Rousseau défendait de prier, Bonneville impatienté quitta son banc et revint un instant après tenant VEmile^ où il lut le passage commençant par ces mots : Faites vos prières courtes selon Vinstruction de Jésus-Christ.
Mais laissons à Bonneville le soin de raconter rincident .
« Je ne puis, écrivait-il à un ami au mois de juin 1781, m'empêcher de sourire amèrement quand je pense aux préjugés dont on avait troublé mon cœur d'enfant pour me défendre de lire ^mi'fe. Je ne me rappelle jamais, sans une espèce d'indignation, que j'eusse été perdu sans ressource, si Ton m'eut surpris un volume d'Emile entre les mains.
<r Le nom de Rousseau était vraiment en horreur dans mon pays. Dans les cahiers de philosophie qu'on nous dictait au collège, et qui avaient eux-mêmes été dictés à notre professeur par un célèbre professeur
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de Gaen, il n'y a pas d'injures et de blasphèmes dont Je nom de Rousseau ne fût profané ! A la fin de Tannée, on écrivit dans une thèse publique que c'était un athée, qui avait défendu la prière.
(( Je vins à la thèse, et je dis peu de mots; c'était que Rousseau avait expressément ordonné la prière. On me donna un démenti si bien prononcé, que l'assemblée me couvrit de toute sa honte. Je sortis, et au moment où je passais pour un athée, pour un des suppôts de Lucifer, j'eus le courage de reparaître dans l'assemblée. J'étais encore enfant, je vis l'intérêt que j'inspirais à plusieurs. Le professeur paraissait jouir de ma confusion avec délices, et semblait prendre plaisir à la redoubler de plus en
plus.
« Je me lève tout indigné, tout tremblant. Je sens encore le silence de l'assemblée qui me fit tressail lir : j'ouvre un livre, c'était ï Emile ; je lis :
« Faites vos prières courtes, selon l'instruction « de Jésus-Christ : faites les toujours avec le re- « cueillement et le respect convenables. Songez qu'en « demandant à l'Être suprême de l'attention pour « vous écouter, cela vaut bien qu'on en mette à ce « qu'on va lui dire. »
(( Je ne pus voir la laide grimace que nous fît le professeur ; j'avais les yeux troublés de larmes, et quoique j'eusse alors les rieurs de mon côté, je me livrais aux plus douloureuses réflexions.
« Si je n*avais pas ea un peu de mémoire, j'allais devenir l'horreur de mon pays.
« Cette aventure fit du bruit, et on lut Emile, et l'on a béni son auteur. »
Il termine sa lettre en s*excnsant d'avoir pris un ton trop imposant, peut-être, mais en pensant à Rousseau, en parlant de lui, son âme s'élève, en ce sens que l'impression participe à la noblesse des sentiments.
Enfin il recommande au destinataire, si jamais il trouvait quelques ignorants, esclaves des préjugés, qui s'eflorçassent de rabaisser Jean Jacques, de ne jamais leur opposer pour les confondre, autre chose que des arguments des mœurs et des vertus. Voilà, dit-il, la seule apologie, digne de l'ami de la vérité.
L'aventure fit grand bruit et Bonneville ne pouvant plus rester au collège, après le scandale qu'il venait d'y causer, vint achever ses études à Paris.
On a dit qu'il trouva dans la générosité de d'Alemberl le moyen de se livrer à son goût naissant pour la littérature ; mais quoiqu'il ait parlé plusieurs fois de la générosité de ce philosophe, Bonneville ne dit pas en avoir ressenti personnellement les effets. On en jugera d'ailleurs par l'efifayante peinture qu'il a fait du sort des jeunes écrivain»
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qui se rendaient à Paris, sans fortune et sans protection.
