‹ Histoire de la littérature révolutionnaireChapitre 28 sur 40 · CHANT PREMIER · texte numérisé non relu

CHANT PREMIER

Toi qui chantais les combats Des grenouilles et des rats.

Sur les rives du Scamandre ; Viens, hftte-toi de descendre, Muse ; prête-moi ta voix.

Je vais dire les exploits De ce district redoutable.

Où de valeureux bourgeois Soutinrent si bien les droits D'an génie incomparable.

Marat, ce profond penseur, D'une plume quotidienne, Fatiguait la douce humeur De ce jeune dictateur, Dont la gloire parisienne Vaut autant, sur mon honneur, Que sa gloire américaine.

Necker le calculateur, L'infatigable emprunteur, En lui trouvait un censeur.

Bailly, ce maire suprême

L^avail toujours sur lés bras.

Il criait à Tanalhème El ne se consolait pas.

Ces trois fameux personnages, Irrités de tant d^oulrages, Se réunirent un jour.

Alors sans aucun détour Necker dit à Lafayell^ :

« Il faut faire un coup de tête.

« Marat, ce noir écrivain « Vcfse sur nous son venin ; « C'est un serpent à sonnette, t II me fait passer pour bêtè, « Le bruit s'en répand déjà ; « El pour éviter cela c II faut enfin qu'on l'arrête. »

Le maire donne sa voix Aux discours du genevois ; Et d'une voix déchirée, Se plaint au jeune héros Que Marat, ce roi des sols, Insullait à tout propos Et son luxe el sa livrée.

« Digne d'un obscur mépris « Dovrais-jê sans étalage, « Comme un mince personnage « Me promener dans Paris ?

« Le luxe m'est nécessaire

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« Pour éblouir le vulgaire, c Ainsi, sans lant raisonner, « Il nous faul emprisonner « Ce méchant folliculaire, b

Le tout bien considéré,

El le héros préparé,

Il lefur dit d'une voix fière :

« Messieurs^ à (oui je consens,

t Vos conseils sonl très-prudenls.

« Maratj sans cesse s'applique,

« A diriger sa critiquç,

« Contre nos heureux talents ;

« J'armerai mes combattants,

« J'enlèverai le caustique,

c Et demain il est dedans. »

Alors le trio se baise, En se touchant par la main.

Et redisant : à demain !

Ils ne se sentent plus d'aise.

Hélas! que l'homme esl h^ger, Quelle espérance frivole !

Ils sont heureux par parole ; Demain ce sort peut changer.

Bailly, précédé d'un page, Dans son pompeux équipage. Revient chez lui lentement.

Necker va plus doucement.

Comme Dubois, son confrère.

Lafayette fièrement, Monte sur son cheval blanc, 11 est suivi par derrière.

Par Gouvion et Dumas^ Et par quatre ou cinq sofdats.

Mais celte prompte déesse

Qui Yole sans On, sans cesse,

Pour avertir les humains

Des bons et mauvais desseins.

Pénètre dans cette église

Où règne François d'Assise^

Et dit aux Braves guerriers

Du district des cordeliers :

« Baillt/f Neckeff Lafayette

« Par un affreux concordat,

« Veulent enlever Marat,

« C'est pour demain qu'on s'apprête

t A faire ce coup d'éclat ;

« Craignez tout, je le répète,

t De ce ûer Triumvirat, »

Ayant dit, cette courrière Disparaît comme l'éclair'.

Et ses pieds tracent dans Fair, Un beau sillon de lumière.

Les bourgeois tout éblouis.

Ne sont pas moins ébahis.

Danton aussitôt commence ; Danton^ ferme président.

sous LA RÉVOLUTION

£l bien plus Ger qn*j4rlaban :

« D'où vient donc ce grand silence ?

t Sommes-nous donc des poltrons ?

• Nous avons des balaillons.

