L'ÉTAT DES LETTRES EN FRANCE
AU COHUENCEMENT DE LA RÉYOLUTION '
Quand Louis XIY ne fut plus, la plupart des hommes qui semblaient nés pour sa grandeur et pour son règne l'avaient précédé dans la tombe. Sous la régence, les Français, fatigués des discordes intérieures et des querelles scolastiques, se précipitèrent dans la licence^ dont une cour scandaleuse donnait le signal et l'exemple. Cependant, Massillon soutenait encore l'éloquence, et Rousseau la poésie. Crébillon tenait d'une main ferme le poignard de Melpomène ; Fontenelle répandait sur les sciences une lumière nouvelle; Chaulieu conservait Turbanité du bon temps ; enfin les Sully, les La Feuiliade,
> Ia Harpe.
le grand prieur de Vendôme, maintenaient les principes d'une saine littérature.
Dan» cette société d'élite se trouva porté le jeune Arouet, si fameux depuis sous le nom de Voltaire, qui frappa le monde par la vivacité de son esprit, la hardiesse satirique de ses productions. Il venait d'écrire sous les verrous de la Bastille, le second chant de la Henriade. Quelques années après paraissait son coup d'essai dramatique : Œdipe^ précédant de plusieurs mois le Poème de la Ligue, et le Poème de Fontenoy^ le seul du genre héroïque dont on se souvienne. Voltaire était^ pour le moment^ le poète de la cour, et ce moment, celui de sa fortune, ne fut en rien, il faut bien l'avouer, celui de son génie. C'est pour la cour qu'il fit la Princesse de Navarre^ le Temple de la Gloire. Il réussit mieux dans le Poème de la Loi naturelle auquel devait succéder un espèce de monstre en épopée comme en morale : la Pucelle.
En même temps était publié le poème de La Religion de Racine fils, qui sans être un homme de génie, a été un écrivain d'un talent réel, un versificateur de bon goût, qui devait appeler, s'il est vrai qu'il y ait des successions en
art, les poésies de Tabbé de Bernis. Puis ce fat FArt d Aimer de Gentil Bernard, Vert-Vert de Gresset, le poème sur la Peinture de Lemierre, les Saisons de l'abbé Delille, etc. etc.
Au-dessus de tous continuait à planer Voltaire qui luttait contre le souvenir de Corneille et de Racine. Nous avons cité Œdipe. Artemise fut mal reçue. Marianne eut un succès dû, sans doute, aux beautés des détails. Un séjour de plusieurs années que Voltaire fit en Angleterre eut une influence marquée sur un génie que la liberté de penser devait développer. Quatre tragédies qu'il donna successivement depuis son retour, Brutus, Eriphile, Zaïre et la Mort de César^ démontrèrent combien la société et le spectacle d'un peuple libre pouvaient imprimer l'austérité des idées républicaines, à un esprit rempli jusque-là de toutes les séductions de la régence, et que rien n'avait encore averti de penser librement. Le talent de Voltaire prit alors un essor plus élevé et plus hardi. Le même esprit qui avait dicté la Benriade, relevé par des succès plus sûrs, parut revivre dans Alzire et bientôt après dans Mahomet. Cet esprit, qui consistait alors uniquement dans des maximes de
tolérance civile, dans des leçons d'humanité, et dans le désir de rendre utiles aux hommes les plaisirs de l'imagination, introduit dans la tragédie, comme il l'avait été dans Tépopée, mais avec plus de force et plus d'efifet, marqua les productions de Voltaire d'un caractère particulier gui se fit sentir plus particulièrement encore dans Mérope^ un des plus beaux sujets qu'il fût possible de traiter, dans Oreste^ et dans Rome sauvée.