Bonneville commença par se plaindre de la frivolité des journaux. N'oublions pas de dire que. nous sommes en Tannée 1786. Quelques-uns seulement veulent bien consacrer une critique impartiale aux généreux efforts d'un auteur; mais ils s'en tiennent encore au simple examen des ouvrages; ils ne font jamais connaître le personnel de cet auteur. C'est un silence funeste aux jeunes écrivains. Il supplie qu'on arrache ces infortunés qu'on opprime, à tous ces entrepreneurs avides qui trompent la confiante jeunesse etl'épuisentde fatigues et de veilles. Il les accuse de s'approprier le plus souvent les œuvres d'autrui. Il cherche par tous les moyens possibles à affranchir ses confrères d'un joug écrasant, et de crainte que flétris par le malheur, le courage ne les abandonne, et qu'ils ne meurent en s'écriant comme Brutus : « La vertu n'est rien qu'un vain nom I » le voilà, comme dernier argument, qui raconte l'histoire de Chatterton.
Bien que la mort de Chatterton ne remontât qu'à seize ans, on ne connaissait presque point en France, la triste fin du jeune poète; dénoûment d'une vie toute d'amertumes et de larmes. Bonneville fut pour Chatterton ce qu'il devait être plus tard pour Shakespeare, un révélateur. Seul il écrivit en quelques lignes, une biographie exacte, sur des données
inédites et des renseignements variés. Ce travail est resté inconnu, comme tous ceux auxquels il s'est si ardemment livré. Nous voulons le reproduire ici, où il est intéressant à un double litre.
DÉSESPOIR DE CHATTEBTON
« Chatterton que les Anglais regardent aujourd*hui comme un de leurs plus grands Poètes modernes, qulls louent — après la mort — comme le plus puissant génie qui ait jamais existé^ s'est tué de désespoir.
(( Il lui fallait encore trois mois pour achever sa dix-huitième année. Ses poésies n'ont été imprimées qu'après sa mort.
« L'histoire de ce jeune homme, qui n'est point encore connue en France, esl trop intéressante pour ne pas entrer dans quelques détails* Donnons une faible idée du génie qu'ils ont étouffé à sa naissance. Tant il est peudegens assez courageux pour juger un ouvrage manuscrit avant que la multitude ait prononcé I
« Thomas Chatterton est né à Bristol, le 20 Novembre 1752; il a été élevé à une école de la Charité, ou son Magistrat lui apprit à lire et à écrire, et
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un peu d'arithmétique : à quatorze ans il entra dans l'étude d'un Procureur. Il décela bientôt un goût extraordinaire pour la Poésie, pour les antiquités anglaises, et pour le blason ; à peine dans sa quinzième année, cet infortuné eut le sentiment de tout son génie. Cette force prématurée d'une conception sublime, Vassurait aussi que jamais quoi qu'il put créer de grand et , d'inimitable y on ne rendrait justice à un poèiéde son âge.
« N'oublions pas de rappeler qu'il était clerc de Procureur, lorsqu'il commença par faire la plus étonnante étude du plus ancien langage de la nation. Il parvint aussi à imiter tout ce qu'il y a d'hiérogliphes dans les caractères du quinzième siècle. Et alors il se mit à composer ses poésies en ancien langage et à les écrire ensuite sur les parchemins les plus sales et les plus racornis. Ses grands pères et son père avaient été, sans interruption, depuis plusieurs siècles, sacristains de la chapelle de Bristol ; et il conçut le dessein d'altribuer ses poésies à Thomas Rowley, un ancien moine de Bristol sous Henri VI et Edouard TV.
« Il fit aussi en marge de ses poésies, u^i vocabulaire et des notes, qui seuls annonçaient dans un enfant de 16 à 17 ans, un génie vaste et un grand savoir.
« La plus insolente brochure où les Français sont bien déchirés, n'est jamais à Londres un ouvrage sans mérite.
((Leurs plus fameux poètes modernes sont vraiment coupables d'injustice envers nos grands écrivains. Il y a longtemps que je me propose de leur répondre ; mais j'ai cru qu'un français devait opposer à des injures de simples observations critiques, et Tun n'est pas aussi facile que l'autre.
« Quoique je pense bien comme eux que nos tra* ductions ne donnent pas une véritable idée de leurs grands écrivains, je viens leur prouver à mon tour qu'ils ont encore plus défiguré les nôtres, et qu'ils ont encore la vanité de se faire dire dans un insipide prologue, qu'ils ont ajouté à la correction Française A, Britith fire» Je montrerai un peu quel est ce feu britiche^ et l'on saura quel est encore le succès de ces chef-d'œuvres Britiehisés,
u Je dirai comment encouragés par les plus bizarres succèa, ils traduisent les Allemands d'après des traductions françaises, qui ne sont pas même esti^ mées en France.
