‹ Histoire de la littérature révolutionnaireChapitre 37 sur 40 · LA PRESSE · texte numérisé non relu

LA PRESSE

Nous avons donné précédemment une liste à peu près complète des journaux qui parurent en 1790. Il serait superflu d'insister sur la Lanterne de Baillio, rédigée contre Marat; le Journal des Clubs fondé par Leroux et Revol ; le Journal Général de F Europe dirigé par Lebrun et Smith ; le Véritable Ami des Hommes publié par Loustalot ; les Prônes Civiques de Tabbé Lamourette ; les Actes des bons Apôtres, le Petit Carême de Vabbé Maury, sermons prêches dans rassemblée des enragés ; la Bible d'à présent, le Compère Mathieu, le Journal et le Petit Journal du Palais-Royal^ les Philippiques d'un ami de la

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Révolution^ la Correspondance des Départements^ le Courrier des Départements ^ le Lendemain^ le Républicain (le Dusaulchoy, autant de feuilles éphémères qui ne vécurent que quelques semaines.

Le Journal de la Société de 1789, créé par Condorcet n'avait été que le précurseur du Journal de la Société des Amis delà Constitution qui parut le 1®' novembre 4 790 et dont la rédaction fut confiée à Choderlos Laclos. L'auteur des Zmwons dangereuseSylQÎxdxiv maréchal de camp de 1792, se proposait d*y insérer les avis ou renseignements que les différentes Sociétés, affiliées à celles de Paris, jugeraient à propos de lui adresser. On y trouvait un tableau historique et raisonné des travaux de TAssemblée, Tinsertion de tous les décrets, le compte-rendu de tous les événements pouvant intéresser la Révolution, enfin la dénonciation de toutes les atteintes qui pouvaient été portées à la Constitution, par les difi'érents pouvoirs constitués.

« Le but principal de cet ouvrage, dit-il, sous forme à' avertissement^ est de faire aimer la Constitution ; le moyen qu'on emploiera sera de la faire connaître.

«Nous voilà à cette époque où la nation,après avoir brisé ses fers, après avoir fait entendre une volonté ferme et décidée d'être libre, a reçu avec transport, et cimenté de son assentiment les bases de laconsti-

tution qu*ont fondées les représentatiU.Ce n*ectt plus aux efforte de l^enthousiasme et d*une bouillante énergie qu'il est nécessaire de recourir ; c'est à ceux d'une noble patience et d'une fermeté généreuse. Il faut que chacun découvre, dans le développement de nos lois, l'avantage personnel qu'il en retire. U faut donc détailler les motifs qui doivent attacher chaque citoyen à son pays, à ses nouvelles lois. Cette tâche, si elle est remplie avec un zèle éclairé et réfléchi, laissera encore une moisson assez ample au patriotisme, et présentera la récompense honorable et douce de beaucoup de bien à faire au peuple. »

Le Journal des Amis de la Constituttom se scinda après la fuite du rbi. Le premier journal resta aux Feuillants, le second que Laclos continua de rédiger, prit le titre de Journal des Débats de la Société des Anm de la Constitution sémte aux Jacobins, pour ao fondre un peu plus tard iavec le Journal de la Société des Amis de la Liberté et de C Egalité.

C'est à cette époque que Cérutti, Raband Saint- Etienne, Grouvelle et Guinguené firent paraître la FEUILLE VILLAGEOISE, adressée, chaque semaine^ à toius les villages de France, pour les instruire des lois, des événements, des découvertes qui intéressent le citoyen.

Le fondateur en était Cérutti. Il y avait deux ans que s'asdociant au grand mouvement des esprits

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vers les matières politiques, il avait fait paraître son Mémoire pour le peuple Français qui lui valut la protection de Mirabeau. Son premier soin fut de s'assurer de son disciple Grouvelle et de Guinguené auquel le liait une .vieille amitié ; mais Rabaud Saint- Etienne, qui se multipliait à Tinfini et que son écrit sur les Intérêts du Tiers-Etat venait de mettre en relief, ne tarda pas à demander une part da collabora^ tion qui lui fut aussitôt accordée,et le j eudi 30 septembre 1790 la Feuille villageoise faisait son apparition. Le but de Gérutti était d'éclairer les bommes peu instruits sur le bien qu'ils pouvaient faire et ie mal qu'ils devaient éviter. -

(c C'est pour vous, leur disait-il, paisibles habitants des campagnes, c'est pour vous que nous écrivons* Il est temps que l'instruction parvienne jusqu'à vous. Gi-devanty elle était renfermée dans les villes, où de bons livres ont insensiblement éclairé les esprits et préparé la Révolution, dont vous avez recueilli les premiers fruits.