Simultanément florissait , Crébillon, dont le nom fut longtemps le mot de ralliement d'un parti nombreux. Idoménée fit attendre Atrée^ comme i4/r^6, Rhadamiste gui fut sa meilleure pièce. Puis, tant la poésie dramatique est à la fois séduisante et périlleuse, ce furent La Grange Chancel, La Mothe, Piron, Le Franc de Pompignan, La Noue^ Guymond de la Touche, Chateaubrun, Lemierre, Saurin, de Belloy, auteurs nés avec du talent et de l'imagination, mais qui avaient plus de ressources dans l'esprit que de feu poétique et de verve théâtrale, s'exprimant quelquefois en rhéteurs, mais jamais en poètes.
Au XVIII* siècle^ la comédie ne fut pas aussi heureuse que la tragédie, et il lui fallut, pour
composer un très-petit nombre d'ouvrages, réunir les efforts de trois ou quatre écrivains, dont chacun ne put élever qu'un seul monument, et qui sont tous restés fort au-dessous de Molière. Le Glorieux^ la Métromanie^ le Méchant^ voilà les titres dont Tbalie s'honore le plus. Citons pour mémoire les noms de Boissy , Le Sage^ Le Grand, Fasan^ La Mothe, Pont de Yeyle, Desmahis, Bartbe, Collé, La Noue, Marivaux, Sainte- Foix, Chamfort, La Chaussée; pour le -drame, Diderot, qui crut avoir fait une graude découverte en proposant la tragédie domestique, Saurin, Sedaine et Fabre.
Un homme pourtant, composé de singularités bien remarquables, même dans ce siècle, ou tant de choses ont été singulières^ un homme devait avoir au théâtre des succès sans exemples, j'ai nommé Beaumarchais. Beaumarchais courut au gré de son génie^ qui était celui de la gaité spirituelle et satirique. Le premier il eut le courage de faire la satire de son gouvernement et le gouvernement, étourdi, consentit à ce qu'on Tapostrophât en plein théâtre.
Puisque nous sommes dans le domaine de la poésie, citons, pour être complet, le nom de La
Mothe, le premier que Tordre des temps amène sous nos yeux dans le genre de Tode, où il obtînt de son vivant, et même en concurrence avec Rousseau, qui l'avait précédé, une réputation qui ne lui a pas survécu. Le nom de Le Franc de Pompignan vient également sous notre plume, bien que ses odes et ses poésies sacrées aient été vite oubliées, dans un temps où la philosophie succédait à la religion sous les auspices de Yoltaire et des encyclopédistes, ainsi que ceux de Malfllâtre dont les amateurs de poésie déplorèrent vivement la perte prématurée, de Thomas, de Gilbert, de Colardeau, de Florian et de Bonnard.
L'éloquence suivit la pente générale des esprits et des mœurs^ dans ses acquisitions comme dans ses pertes : elle fit des progrès au barreau et baissa dans la chaire. Mais lorsque, s'associant à la philosophie, elle n'en prit que ce qu'il y avait de bon, elle acquit de nouvelles beautés puisées dans de nouveaux objets. Elle considéra le monde physique et moral, dans ses rapports les plus étendus^ les gQuvernements dans leur origine et dans leur nature, l'homme dans ses droits primitifs et ses titres ineffaçables. C'est
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ainsi qu'en se mêlant à tous les genres, elle en éleva souvent le ton et en agrandit les effets.
A mesure qu'on s'avança vers la fin du xviii* siècle, rélo.quence du barreau devint plus substantielle en s'approchant quelquefois des ques-. tiens de droit public et de jurisprudence universelle. On aperçoit ce progrès philosophique dans quelques mémoires de Loiseau, de Target, d'ËIie de Beaumont, qui eurent à traiter des causes comme celles de* De Portes, des Calas, de Beresford, où la philosophie législative pouvait développer des vues générales, soutenues par des moyens oratoires. Quant à Téloquence de la chaire^ la suite naturelle des efforts que fait Tesprit pour chercher un mieux imaginaire, ^and le génie a trouvé le beau réel^ devait l'entraîner dans une décadence complète. La raison attachante de Bourdaloue, l'élégance de Massillon/la pureté de Fléchier, le sublime de Bossue t, firent place dans l'oraison funèbre et dans le sermon à tous les défauts qui dominent dans Tabbé de la Tour du Pin, Tabbé Clément, le père Elysée, le père Sensaric, Segaud, Neuville, l'abbé Poulie et l'abbé de Boismont.