« Comme je ne devais pas encore sitôt parler de Chatterton, et que sur les simples notes que je me suis déjà procuré, j'aurais à compromettre des écrivains célèbres, je veux suspendre mes plaintes amères, jusqu'au jour où j'aurai la certitude de n'avoir à combattre que des êtres vils et méchants,
« Je ne dirai donc rien aujourd'hui de ma pensée sur Chatterton ; mais je vais extraire quelques pensées de la défense même d'Horace Walpole.
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Extrait d'une lettre de M» ffor, Walpole
« Balhœ,mon librairn, m'apporta un paquet qu'on (( lui avait confié. 11 contenait une ode et un petit « poème de deux ou trois stances en rimes croisées, « sur la mort de Richard I", et Ton y disait encore « en peu de mots qu'il avait été trouvé à Bristol avec a plusieurs autres vieux poèmes; et que le possesseur « pourrait me fournir des notices sur une quantité de « grands peintres qui avaient fleuri à Bristol. D'a- « bord je pensai que mes anecdotes sur la peinture, « étaient tombées entre les mains de quelque plaisant «qui voulait me tourner en ridicule, ce qui ne me « paraissait pas fort ingénieux, n'étant pas homme à « donner dans un piège aussi grossier. Je n'étais pas « assez ignorant pour me laisser persuader qu'il avait « existé à Bristol une quantité de grands peintres.
« L'ode qui était jolie, m'empêcha de croire qu'elle « venait de la même main. Je changeai cette ode en « langage moderne, en substituant à des mots ance ciens des expressions nouvelles quoique j'avoue « qu'il serait difficile de moderniser ainsi tous les « autres poèmes de Chatterton. »
« Ici M. Walpole cherche à prouver que Chatterton s'était d'abord proposé d'attribuer ses poésies à quelque personnage de plus fraîche date que Rowley. Il dit encore que Chatterton était un trop grand poète pour le siècle auquel il avait destiné^ ses vers; que son génie sublime donne à Rowley plus d'élégance et plus d'harmonie que n'en pouvait avoir le quinzième siècle; ou Rowley aurait assez poli sa langue pour la faire adopter, ou il n'eut pas été entendu ; qu'enfin si dans un siècle poli les hommes étant à peu près de pair, il est plus difficile au génie de se montrer, il se fait bientôt jour dans un siècle de barbarie. Comme si tous les siècles ne sa croyaient pas toujours par excellence les plus policés ; comme si Montaigne n'avait pas dit qu'on n'irait jamais en Poésie plus loin que Ronsard; mais laissons là les paradoxes de M. Walpole, qui nous assure que l'erreur, ainsi que la mer, gagne autant de terraia d'un côté qu'elle en perd d'un autre, et que par conséquent, il est inutile de lui faire changer de place. La comparaison, quoique très-imposante, ne peut séduire les vrais philosophes. Reprenons sa lettre.
« Chatterton avait donné son adresse à Bristol, « et je hii demandai de plus grands éclaircissements. a En réponse à ma lettre, il m'écrivit qu'il était le « fils d'âne pauvre veuve qui avait la plus grande « peine à le soutenir, qu'il était clerc de Procureur,
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« ou apprenti Procureur : mais qu'il avait du goût « et des dispositions pour des études plus seloa son « cœur. // me faisait entendre qu'il désirait que je voûte lusse V aider de ma protection pour quitter une pro- (( fession si stupide, en lui procurant quelque place, « où il pût se livrer à son génie.
« 11 assurait que de grands trésors d'ancienne « poésie avaient été découverts dans son pays, et « qu'ils étaient entre les mains d'une personne qui a lui avait confié ceux qu'il me faisait passer; car il « m'envoyait encore d'autres poèmes, parmi lesquels a je trouvai une Pastorale en dialogue, où il avait (( semé par ci par là quelques vieux mots.
