‹ Histoire de la littérature révolutionnaireChapitre 26 sur 40 · CERCLE SOCIAL · texte numérisé non relu

CERCLE SOCIAL

Le cercle, «'est le sceau des lois de la nature^

Amour, égalité I C'est Vannée et Vanneau de la fraternité.

Toujours entière et toujours pure ; Point de commencement, ni fin ; Éternité.

Les feuillets sont tournés.

Vous croyez peut-être que Jean Racine va s* éveiller? il est encore trop tôt.

Voilà que Ton aperçoit près du jeune homme attendri, Galilée, à genoux, devant les inquisiteurs, demandant pardon à son siècle de lui avoir dit la vérité I II embrasse dans ses regards plusieurs épitaphes. Sur un tombeau sont écrites des paroles de Job. Sur la tombe de Jean Racine^ c'est à dire celle

de noire personnage, on lit des vers tirés de ses poésies lyriques ; au-dessus d'un mausolée magnifique est la statue de Jean-Jacques ; enfin sur la tombe de Jacques Molay, on distingue une urne enfiam^^ mée et un passage du catéchisme des Templiers.

Tout à coup se lève une aurore boréale I et sous une image de Brutus, on lit ces mots: Resurgam.

Le jeune homme semble préparer dans une langue MODERNE, une interprétation de cette épitapke : on voit qu'il ra trouvée.

Enfin voici le tour du génie de la France qui parait descendre dans sa gloire ; à l'orient, l'aurore commence à poindre, et semble annoncer aux âmes, sensibles f que le soleil de Ig. liberté se lève pour la nation.

Le génie de la France a pour base et pour appui un vaisseau, soutenu par des groupes d'esprits vigoureux et par des nuages d'où s'échappent des éclairs.

On voit dans l'enfoncement, la porte d'un grand édifice, avec cette inscription : le sénat.

C'est à ce moment que le génie de la France s'écrie:

Racine, ô mon Poèlc!

Il est bon de dire que les Francs Cosmopolites se composent encore de la Fêle du Vaisseau et des Trois

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grands jours, dont la mise en scène ne le cède en rien à celle de Jean Racine.

Ainsi qu'il est facile de le prévoir, la franchise avec laquelle Bonneville avait exprimé son opinion sur les exactions révolutionnaires, devaient lui attirer nombre d'ennemis. Les Jacobins furent les plus acharnés.

Levasseur et Marat l'accusèrent d'être l'entremetteur de Pauehet et le traitèrent d'aristocrate infâme. Après la proscription des Girondins, parmi lesquels il comptait un grand nombre d'amis, il fut arrêté et il ne fallut rien moins que la journée du 9 Thermidor, pour l'arracher aux mains de ses bourreaux.

Bonneville, fort de ses convictions, ne changea ni sa manière d'agir, ni sa ligne politique. Il reprit ]a plume, exprima avec une fierté et une audace admirables, les idées qui avaient failli lui coûter la tête. Il ne transigea ni avec ses principes,ni avec ses amitiés. Au 18 Fructidor, nous le voyons interrompre son déjeuner avec Thomas Payne qui rédigeait avec lui le Bien Informé pour donner l'hospitalité à Barruel Beauvert, poursuivi comme royaliste. 11 n'y mit d'autres conditions que celle de lui faire malicieusement corriger des épreuves de son journal, sur l'une desquelles on lisait : «que tous les proscrits du 18 fructidor méritaient le dernier supplice. w

Le lenderpain il fallait Tinsistance de Barruel, pour que son hôte ne courût pas plus longtemps le danger auquel il s'était si complaisamment exposé.

Bonneville ne s'opposa pas, dans le principe, à la révolution du 48 Brumaire, ainsi qu'on peut s'en convaincre par la lecture du Bien Informé qu'il publiait alors en collaboration avec Ghénier.Mais le républicain reprit bientôt le dessus et quelques mois après, ayant écrit un article dans lequel il comparait Bonaparte à Qromwell, il fut condamné à la prison, se voyant par ce fait privé de sa patente d'imprim«ur et réduit à une misère relative.

