LE RUDE
Ah! tu ne veux pas que la voir,,, comme tu as- vu Fautre. Je crois que tu les fixes trop : on dira que le vin t'entre par les yeux, mais n'importe... (à Miralaid) Monseigneur, je vojs donne M. Touvia pour un homme à talents, musicien, écrivain, commissionnaire, bon pied, bon œil^ la langue nalureiiement épaisse après déjeuner, mais cela ne l'empêche pas d'écrire et déboire tout couramment ; c'est un fameux de noire ville, il est du Cloub des amU de la Constitut ion.. . m&l'j^vé ça, c'est un garçon d'honneur dont je réponds comme de moi.
MIRALAID
Quoi! M. Touvin, vous êtes d'un Cloub?... Vous êtes mon homme. Et moi aussi je suis employé en qualité de principal commissionnaire et balayeur dans celui des Jacobins de Paris ^ et je puis dire dans mes halles que j'y ai du crédit... on a de la peine, à la bonne hcure^il y a tant de monde! il s'y fait tant d'ordures! mais aussi !... Ah ! vous êtes d'un Cloub ? Touchez là, nous sommes frères.
sous LA RÉVOLUTION 397
Tovyirf (toujours parlant avec peine)
Quand, quand M. le Rude dit que je suis du glou, gloub...
LE R13DB (avec vivacité)
Allons^ messieurs, allons, plaçons-nous, Toilà M. Touirin tombé dans un glou-glou qui ne se passera qu'en buvant.
{JPendarU que les autres se placent à table ^ il dit à part à Touvin :)
Ne ya pas faire la béte, ne désavoue pas Ion Gloub, un peu de honle est bienlôt passée ;' il s^agit de griser et de mystiQer cet enfîleur de Paris.
TOCVIN
Oh ! c'est différent... j'en-enlends.
LE RUDE (avec le ton vif et plaisant)
; Allons, M. Gros-Louis, vite du vin, voilà la Nation qui
i;r. arrive chez vous : nous allons nous consliiuer aussi
jj Assemblée buvante, mangeante, dévorante. Vous, papa
1^ Gros-Louis, à cause de la vieille habitude et parce que
^li vous êtes un bon homme, nous vous constituons (jusqu'à
V jiouvel ordre) notre pouvoir exécuteur ; mille bombes 1
({{^ que vous allez être heureux et puissant ! Vous disposerez à votre fantaisie de toutes les bouteilles de votre cave,
I^g HI8T0IBB DE. LA lilTTÉBATgRB
TOUS boirez quand nous voudrons, ?ous verserez quand nous Pordoiiiidron«, TOUS prendrez ee que nous tous donnerons... voilà qui est bien entendu... que ceux qui sont de mon ans restent assis.. . Personne ne bouge, c'est décrété. On voit bien qu'il n'y a pas d'avocat ici, on est d'accord tout d'un coup : dans leur grande assemblée ça aurait duré un mois à 30 mille francs par jour : ces gens4à ont toujours vendu leurs parole» bien ehtt.., allons donc» Messieurs, tous ne demandes rtea I je vienf cependant de tous rendre maîtres de la maison... Beià ! garçon,! boire et du bon, c'est pour la Nation.
MIRALAID
BraTO, le Rude, le diable m'emporte si on ne croirait pas être è l'Assemblée de Paris... Cependant ta as oublié une petite cérémonie, c'est la sanction ou plutôt l'acceptation de M. Gros-Louis (car les articles de mangerie tiennent à la constitution), ce n'est rien, on Gnira par s'en passer^ mais les vieilles gens tiennent encore à ces misères-là: je m'en vais vous montrer comment ça se manie, (à M, Groê-Louiê avec un ton assuré) Eh bien ! pouvoir exécuteur, acceptez- vous?
M. 6B08-Loms (a^ee une voix tremblante)
Hais, messieurs, vous voyez bien que dans l'état où je suis, je ne puis rien exécuter. Depuis que cette troupe de Charlatans me nourrit de pilules cons-ti-tu-ii-onnelies ; depuir que cette bande d'avocats, de procureurs
sous LA RÉVOLUTION 399
et de pousse-culs a mis ma maison en décret s^ depuis que cette troupe de scélérats a manqué d'assassiner ma femme et m'a si rufdemonl brigandé, ça m'a fait une telle réyoiution que je ne puis remuer ni pied ni patte de tout le corps.
L*auteur a bien fait de garder Tanonyme.