Il faut attribuer encore leur manque de force» d'élévation, de pathétique, à la philosophie positive qu'ils ne surent pas contenir dans les bornes ou elle se doit renfermer en matière de religion. Il y a des instants où Tesprit philosophique, quand il veut avancer trop avant, s'obscurcit, où son flambeau s'éteint. C'est à ces moments qu'il faut s'arrêter. La foi lui laisse tout ce- qu'il peut comprendre, elle ne lui ôte que les mystères et les objets impénétrables. Ce partage doit-il irriter la raison? Qu'il creuse autour des fondements de la religion. Qu'il essaye de les ébranler^ qu'il descende jusqu'à cette pierre antique tant de fois rejetée par les incrédules, et qui les a tous écrasés. Mais lorsque, arrivé à une certaine profondeur, il aura trouvé la main du Tout-Puissant, qu'il s'arrête et n'aille pas jusqu'aux enfers. La philosophie ne saurait mener plus loin sans égarer. Une fois entrée dans les abîmes de riuûni, elle doit se voiler les yeux et remettre l'homme avec confiance entre les mains de la foi.
Mais elle régnait en maîtresse. Depuis le premier jusqu'au dernier, depuis Voltaire jusqu'à Mercier, tous étaient philosophes.
La philosophie du siècle avait été inaugurée par Fontenelle, qui la réconcilia avec les grâces. Puis était venu Montesquieu, dont la carrière fut consacrée tout entière à la méditation des plus grands projets et qui, après les lettres PersaneSy faisait paraître V Esprit des Lois^ le monument du siècle le plus extraordinaire. Pouvaiton, on effets avec tant de substance et si peu d'étendue, mêler plus heureusement la philosophie à la politique? prendre de Tune la justesse des idées générales^ de l'autre celle des applications particulières, deux choses trè»>différentes, et qui, faute d'être réunies, ont produit si souvent, ou des législateurs qui n'étaient nullement philosophes, ou des philosophes qui n'étaient nullement législateurs. Ensuite parurent : Buffon qui, à l'imitation de Pline, prêtait à la raison le langage de l'imagination, et le premier qui des richesses de la science ait fait celle de la langue française, sans corrompre ou dénaturer ni l'une ni l'autre; d'Alembert qui projeta l'Encyclopédie et sut ranger dans un ordre méthodique et lumineux toutes les acquisitions de l'esprit humain ; Condillac enfin qui ré^ pandait sur la métaphysique de Locke les
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rayons de révidence. Tels furent ceux qui formèrent la première classe.
La seconde se compose de moralistes comme Yauvenargues et Duclos.
Nous arrivons à la pléiade gui coopéra le plus vivement à Tavènement de la révolution, composée dliommes qui surent travailler d'ensemble et faire pour ainsi dire coin dans le vieux siècle.
Toussaint, par qui nous commençons, en suivant Tordre des temps et des choses, fut le premier du siècle qui se proposa un plan de morale naturelle, indépendant de toute croyance religieuse et de tout culte extérieur. Son livre des Moeurs^ qui parut en 1748, lui valut d'ailleurs les sévices de la magistrature, qui le força de se réfugier à Berlin, où il mourut. Mais le premier code du déisme était publié, rélan était donné.
A peu près à la même époque, Helvetius, un des plus profonds admirateurs de Maupertuis, publiait sa Logique, son livre de V Esprit, tandis que Diderot donnait les Pensées Philosophiques. On avait, jusqu'à ce jour, conclu à l'existence de Dieu comme premier fondement d'une reli-
gion et d'un culte public. Diderot en admettant le premier fondement, rejetait une religion et un culte public. 11 alla plus loin. Sous le prétexte de retrancher toutes superstitions, il crut devoir opposer seulement les passions aux passions, afin d'affranchir l'homme de « ces petits moyens puérils » de morale et de religion, « en- <( traves honteuses que des législateurs ineptes (( ou hypocrites ont crues de tous temps néces- <i saires, et que la philosophie du dix-huitième c( siècle, a seule appris à briser. » L'auteur semble s'être fait déiste pour mieux combattre les athées. Il avait été déjà théiste avec Maftesburg et plus tard devait se dire chrétien « parce qu'il est raisonnable de l'être. » Voltaire a fait dans sa vie une cinquantaine de professions de foi.