« Nous avons vu le temps où l'on n'avait pas honte d'assurer que l'ignorance devait être votre partage: c'est que l'ignorance de ceux qui sont gouvernés semble faire la sûreté de ceux qui gouvernent ; c'est que des puissants qui abusent craignent toujours d'être observés. Ce temps d'obscuiité n'est plus. Un nouveau gouvernement va succéder à ce^

lui quiid'abus en abus, avait accumulé les maux sur tous les rangs et toutes les conditions. Il se soutenait par les préjugés qui entretiennent Fignorance, ou par l'autorité qui impose silence aux réclamations et aux plaintes. Celui auquel vous allei être soumis ne peut se soutenir que par les lumières : il se fortifie par Tinstruction : il se nourrit, dans chacune de ses parties, par Témulation et par les connaissances que chacun y apporte : il se remonte par la surveillance de tous ceux qui Tétudient et qui l'observent ; il périrait, s'il n'était éclairé.

(( Cependant, habitants des campagnes, vous participez à ce gouvernement. Vous avez le droit d'élever ceux qui vous représentent,vous-mêmes pouvez être élus ; vos concitoyens peuvent vous confier quelque partie de l'administration de vos affaires communes: et quand même vous n'aspireriez à aucune de ces places honorables, vous devez en connaître les devoirs et les fonctions, pour obéir à ceux qui y ont été élevés, pour juger s'ils sont dignes de votre confiance. Enfin, le droit et le devoir de chacun de vous, est d'étudier les lois, afin d'apprendre à leur obéir. L'obéissance aux lois est le premier des devoirs ; mais elle est bien plus franche et bien plus assurée quand les lois sont connues de ceux qui obéissent, que lorsqu'elles ne leur parviennent que par des ordres arbitraires dont il ne leur est pas permis d'examiner les motifs. Les décrets de TAs-

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semblée nationale ne sont pas tous arrivés jusqu'à vous ; quelques-uns vous ont été présentés de manière à vous séduire et à vous tromper ; surtout vous ne connaissez pas la liaison qu'ils ont entre eux ; et si plusieurs vous ont instruit des bienfaits, inattendus,peut-ètre^ qu'ils vous apportaient, vous n'avez pas eu le temps d'apprendre les obligations qu'ils vous imposent, d

La Feuille villageoise contenait toute sorte de relations, d'explications, d'exemples. C'est la première fois que la presse devenait popularisatrice : et pour donner un exemple de l'art avec lequel elle se mettait à la portée de toutes les intelligences, nous citerons l'article suivant extrait du n° 13 paru le 23 décembre 1790 et intitulé : La conversation de bonne foi, ou la vérité dans le vin.

Le ci-deyant prince de *** est connu pour son pairie tisme. Quoique! ait perdu sa principauté, il n'a pas perdu sa gaité ni sa philosophie. Il dînai! avant-hier chez lui avec un ci-devant magistral, un ci-devant ministre, un ci-devant prélat, un ci-devant duc et pair, enfin un cidevant fermier général. Tout le monde était assez triste et assez taciturne avant de se mettre à table. La bonne chère anima les esprits. On commença par déclamer contre la Révolution. Le maître de la maison avait Tair d'applaudir. Il semblait même exciter ses convives. Je le regardais avec surprise. Il me fit signe de me taire et de patienter. L'aristocratie, tout en buvant d'excellent t]ham-

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pagne, répandail son ûel et sa mauTaise bumear. On apporta des Tins encore plus exquis. Les valets nous laissèrent libres. Je buvais et j'écoutais en silence, le» autres buvaient et parlaient avec fureur. A la fureur succéda une joie bacbique. Les mécontents paraissaient heureux et les meilleurs gens du monde. Ma foi, dit alors le matlre de la maison, convenons tous que nous étions de vrais aristocrates, et que nous vivions sans remords aux dépens du pauvre royaume: M. Le président, vous étiez rorade de votre parlement : que pensez-vous au ju^le de la robe ? — Le ci-devant hâoistiut : La robe^ monsieur? Elle était admirable pour nous : par le peuple^ nous gouvernions le roi, et par le roi nous gouvernions le peuple : voyez- vous ce triangle :