Le pauvre grand homme se fit bouquiniste. H loua une petite boutique passage des Jacobins, au fond de laquelle il végéta, n'ayant d'autres distractions que les visites du plus en plus rares que lui faisaient quelques amis,et d'autres ressources pour oublier le temps présent,quede rêver au passé qu'il avait connu si beau. Le 9 Novembre 1828, il mourait accablé d'ennuis et de désillusions. L*aigie des montagnes de Primrose, s'éteignait dans une triste cage« sans soleil et sans horizon. La suppression, sous le ministre Yillèle, d'une pension qu'il avait obtenue jadis venait de lui porter le dernier coup.

Si l'on retrouve l'endroit où fut enterré Bonneville, et si quelque rêveur pieux y veut graver une épitaphe, nous lui recommandons ces lignes de

Gh. Nodier qui résument Thomme tout entier:

« C'était le cœur le plus simple et le plus exalté, « avec son imagination thaumaturge et sa science de (( bénédictin, sa faconde de tribun et sa crédulité « de femme, son éducation d^bomme du monde et et ses mœurs d'homme du peuple. »

Trois mois après rapparition de la Bouche de Fer ^ Debrière publiait /'Am/^i^es Citoyens qui ne dura point longtemps, ayant trouvé dans k Journal de la société de 1789, rédigé par Gondorcet, une sérieuse concurrence.

Il avait été conçu dans cette idée : que la société de 1789 devant être considérée comme une compagnie d^amis des hommes, développer et répandre les principes (rune constitution libre était le premier devoir d'un institution datant de Tépoque de la 11berté française. Il était divisé en cinq chapitres ;

L'Art social^ contenant des dissertations, des mémoires, des remarques sur tous les éléments du système social.

La Correspondance nationale , où Ton rendait compte des travaux des différentes sociétés patriotiques, ainsi que des établissements publics qui se formaient dans tous les départements du royaume.

La Correspondance ë/ran^^rff,comprenant les principaux événements politiques qui intéressaient les deux hémisphères, tels que traités, etc.

L'Assemblée Nationale, où sans s'astreindre à la marche de ses travaux, on en donnait le résultat, on en développait les principes.

Enfin les Variétés, sous forme de notices ayant trait aux ouvrages utiles dans toutes les langues, aux en-

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couragements à donner aux arts et aux talents, en France et chez l'étranger, aux différents morceaux de morale et de philosophie, aux questions de législation et d'économie politique.

Le journal de Gondorcet ne s'adressait comme on voit, qu'à un public d'élite. Il ajouta à la grande réputation de son auteur sans fournir cependant une longue carrière.

Nous passons rapidement sur les journaux que Içs royalistes opposèrent aux feuilles que nous venons de citer. Le Patriote Sincère, la Chronique du Manège, Le Livre des Rois, etc. , etc., n'offrent d'intérêt ni dans leur rédaction ni par leurs rédacteurs. C'est une série de pamphlets plus ou moins spirituels, signés de noms la plupart du temps inconnus, et ne servant qu'à mettre en relief les brillantes personnalités qui représentaient la presse révolutionnaire*.

< Nos lecteurs compreDdroDt que nous ne puissions étudier, un par un, tous les journaux qui parurent pendant la RévoluLiou, et du nombre desquels ils auront une idée, d'après la nomenclature incomplète qu'on trouve .dans les Actes des Apôtres de 1790, des feuilles qui se publiaient à Paris, à cette époque.

Le Postillon de Calais, — Le Moniteur. — Le Spectateur. — Le Modérateur. — L'Orateur du Peuple. — L'Avocat du Peuple. — Le Fanal du Peuple. — La Lanterne. — VObsei^ateur. — Le Rôdeur. — Les Petites Affiches. — Le Journal de Paris.

•^ Le Journal Universel. — Le Journal National, — Le Jour- 7ial Eraiius. — Le Journal de la Liberté. — Le Journal du Club de 1789. — Le Journal de la Révolution. — Le Journal des Départements. — Le Journal des Municipalités. — Lé Journal du Soir, — La Feuille du Lendemain. — La Feuille Villageoise. — Le Courrier de Paris, — Le Courrier de Brabant. — Le CouiTier de Provence. — Le Courrier de Madon,

— La Chronique de Paris. — Jean Bart ou fmen moque, — Les Annales Patriotiques. — La Gazette Universelle, — Le

Grand Ami du Peuple. — Les Lettres b t patriotiques du

Père Duchesne, — La Bouche de Fer. — Le Mercure National,

— Le Patriote français, — Le Républicain. — Les Révolutions de France. — Le Révolutions de Paris, — Les Révolutions Suisses. — L'abeille Politique. — Le Réviseur. — L'Impartial.