Les Lettres sur les Avetigles ; F Interprétation de la nature f et le Principe de Philosophie morale; le traité de YEducation publique^ qui parut au moment ou la destruction des Jésuites laissait un vide dans l'instruction publique et quand V Emile de Rousseau venait de réveiller l'attention à ce sujet ; le Code de la Nature ^ qui n'était autre chose que la doctrine du bonheur commun,
l'égalité des biens substituée à la propriété, forment tout le fond du système révolutionnaire. Ce furent autant de matériaux pour Tédification du monument à la philosophie, qui devait, comme un phare colossal, éclairer le siècle à venir.
Jean-Jacques Rousseau fut un de ceux qui soutinrent avec le plus de force et, il faut le dire, le plus de gloire, la théorie de l'égalité des hommes devant Dieu, dont ils sont les créatures. Dans l'ordre naturel ne sont-ils pas égaux par les mêmes imperfections et les mêmes besoins, par les mêmes droits h ses bienfaits, à raison de sa souveraine bonté, qui se doit également à tout ce qui tient de lui l'être et la vie : égaux par les mêmes tributs d'hommage, de reconnaissance et d'amour que des enfants doivent à leur père.
Il démontra, avec le même bonheur que dans Tordre social, qui n'est qu'une conséquence nécessaire de la nature de l'homme, les hommes sont encore égaux, en ce sens qu'ils ont tous les mêmes droits d'être également protégés par
les lois générales, expressément ou tacitement consenties par tous, pour assurer à tous la jouis- .
sance possible de leurs avantagés naturels ou acquis, de kurs propriétés légitimes, des fruits de leur industrie, en un mot, de tout ce que Tintérèt commun maintient par la force commune contre les violences particulières.
Quelque forme ou quelque nom qu'ait pris cet ordre social, quel que soit le gouvernement adopté pour en être la garantie^ que sa constitution soit plus ou moins monarchique, plus ou moins républicaine, ou, en d'autres termes, qu'elle se rapproche plus ou moins, suivant les convenances du territoire et de la population, soit du pouvoir d'un seul, soit du pouvoir de plusieurs, soit du pouvoir du plus grand nombre, telle est, en tout état de chose, la seule égalité sociale et politique. Jamais il n'y en eut, et jamais il ne put y en avoir d'autre.
L'histoire de tous les siècles n'offre aucune exception à ce principe, fondé sur la nature et sur l'expérience ; et, ce qui est plus fort, c'est qu'après avoir essayé Je mettre en doute quelques-unes des vérités de Rousseau, la nation fut obligée d'y revenir, au moins en théorie, et de consigner dans un acte constitutionnel cette définition de l'égalité {Constitution de 1795),
comme elle s'est crue obligée de proclamer et d'afficher à la fin du dix-huitième siècle, qu'elle reconnaissait un Être suprême.
A l'époque qui nous occupe, sauf Voltaire, les historiens furent rares. Quelques traducteurs, le Président de Brosses, Gibbon, firent remonter le cour des idées, Tun jusqu'à la république romaine, l'autre jusqu'à la chute de Tempire romain, et ce fut à peu près tout. C'était à notr0 siècle qu'était réservé Thonneur de produire les Thiers, les Michelet, les Edgard Quinet^ et tant d'autres maîtres en l'art de faire revivre le passé.