Le parlement était placé au sommet, le roi et le peuple en bas, Pun à droite et l'autre à gauche : le roi, ou le peuple voulaient-ils s'élever ? le parlement descendait pour les écraser tous deux. — Bravo, monsieur le Président : et vous, monsieur le ministre d'État, vous étiez l'aigle du conseil : que pensez-vous du pouvoir ministériel? — Le ci-devant ministre : nous étions les tyrans du trône^ les esclaves de la cour, les fléaux des provinces ; une femme en crédit ou un homme en faveur obtenait

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tout de nous avec ua mot de flatterie : nous obtenions tout d'un prince avec un mot d'adresse ; avec deux ou trois mOjls de préambule, nous obtenions tout du peuple : le ministère était un labyrinthe dont l'intrigue ouvrait la porte, dant la complaisance tenait le fil, et dont le caprice hâtait ou retardait la sortie. — A mer?eille : et vous, M. rarchevéque, vous passiez pour un père de l'église : dites-nous franchement votre opinion sur elle. — Lb ci-devànt pbélat : les clés de Saint-Pierre étaient devenues pour nous celles de tous les coffres- for is: l'ancien et le nouveau testament nous avaient servi de titres pour hériter du monde entier ; une église fondée pour les pauvres était mangée par les riches : nous avions une abbaye pour n'avoir rien fait, une crèche pour ne rien faire : nous laissions aux bons curés tout le travail de la vigne du Seigneur et nous en gardions toute la récolte. Mes bénéfices étaient en Champagne, je recueillais les vins le plus parfaits : j'avais dans ma cave 80 mille bouteille39 et dans ma bibliothèque des livres de théologie que je n'ai jamais ouverts. Nous n'avions pas besoin d'être savants. Nos prédécesseurs nous avaient si bien établis dans le monde 1 Ils avaient imaginé une puissance ecclésiastique par laquelle ils se dispensaient presque d'obéir aux souverains. Si les souverains se fâchaient, nous sollicitions les papes ; si les papes nous blâmaient, nous en appelions aux conciles ; et dans ces conciles, c'est nous qui prononcions nous-mêmes : aussi chaque concile ajoutait à nos privilèges : nous laissions dire l'évangile et crier le monde: enfin nous aviona tondu notre beau mouton, mais en revanche nous le bénisaioas :

it a repris son bien, que Dieu le bénisse ! — Vous êtes un homme de bien,?ous parlez comme un ange : el vous, M. le duc, nous avons ri vingt fois ensemble du manteau ducal, du chapeau de plumes, du tabouret du Louvre qui étaient les beaux restes de la Pairie : Eh bien^ regrettezvous toutes ces belles choses ? — Le ci-devant duc et PAIR : Moi, monsieur, regretter ces haillons de la féodalité, ces parodies de la grandeur ? non, en vérité. Pétais obligé de ramper dans l'antichambre d'un favori, ou à la toilette d'une favorite, ou dans la garde-robe d'une femme de chambre ; enGn je valetais h Versailles pour me ruiner à Paris et dominer çn province : à présent je resterai chez moi, j& me reposerai ; ou plutôt je m'occuperai dans ma terre, j'aurai comme vous une excellente table et je m'enivrerai gaiement avec mon curé et mon fermier. — Ils vous éliront leur maire. El vous, M. le Richard, vous avez amassé des millions: avouez que le métier était bon, mais un peu scéléraL — Le ci-devant FERMIER GÉNÉRAL : Il faut blcn l'avoucr ; le cardinal de Fleuri nous avait nommés les piliers de l'Élat ! nous en étions les pillards : plus d'une fois, j'en conviens, le cœur m'a saigné de voir notre bonne compagne faire envoyer le monde aux galères pour deux vols de tabac : Targent qui nous arrivait par torrent, était mêlé des larmes publiques et des malédictions populaires ; notre rôle était assez embarrassant: quand les grands avaient besoin de nous, ils se prosternaient à notre porte ; quand nous avions besoin d'eux, ils nous foulaient sous leurs pieds ! nous avions pour ainsidire, deux faces, l'une rayonnante (For, l'autre trempée dans la boue ; allons, il vaut mieux

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être républicain estimé que pubiicain maudit : j'ai quelques millions en assignats, je vais acheter un magnifique Domaine,d'un ci-devant abbé : je veux vivre et mourir en terre sainte. — Et moi aussi 1 — Et moi aussi! — Et moi aussi ! s'écrièrent tous les convives. Ils burent à la santé de la nation^ et ils sortirent démocrates ivres, après avoir été aristocrates à jeun.