— Le Pour et le Contre. — Le Point du Jour . — Le Journal des débats et décrets. — VEtoile du Matin. — L'Assemblée Nationale et Commune de Paris, — L'Ami de la Révolution.

— Les Philippiques. — Le Journal Général. — L'Apocalypse.

— La Chronique du Manège. ^ La Gazette de Paris. — Les Trois Amis du Roi. — Le Royaliste ami de l'Humanité. — l^e Journal Politique National. — L'Ami du Clergé et de la Noblesse. — La Gazette des Cours. — Le Mercure de France — Le Journal de Genève. — Ze Bulletin des Bulletins, etc, etc.

LE ROMAK

On ne peut relire Ducray-Duminil, sans s'inspirer de cette pl^rase qui sous ^a plume ét^it devenue ui) clicl^^: « La pièce est d'un homme d'esprit, qui, pqus re^péropSj repren^rs^ sa reyanche. » C'est ajqi^i qu'il tefn^inait invariablemeiit, quand il se voyait dans l'obligation de constater pne pl^ute, ses critiques dramatiques des Petites Affiches,

Pucray PUPinil était, à coup sû(*,un hpmme d'psprit.Il ava^it mê|iiec|e la malice^ et eillef^ilUt lui coûter cher, qn io|ir qu'ayant laissé passer danssor^ p^ciflqpe JQurpa} l'annonce (l'unp vente 4 p.Qyiçv çn ç^sidncits ^ér^onétisé^^ il ^e vit firr^té pa|,r qn décret spécial 4el£^^Q^^'^PtîoAîP^toutçaS;,ilél£^itbq^ ptpleiîi de cœur,si bon et si plein de cœur — l'expression est de lui — qw'îl devait copsî^c^er unç partie de sa vie à chan^çr le trÎQfnplie de 1«^ vertu persécutée.

Ce futenl780,le8 Eirennes cTEuterpe qui commencèrent sa réputation. C'était un choix de romances que Ducray-Duminil aimait à chantonner lui-même, devant son clavecin. Puis, sept ans plus tard, parut Todyssée de Lolotte et de Fanfan, ou Histoire de deux enfants abandonnés dans une île déserte.

Ce roman de puériles aventures, en quatre volumes, donne exactement la note du talent de Ducray-Duminil. Les autres n*en furent que l'imitation monotone. Le style en est clair, facile, à la portée de toutes les intelligences, mais généralement incorrect et peu conforme aux règles grammaticales.

Ce sont ces qualités et ces défauts qui, jusqu*en 1790, se retrouvent dans Alexis^ Petit-Jacques et Georyette, et plus tard dans l'interminable série des romans qu'il publia, romans auxquels a survécu Victor ou r Enfant de la Forêt.

En Tannée 1790, le seul roman qui eut du retentissement fut la fin des Amours du Chevalier de Faublas, de Louvèt du Couvray. Les cinq premières parties avaient paru en 1787, sous le titre : Une année^ de la vie du Chevalier de Faublas. Un an après, on s'arrachait la suite : Une semaine de la vie du Chevalier de Faublas.

Il serait superflu d'insister longuement sur les Amours du Chevalier de Faublas^ un livre ingénieux

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en somme. Louvet avait reçu de la nature une imagination vive et un cœur sensible, présents bien doux mais bien dangereux, auxquels il dut ses égarements dans la carrière du bel esprit. La philosophie aurait dû se contenter de plaindre ses erreurs, sans lui rien ôter de son mérite littéraire, et la politique lui éviter le ridicule de se croire un transformateur.

Emilie de Varmont, ou le Divorce nécessaire^ ou les Amours du Curé Sevin, qui parut Tannée suivante, fit également grand bruit. C'était un plaidoyer en faveur du mariage des prêtres; un sujet alors plein d'actualité.

Ce fut le dernier mot de l'homme de lettres désormais absorbé par le club des Jacobins. Il mourut quelques années après, sans autre gloire que devoir son œuvre continuée par une femme d'une fécondité regrettable, écrivant à la fois pour la jeunesse et les casernes, et dont les ouvrages graveleux paraissaient sous le pseudonyme du Chevalier de Faverolles, ancien capitaine de dragons, j'ai nommé madame Elisabeth Guénard.