Dans le domaine du roman, trônait Lesage, l'auteur de Gil-Blas, le tableau le plus parfait, le plus moral et le plus animé de la vie humaine, où il dépensa autant d'esprit que dans Turcaret. Gil-Blas est peut-être le seul roman de l'époque qui ne soit pas guindé sur une morale stoïque et désespérante, qui n'offre jamais de la vertu et de l'humanité qu'un i^odèle idéal que personne ne peut se flatter d'atteindre. L'auteur y a peint les hommes tels qu'ils sont, capables de fautes et de repentirs, de faiblesses et de retours : il n'affecte point ce rigorisme outré que l'expé-
rience dément, et que condamne une meilleure philosophie, parce qu'en exigeant trop des hommes, on les décourage, et qu'en ne pardonnant rien, on leur ôte Tenvie et l'espoir de se corriger.
Sans m'arrêter à une foule de bagatelles, je passe tout de suite aux romanciers dont les ouvrages sont demeurés avec plus ou moins de réputation.
Marivaux et Tabbé Prévost, tous deux au pre-j mier rang, y sont parvenus par une route toute différente . L'un n'a pour lui qu'un seul ouvrage, dont la supériorité lui a tenu lieu de productions nombreuses : Marianne ; l'autre, au contraire, a nui à la renommée de ses bons ouvrages, par la quantité de ses productions médiocres, n faut en excepter cependant Manon iescaut qui, grâce à la passion et à la vérité qui y dominent, est un des romans français qui survivront le plus longtemps avec Paul et Virginie de Bernardin de Saint-Pierre.
Citons encore le roman de Crébillon, où la corruption semble être érigée en système et l'indécence en bon air ; le Comte de Comminge, de madame de Tencin, qui peut-être regardé
comme le pendant de la Princesse de Clèves; la Comtesse de Savoie^ de madame de Fontaine, dont Voltaire me parait avoir tiré le sujet de Tancrède; les Lettres du marquis de Roselle, de madame Elie do Beaumont; les Lettres Péruviennes qui devaient immortaliser la mémoire de madame de Graffigny ; le Marquis de Cressy de madame Riccoboni ; les Incas de Marmontel et la Grenade Reconquise de M. de Flo- Fian.
C'est à Fauteur de Cléveland qu'il convenait d'être le traducteur de Richardson. L'abbé Prévost fut le premier qui transplanta parmi nous, et y naturalisa pour ainsi dire cette branche si riche de la littérature anglaise. Il eut un grand imitateur, Tauleur de la Nouvelle Béloïse^ qui a beaucoup de rapport avec Clarisse^ avec cette différence que l'imagination est la qualité dominante de Richardson, tandis que la philosophie et l'esprit de controverse caractérisent Rousseau qui porte dans l'une et dans l'autre^ la plus grande éloquence.
S'il ne faut pas regarder Emile comme un roman, nous arriverons de suite à celui qui s'est ouvert des sentiers nouveaux dans toutes les
carrières où il est entré après d'autres. Voltaire a voulu faire des romans, et il fallait bien que les siens ne ressemblassent pas à ceux qu'on avait faits. Il écrivit Zadig^ Candide^ Memnon^ ScarmentadOj Ylngénu^ caractérisés par un fond de philosophie semée partout dans un style rapide, ingénieux et piquant, rendus plus sensibles par dos contrastes saillants et des rapprochements inattendus, qui frappent l'imagination et qui semblent à la fois le secret et le jeu de son génie.
Nous terminerons là ce court exposé de l'état de la littérature en France au commencement de la Révolution, jusqu'au jour où sonna l'heure de 1789. On sait avec quel empressement y donna tout le monde, tète baissée. ^ • Le choc fut prompt, le réveil terrible, le désabusement amer et cruel.
Ce fut en résumé l'époque où la littérature a donné Timpulsion à la philosophie, où la réflexion s'est tournée vers les questions qui intéressaient la religion et la politique ; où la révolution des esprits a commencé. On aperçoit déjà les premières nuances du grand changement que la liberté politique devait produire
dans la littérature, en comparant les écrivains du siècle de Louis XIY avec ceux qui nous ont occupé ; et Ton en arrive à se demander si la Révolution permettra à la France tant d'émulation et tant de gloire ?