(( J'écrivis à un de mes parents à Bath,pourm'in- « former de la situation et du caractère de Ghat- « terton. On ne me parla ni de ses mœurs, ni de son « caractère ; mais du reste, on me confirma tout ce « qu'il m* avait mandé.
« Cependant je communiquai les poèmes à a M. Gray et M. Mason*.
«c M. Gray et M. Mason, prononcèrent que ces a Poèmes étaient des fourberies^ et déclarèrent que « la coupe de ces vers, et leur harmonie, n'avaient « rien d'antique. »
1 Poètes anglais. On doit au dernier une jolie traduction du poème de du Fresnoy, sur la Peinture.
M. Walpole remarque ensuite qu'il est incroyable que Rosvley, un simple moine, dans une ville commerçante, comme Tétait alors Bristol, eût purifié la langue, et introduit dans la Poésie une mesure classique et harmonieuse inconnue môme au lord Surry le Joli-Poète, le Poète de la Cour ; et cela pendant les troubles du règne de Henri Yl ; et que la langue fût ensuite retombée dans la même barbarie, jusqu'au temps où Walter a publié -ses élégantes Poésies.
« Satisfait des informations que j'avais prises sur (( Chatterton/]ei lui écrivis avec autant dV'^are/fl et da <( tendresse que si j'eusse été son tuteur : car quoique «je n'aie eu aucun doute de ses mensonges^ il y avait un « 32 grand feu poétique à les avoir fabriqués, que je « m'intéressai à lui. Ce n'était pas un crime grave à <c reprocher à un jeune poète d'avoir forgé do fausses « écritures^ qui ne devaient avoir cours qu'au Parce nasse, etc.
« Je lui remontrai vivement que par devoir et par « reconnaissance pour sa mère qui s'était gênée pour a le soutenir jusqu'à ce jour, il fallait qu'il travaillât « à son état, pour qu'il lui fût possible de payer à sa « vieillesse la dette filiale; et je lui dis que — lors- « qu*il aurait fait fortune, — il pourrait se livrer à des « études plus conformes à ses inclinations.
« Je lui dis aussi que j'avais communiqué ses copies
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a à de bien meilleurs juges que moi, qui n'avaient été « nullement satisfaits de Tauthenticité de ces m anusci crits supposés. Entre autres raisons que je lui alléa guaijjeluidis qu'il nV avait point de pareille me- (c sure de vers au siècle de Richard P"" ; et cette ob- « servation a peut-être été la cause que dans la suite a Chatterton changea l'âge de ses productions,
« Il m'écrivit une lettre, où il y avait presque a de la mauvaise humeur. Il me dit qu'il ne voulait « pas disputer avec un ' homme de mon savoir. Il « soutint l'authenticité des Poèmes, et demanda a qu'on les lui rendît.
« Quand je reçus cette lettre, je devais partir le « lendemain ou le surlendemain pour Paris; et soit (( que j'oubliai sa requête, ou peut-être que je n'eusse « pas le temps^eZ/rerco^î/edeses vers,je remis à les « lui renvoyer au retour de mon voyage qui ne devait « durer ^i^s/x semâmes. Je proteste que je ne me rap- « pelle point précisément ce qui occasionna ce re- « tard, quoique — dans une cause d'aussi peu d'impor- « tance-^']e ne voudrais pas avouer une syllabe dont « je ne fusse très-certain, etc.
« Bientôt après mon retour, je reçus une autre « lettre de Chatterton, dont le style était singulièrc- « ment impertinent.il demandait ses Poèmes grossiè- « rement: et il ajoutait que je n'aurais pas osé le trai- ({ ter si mal, s'il ne m'eut pas confié la triste situa- « tion où il se trou tait.
« Mon cœur ne m*accuse point de Tavoir traité avec « insolence. J'écrivis une réponse, où je lui repron chais son injustice, et où je lui renouvelais mes bons a conseils »
« liC sage de Bagdad envoyait du pain à celui qu'il soupçonnait en avoir besoin, et ne donnait jamais de conseil à celui que Ten priait bien fort.