À côté de Gérutti, de Rabaud, de Grouvelle et de Guinguené, vint bientôt prendre place M"® de Genlis qui dota la Feuille villageoise d'une correspondance suivie, sous le titre de Lettres de FéUcie à Jfamnne et qui avait pour objet de relever la condition des paysannes. Gette collaboration acheva le succès du journal dont le tirage augmentait chaque jour quand Cérutti mourut. A dater de cette époque, c'est-à-dire en 1792, Grouvelle devint rédacteur en chef. Il augmenta la rédaction de LequiniOi François de Neufchâteau, Lauthéas, Boileau, mais rame inspiratrice du journal n'était plus là, son succès alla en décroissant jusqu'en Thermidor, puis il cessa de paraître.

En ne nous arrêtant pas aux Lettres du journal Français, écrites par Marat et qui disparurent à la 8® épitre ; à la Feuille du jour de Parisot ; au Journal des Impartiaux de Salles de la Salle ; .au Républicain de Thom*as Payne, Gondorcet et Achille Duchàtelet ; à la Chronique du mots de Glavière, Garan de

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rm-9^iro^r^^''r^'T9-e^^-r^9'

Gotilon et Gondorcet ; au Thermomètre du jour de Dalaure ; à VAmi des citoyens de Tallien ; à l'Ami de la Révolution de Duval et Moreau ; aux diffiéreûts jbUTnaux:ri4mf (^e/a Constitution ^k Véritable Ami du peuple^ le Contre-Poison^ etc., etc., nous arrivons aux fameuses publications qui firent les délices delà* foule, devant leur popularité à Textravagance de leil:rs idée» et de leur rédaction.

Une des premièrea qui parurent avait pour titre : le Père Duchetne^ei était due à Lemaire.

« C'est ce journaliste constitutionnel, dit M. Léonard Gallois, qui publia les Lettres i... t patriotiques di^ père Duchesne, Quoique ces lettres ne portent aucune date, et qu'elles ne se distinguent entre elles que par leurs numéros d'ordice, il est facile de reconnatti^ que la première fut publiée vers le milieu de il90,l^% Lettres b.,. t patriotiques sont au nomi>râ de 600 : elles forment aujourd'hui 4 forts volumes in-8^. Le Père Duchesne de Lemaire a pour épigraphe ce distique : Castigat bibendo mores. Lorsqu'il vit paraître d'autres feuilles sous ce même titre, Lemaire mit en tète de ses lettres une image représentant un militaire qui fume sa pipe : puis il y appliqua une sorte de timbre contenant ces mots : Véritable père Duehesne. On le distingue encore des autres membres de eeUe nombreuse famille et prin- Gipalem#iit du journal d!Hébert, par deux espaces

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de cix)ix de Malte placées à la fin de chaque lettre. (( Le second de ces Père Ducheme est celui qui a pour titre : la Trompette du Père Duchesne, pour faire suite aux lettres b,..t patriotiques: cette nouvelle variante de la famille appartient aussi à Lemaire. La Trompette vit le jour en 1792, et cessa de paraître en 1793. Il en existe 147 numéros, devenus fort rares, quoiqulls forment 3 volumes in-8®. »

Le Père Duchesne d*Hébert qui avait encore à lutter contre le J'm'en fous ! les P^ées de Jean Bart et le Journal des Halles^ l'emporta bien vite sur ses devanciers. (( Je suis le véritable père Duchesne, foutre 1 » et il exhale « la grande colère » contre M. de La Fayette. Chaque numéro surmonté d'un marchand de foapneajttx fumant sa pipe et tenant une carotte de tabac à la main et plus tard du père Duchesne lui-même, avec des pistolets à sa ceinture et brandissant une hache dont il menace un abbé suppliant, porte un titre différent. C'est: /a France sauvée ou les bienfaits de la révolution et la grande joie du Père Duchesne sur rémission des petits assignats ; c'est : la Trompette du pèt*€ Duchesne: ou bien : la Grande visite du père Duchesne à madame ; ou encore : A la Chieau- Lit ou le tour de Carnaval du père Duchesne à. une société d'aristocrate, et ses amours GL\ecuneci^evant Duchesse; etc., etc. Voulez-vous un aperçu du style? citons : le Désespoir du père Duchesne après audr dé'

couvert la véritable cause de la mort du grand Mirabeau.