« Marat^ ce dieu tutéiaire

« Des quartiers des environs,

« Les a pris comme un corsaire,

« Pour donner quelques leçons

« Aux despotes avortons,

« Dont nous n'avons plus que faire 1

« Que devient la liberté,

« Si ce crime est attenté ?

« La bataille est nécessaire ;

« Son journal est bel et bon,

« C'est un vrai Palladion ;

« S'il est forcé de se taire,

« Messieurs, c'est fait d'Elion. »

Ce trait d'érudition, En impose à la cohue.

Elle flotte, irrésolue, Quand faisant sa motion.

Monsieur Fabre d'Eglantine ^ Rajustant sa laide mine, Se lève sur le talon.

Il fait l'homme d'importance Autant que cuistre de' France.

> Auteur de la suite du Misanthrope que Mole préférait à celui de Molière. Trahit sua quemque voluptas. (Note de Clément Rioux.)

Jadis^ mauvais comédien De province, el franc Yaurien, De. rimailler il se pique ; Il a fait œuvre comique Où, dans un rôle empoulé, Il a fait enrouer Mole.

Laissons là la ressemblance El parlons de la séance.

« Le discours du franc Danlon « Prouve qu'il n'est pas poltron, « Dit-il, avec assurance, c En voici la conséquence :

« Si demain nous nous ballons, « (.a bataille nous perdrons.

• c II ne faut pas que je nie « Que Marat soit un génie a En Europe très-connu.

« Mais pour un individu, « Malgré sa philosophie, « Voulez-vous qu'on s'estropie «t Et qu'un dislrict soit vaincu ?

« Quant à moi, je vous l'avoue « Et je prétends qu'on m'en loue, c Je chéris surtout la paix ;

- « Et si quelque aristocrate^ « Me poussait jusqu'aux soufflets^ « Je serais bon démocrate « Et lui ferais un procès.

« Avec l'encre, avec la plume,

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« On ne se fail point de mal.

« Mais celle poudre qui fume,

« Ei ces balles de métal,

« Tout cela fail torl en diable,

c Et ?ous mène un misérable

« Tout droit dans un hôpital.

« Je connais ce lieu banal.

« Messieurs, yoici la juslice ;

Marat vous est demandé,

« Il faut quUl soit accordé.

c Que pour tous un seul périsse. »

A ces mots, le grand Danton

Lui dit : « Face de Thersite,

« Ta morale est un poisoa.

« Sors de TEglise au plus vile,

« Ou craint les coups de bâton.

« Messieurs, croiriez- yous ce traîlre.^

« Un district si révéré

« Sera-t-il déshonoré ?

« Non, vous craignez trop de l'être;

« Je reconnais bien vos cœurs ;

« Allez, nous serons vainqueurs. »

NaïKlet ^ fameux capitaine, Qu'on voit souvent sur la scène.

Gagner maints et maints combats Par la valeur de son bras, Répondit de la victoire ;

Ancien sergent des gardes françaises.

Chaque bourgeois entraîné Par Foulon déterminé, Fut ol)Iigé de le croire.

Le père Dieu^ cordclier Dont Fair n*est pas mal guerrier.

Leur dit, retroussant sa manche, D'un son de Yoix enviné :

Après avoir déjeûné,

J'ai dit ma messe dimanche ;

Mais je jure mon cordon,

De n'avhler de ma YÎe

Aucun Tin de sacristie,

Si SaitU^Françoù, mon patron

Pour qui j^ai fait un sermon,

Ne prête son assistance

Aux enfants de V Observance.

Messieurs, nous tous aiderons.

Nos pères sont bons larrons

Quand ils ont rempli leur panse.

La f ictoire nous aurons. »

Ce discours un peu bachique.

Mais pourtant fort héroïque.

Donne du cœur aux bourgeois.

On prend aussitôt les Yoix, Le parti guerrier l'emporte.

Et cette braye cohorte Se di?ise en un moment, Pour faire son armement.

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