« Mais, par réflexion, soupçonnant que ce jeune « homme, qui avait une mauvaise tête, et que je ne con- « naissais nullement y queje n'avais jamais vu, pour- « rait être assez absurde pour imprimer ma lettre, je « la jetai au feu, et faisant un paquet de ses lettres « et de ses poèmes sans en prendre copie ,']€ lui renvoyai « le tout et je ne pensai plus à lui ni à ses vers.
«Un an et demi api es, dînant à l'académie Boy aie ^ « le Docteur Goldsmith^attira l'attention delà com- « pagnie,par la nouvelle d'un trésor merveilleux d'an- « ciennes poésies, depuis peu découvertes à Bristol. « Le Docteur Johnson, qui était présent, le plai- « santa beaucoup sur sa croyance. Je m'aperçus « bientôt que c'était la trouvaille de — mon ami — « Chatterton, et je dis au docteur Goldsmith que « cette nouveauté m'était connue, que /aurais pu — « si j'avais voulu, avoir l'honneur de faire connaître a au monde savant cette grande découverte,
1 Auteur du iÊnistre de Wakefield.
a Vous pouvez imaginer qu*au milieu de toutes « nos plaisanteries,ma joie fut bientôt troublée,Iors- « que m*in formant de Chatterton, le Docteur Golds- « mith me dit qull était venu dernièrement à Lon- « dres, et qu'il s'y était tué de désespoir. » ^
a Je suis trop persuadé de l'intérêt que mes lecteurs prennent à lire des livres de Chatterton, pour m'arrèter ici sur tous les froids raisonnements de M. Walpole, qui démontrent l'impossibilité qu'un autre que Chatterton puisse être auteur de ces poésies sublimes qui ont été accueillies à sa mort, avec des cris d'admiration et d'indignation. Citons encore un paragraphe de la lettre de M. Walpole.
« Vous paraissez croire que Chatterton eut trouvé « quelques secours dans la création de ses Poèmes. « Je ne le pense pas. Mais un des traits les plus « étonnants de son histoire qui tient du prodige^c'esi « qu'il a formé des disciples : oui, des disciples à i8 « ans. »
« // lui fallait encore trois mois pour achever sa « dix-huitième année.
« Quelques-uns de ses camarades ont continué (( de marcher sur seâ traces ; ils ont produit comme
« lui d'autres Poèmes saxons d'une antique fahri- « que, mais on n*y retrouve plus....
(Paroe qu'ils sont encore vivants.)
a ... le feu poétique de leur maître. Le Docteur « Percy et M. Lost ont recueilli tout ce qui pouvait « avoir rapport à Chatterton, et l'on n'a pu découvrir « qu'il ait reçu quelque instruction, ou quelque sert cours d'un savant, ou d'un homme de mérite.
(< Ils ont une quantité prodigieuse de différents M écrits de Chatterton, tant son génie était versatile, (( tant son génie était vaste, tant son génie était impé*< a rieux.ll inventait Tarchitecture et le blason. Enfin, ce je ne croîs pas qu*il ait jamais existé un aussi puissant a génie ^ excepté Psaimanazar qui, avant l'âge de « vingt-deux ans, créa une langue que tous les Sa- « vants de l'Europe ne purent découvrir. »
« On ignore à quel âge Chatterton publia ses premiers essais ; on lui attribue deux lettres, imprimées en 1769 dans le journal iMagazine, en ce qu'elles sont datées de Bristol, et signées, D. B. comme il signa toujours, dans la suite, ses autres essais.
« La première pièce contient des extraits de deux
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manuscrits, écrits il y a trois cents ans par un cer^ tain Rowley, un moines sur le costume en usage au rè' gne de Henri IL
« La seconde pièce est un Poème Saxon, qui a pour titre Ethelgar, écrit en prose boursoufflée. Quelques observations sur le blason des Saxons. Eléonor et Juga, écrits il y a trois cents ans par Thomas Rowley, un prêtre séculier, et quelques autres essais.