Ah ! les bougres de scélérats ! je m'en étais bien doalé, (foutre) que la mort de ce pauvre bougre n'était pas naturelle. Je sais bien, foutre^ que nul ne peut échappera la mort ; mais quoique ça la garce ne vous dépêche pas un homme en si peu de temps ; d'ailleurs, foutre, les coliques, les maux d'estomac qu'avait éprouvé Mirabeau au commencement de sa maladie, m'avaient donné des soupçons qui n'étaient que trop fondést

Moi, je le tiens d'un bougre qui s'y connaît et qui a vu de quoi il retourne*, il m'a dit que Testomac et les intestins de Mirabeau étaient criblés par le poison. Il est an reste un moyen bien simple de s'en assurer ; que chacun des chirurgiens qui a assisté à Topération, soit mandé à sa section, et qu'il atteste, sur son âme et conscience, la vérité du fait ; mais non, foutre, on s'en gardera bien. Lorsqu'il s'agit d'excuser la bougre de canaille qui a perdu ce grand homme, on ne manque jamais de prétexte. On leur aurait vu, foutre, préparer eux-mêmes le poison^ qu'on ne voudrait pas en convenir. Après les avoir trouvés chez le Roi^ munis de pistolets, de poignards, on a osé dire, foutre, qu'ils n'avaient que de bonnes intentions, et les bougres ont été quittes pour quelques gifles et les coups de pieds qu'ils avaient reçus. Voilà, foutre, ce qui les enhardit, ce qui les excite sans cesse à de nouveaux attentats.

Le père Ducheme n'épargna ni les anciens posses-

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seurs de maîtrises, ni le comte d'Artois, ni le Prince de Condé, ni Tarclievêque de Paris, ni l'Assemblée législative, ni la faction Brissotine, ni les généraux de la République, ni la commission des Douze, ni Chabot, ni Bazire, ni Fabre d'Eglantine et autres montagnards, ni Danton, ni Robespierre.

Ah! foulre, s'écrie-l-il dans son 356« et dernier numéro, que Farislocralie est dure à taer. Qaand elle est prêle à receYoir le coup de grâce, elle fail la morte, et lorsqu'elle paraît écrasée, elle se révolte et se ranime tout à coup pour lancer son poison avec plus de force. Chaque jour elle enfante de nouveaux monstres pour tourmenter le peuple. Pourquoi, foutre, les patriotes s'arrêtent-ils presque toujours à moitié chemin ? Pourquoi quand ils sont en train de frapper, n'exlerminent-ils pas à la fois tous leurs ennemis ? Tout était fini le 10 août,si des bougres d'endormeurs n'avaient pas arrêté le bras vengeur du peuple ; Togre Capet et son abominable race perdaient le goût du pain, pas un seul chevalier du poignard n'aurait échappé ; d'un seul coup de filet on enlevait à Paris tous les feuillants, tous les royalistes, tous les aristocrates, et les départements qui désiraient autant que nous cette grande journée, auraient donné à plein collier dans tout ce que les Parisiens auraient fait : mais au contraire les Sans-Culottes se laissèrent embêter par des jean-foutres à double face ; le modérantisme l'emporta: qu'en arriva-t-il, foutre? Les Brissotins firent la pluie et le beau temps ; le vieux Roland avec les millions que la convention lui avait confiés pour acheter des sub-