Il était temps pour rassurer les timides et balancer la vogue de Louvet, que Bernardin de S* Pierre lui opposât la Chaumière Indienne, où pour la première fois, laissant de côté la simplicité, la douceur.

le naturel de Fénélon, il cherchait à se rapprocher dans sa tournure, de la malice originale et de la piquanlegaité de Voltaire. La Chaumière Indienne est le développement de Tune des idées qui ont le plus constamment occupé de S' Pierre : le désir de voir cesser l'oppression que le vice de quelques gouvernements faisait peser sur les hommes. C'est donc uii livre marqué aU bon coin de la révolution. Il suppose (faut-il le rappeler?) un voyageuf qui, parcpur^nt les belles contrées de l'Inde, pt poursuive par un violent o|*age, trouve dans la chî^mière d'qn Paria, Is^ pjui^ aimable ^lospitalité. Cette combinaison faible, qui pouvait n'enfanter qu'un insipide lieu coipmui^, ou tout au plus qu'une déclamation brillante, devint sous la plume du maître, un petit cbefd'œpvre, moins populaire que Paul ^t Virgmie^ mais tout aussi recommandable, peut-être, aux yeux des gens de goût. La beauté des peintures et des sentiments n'est pas seulement ce qu'on admire dans ce copte ; un tact d'une finesse exquise a fait sentir à l'auteur que, pour relever un bomo^e de la flétrissure, même injuste, de la société, de» abstractions ne suffisaient pas. 11 donne pour con^pagne à son misérable Paria, la fille passionnée d'un bramine. Ainsi, dans cette révolte de la nature contre d'absurdes et tyranniques institutions, c'est à la fois par le raisonnement et par le fait que l'orgueil est soumis à la vertu.

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Au moment où lelle parut, la Chaumière Indienne était un écho déjà lointain des théories de Rousseau, car il y a des rapports immédiats entre St- Pierre et Tauteur de Julie, Ces rapports ont d'ailleurs été admirablement établis par M. Aignan.

Les considère-t-ofl comme écrivains ? il semble que le stjle de Rousseau est plus serré, plus coupé, plus véhément, et qu'il frappe d'un trait plus fort et plus inattendu; que celui de Saint-Pierre est plus nombreux, plus périodique, plus onctueux, et que participant en quelque chose des qualités de Ruffon^ il cherche son effet dans l'ensemble, sans négliger Tartifice des surprises habilement ménagées.

L'un et l'autre font quelquefois consister la magie de leur talent dans le rapprochement de la nature physique et de la nature morale ; mais Rousseau descend plus habilement dans le cœur de Thomme pour y chercher des développements profonds ou des aperçus fins et délicats, et les images qu'il emprunte aux êtres matériels ne sont que l'achèvement et le luxe de sa pensée ; au contraire l'imagination poétique de Bernardin de Saint-Pierre se plaisait surtout à diriger vers la face extérieure des objets ses ingénieuses observations.

Amoureux des couleurs et des formes qu'il lui appartenait de retracer avec un talent inimitable, il en composait (et tel est l'artifice qui fait le charme

de ses Harmonies comme celui de ses Etudes) des associations et des contrastes, s'élevant par la matière, à la connaissance des lois de la Providence et à Texplication du cœur humain.

Yeut-on pousser plus loin la comparaison des deux philosophes et pénétrer dans leurs opinions et leur conduite ? Tous deux contemplateurs de la nature et amis de la solitude ; prétendront réformer les lois et les mœurs de la société ; mais Rousseau, né républicain, sera plus acre et plus tranchant, il attaquera dans leur principe des institutions dont Bernardin de S* Pierre ne combattra que les abus. Le premier, s^exaltant ses chagrins et tourmenté par des chimères, finira par croire tout le genre humain en état de guerre contre lui; le second, dans sa douce misanthropie, se plaindra modérément des hommes, et loin de vouloir se séparer d'eux, tour nera tous ses moyens vers le moyen de les éclairer et de leur être utile. Ainsi, tandis que Rousseau, dans ses promenades, évite souvent Taspect de ses semblables,Bernardin de Saint-Pierre, dans les sien, nés se plaît à étudier la classe du peuple au milieu de son travail et de ses jeux, ou à surprendre dans les discours naïfs de Tadolescence, les premiers mouvements du cœur humain. Tous deux se réunissent en ce point, qu'ils ont été constamment animés de vues droites, et qu'ils ont cherché sincèrement la vérité.

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