« Au mois d'avril 1770, il entrait alors dans sa dixhuitième année, il quitta Tétude de son procureur à Bristol, et vint à Londres, dans l'espérance d'y trouver quelque moyen de s'y procurer du loisir, en travaillant à copier les ouvrages des auteurs, et à corriger leurs épreuves. Deux libraires qui l'avaient engagé à venir à Londres, firent banqueroute. Cependant un mois après son arrivée, il écrivit à sa mère, qu'on l'avait chargé d'une histoire très-considérable de la ville de Londres, qui allait paraître incessamment. Il avait écrit quelques vers à la louange du lord Mayre Bcckford, et il- eut r honneur de lui être présenté.
a Dans une lettre où il apprenait cette grande nouvelle à sa sœur, il lui disait : Le Lord Mayre nia reçu t7'ès-poliment comme on doit recevoir un citoyen ; mais, c'e^t le diable, en défendant la cause des honnê^ tes gens, il n'y a pas un sol à gagner ; et seulement à
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copier des libelles ou (Tinsipides flatteries^ on deviendrait bientôt riche. Je le sais bien. Malheur au pauvre auteur, qui ne sait pas écrire dans Voccasion pour et contrel Des essais pour le Patriotisme, se vendent à peine assez pour suffire aux frais de Vimpression : les Patriotes étant eux-mêmes opprimés ne peuvent nous aider à leur être utile. Des essais contre le Patriotisme ne sont point accueillis, et il faut payer pour les faire imprimer, mais on y perd rarement. Tous ces intrigants sont intérieurement si persuadés qu*ils n'ont aucun mérite, qu'ils ne manquent pas de récompenser largement ceux qui leur en donnent rapparence.
« Quoique Chatterton fut employé à Thistoire de Londres, je ne puis dire s'il la composait ou s'il la transcrivait, il continuait de publier nombre d'essais dans plusieurs ouvrages périodiques. Ces essais là, en France, ne se payent point, et en Angleterre se payent fort mal; car pour un libraire, c'est la réputation seule d'un homme qui fait le prix de son ouvrage. J'ai eu le douloureux plaisir de voir exalter un ouvrage de moi, pour en critiquer un autre qui était aussi mon ouvrage, avec cette différence que j'avais griffonné le premier , et beaucoup travaillé l'autre. Mais les noms qui honoraient l'ouvrage de l'inconnu, n]avaient pas le même prix au yeux de nos critiques éclairés.
a Cet infortuné Chatterton n'avait réellement du
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goût que pour la poésie. Les vers faits à la hâte ne pouvaient contenter son cœur, 11 voyait préférer des rimailleries froides et correctes à ce divin enthousiasme, qui lui inspirait tant d'images toutes neuves, tant de sublimes créations. Ne pouvant plus ravoir des poésies dont il attendait assez de gloire pour vendre un travail à un prix un peu moins vil, abandonné de tous et ne voulant point vendre sa plume« il s*est empoisonné 1 On trouva dans sa chambre une quantité de papiers mis en pièces. Il y avait bientôt quatre mois qu'il était à Londres. »
En J786, Bonneville fît paraître un Choix de Petits Romans imités de Tallemand, suivi de quelques essais de pièces lyriques et dédié à la reine.
Marie-Antoinette avait « honoré de son suffrage » la traduction des pièces les plus applaudies sur les théâtres de l'Allemagne. Nicolas de Bonneville pensa qu'elle ne verrait pas sans intérêt un recueil dont le but était de faire connaître un autre genre de littérature allemande. A quelques semaines d'intervalle parurent les Essais, fictions morales et poésies, dédiés et présentés à la Reine.
C'est dans ce livre que commencent à s*affîrmer les tendances littéraires de Bonneville. On devine le révolutionnaire. Il défend Quinault contre Boileau.
Boileau, je le méprise, el méprisai toujours De les pénibles vers la stérile iiarmonie.
On sait depuis, si Boileau fut passé au crible du romantisme. H prend, contre Voltaire, parti pour Shakespeare.
• Le poêle divin, l'Homme de tous les temps, Schakspear dormait en paix, assis sur ses trophées, Joyeuses près de lui, dansaient toutes ses fées Et sa grande âme errail dans ses penscrs rianls.
II est spiritualiste :