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sistanees, manigança contre la Révolution. Le boudoir do la putain qui rcncanaillait, remplaça le comité autrichien : ses mouchards, dispersés dans toutes les parties de la république, allumèrent partout le feu de la guerre civile. Presque tous les journalistes vendus à cette infAme clique, empoisonnèrent l'opinion. Les meilleurs citoyens furent traînés dans la boue. Les législateurs purs et courageux passèrent pour des scélérats. On accusa ceux qui avaient détruit la tyrannie de vouloir la rétablir. La voix de la vérité fut étouffée par le mensonge et la calomnie. Il n'y eut plus de sûreté pour le petit nombre d'écrivains qui était resté fidèle au peuple. Maral fut regardé comme un loup-garou ; il passa pour une hôte féroce, et dans plusieurs départements on se demandait combien il mangeait de petits e ifants à son déjeuner et combien par jour il buvait de pintes de sang ; cependant, foutre, il n'y avait pas d'homme plus humain. Les jean-foutrjes qui voulaient s'en débarrasser à tel prix que ce fût, le firent décréter d'accusation, et pour l'assassiner plus sûrement, ils avaient formé le projet de donner de la pelle au cul au tribunal révolutionnaire,pour en créer un autre composé de coquins et de brigands de leur acabit ; mais, foutre, les Sans- Culottes se rebiffèrent, le peuple défendit la cause de son véritable ami, il ne laissa pas aux Brissotins le temps d'achever leur crime. Marat parut devant ses juges, et il confondit ses accusateurs ; ramené en triomphe au haut de la sainte montagne, il y épouvanta tous les scélérats.

Robaspterre el DaatOD ne t^i;dèrent pia» à voir

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qa*Hébert voulait substituer le pouvoir de la Commune à celui de la Convention. Le 23 ventôse an II, Saint Just faisait entendre à la tribune conventionnelle ces terribles paroles : « Quoi, notre gouvernement serait humilié au point d*élre la proie d*un scélérat qui a fait marchandise de sa plume et de sa conscience, et qui varie, selon Taspect et le danger, de couleurs, comme un reptile qui rampe au soleil I Fripon, allez aux ateliers, allez sur les navires, allez labourer la terre I Mauvais citoyen, à qui la tàehe imposée par l'étranger est de troubler la paix publique et de corrompre tous les cœurs, allez dans les combats ; vil artisan de calamités, allez vous instruire à Thonneur, parmi les défenseurs de la patrie... Mais noni vous nuirez pas; Téchafaud vous attend! »

Quelques jours après Hébert marchait à la guillotine,

Cependant la Cour continuait d'opposer des journaux à ceux de la révolution. Us avaient leur Journal en VaudemlleSy les Sottisefi de la semaine, le Martyrologe national, les Qtmtre Evangelistes, les Conciliabules de la Société des amis du Peuple, le Journal de Louis XVI et de son Peuple, la Gazette des Cours de l'Europe, le Véritable défenseur de la reine, F Observateur féminin, V Apocalypse, le Journal de StUeau, le Défenseur du Peuple, le Journal du soir, le Journal à

deux liards, la Rocambole des Journaux^ VArUi-Marca, le Déjeuner^ la Moutarde après dîner, etc., etc.

A vrai dire, aucun d'eux ne fait grand honneur aux écrivains défenseurs du trône.Il faut en excepter cependant Tilmte/t^ Roi que rédigeaient Tabbé Royou, a Le Marat de la monarchie »,son frère et Montjoie*.

L*abbé Royou était le beau-frère de Fréron. En 1778, il avait fondé avec Geoffroy \q Journal de Monsieur qui en 1783, cessa de paraître faute de souscripteurs et (( malgré sa méchanceté n a dit La Harpe. Auteur de quelques ouvrages sans importance : Le Monde de verre réduit en poudre, Etrennes aux beaux esprits, il s'était associé <c pour faire corps et âme » son frère que nous retrouverons en 1792 créant le Véridtque, puis l'Invariable, et que quelques-uns ont put voir en 1825, comme on sifflait à rOdéon la tragédie de la Mort de 6V«ar,s'avancer sur la scène,arracherbrusquementlemanuscritdes mains du souffleur et se retirer en menaçant le parterre. Quant à Montjoie qui n'avait pas encore de passé, il faudra attendre deux ans pour son Histoire de la Révolution de France et de F Assemblée nationale, et le suivre à travers ses productions qui lui devaient valoir dans la suite une pension de Louis XYIII et la place de conservateur de la Bibliothèque Mazarine.

L'Ami du Roi parut le 1*' juin 1790.

Voici ce qu'on lisait à la première page :

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