‹ Histoire de la littérature romaineChapitre 101 sur 397 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

naissent pas plus ces vers imités d’Eschyle qu’ils n’ont reconnu la scène empruntée aux Trachiniennes, il faut en revenir, ce semble, à la déclaration de Cicéron sur ses tentatives dans les domaines de la poésie grecque. Remarquez d’ailleurs que Cicéron appelle en témoignage, avant la citation, Eschyle et non point Altius. Remarquez aussi que Cicéron a bien pu emprunter textuellement un vers d’Attius; ce qui suffit pour expliquer comment, à propos du mot adulai, Nonius a nommé Attius et non point Cicéron.

Les fragments du Philoctète n’ont pas beaucoup d’étendue, ni une très-grande beauté ; mais on y sent aussi quelque chose du souffle enthousiaste, surtout de la pittoresque énergie, des tours vifs et passionnés de la poésie d’Eschyle. Ainsi dans ce tableau des misères du héros abandonné : « Il est là, étendu sur le rocher humide ; et le rocher, qui retentit de ses lamentations, de ses plaintes, de ses gémissements, de ses mugissements, n’a pour échos que des cris de douleur ! » Ainsi dans ces paroles, que prononçait Philoctète lui-même : « Ah! qui me précipitera dans les flots amers, du sommet élevé du promontoire? Tout à l’heure me voilà anéanti : mon âme succombe à la violence de ma blessure, aux brûlantes douleurs de ma plaie ! » Ainsi dans ces vers où Philoctète caractérise la rudesse du climat de Lemnos : « L’aquilon au sifflement affreux y entasse les neiges glacées. » Ainsi, en un mot, dans tout ce qui nous reste de la tragédie.

Ce serait une vaine entreprise de chercher à déterminer jusqu’à quel point Attius avait pu quelquefois faire œuvre d’inventeur dramatique, en traitant à son tour certains sujets. Celui qui avait fait le Brutus était bien en état d’imaginer des combinaisons nouvelles, pour faire une Hécube, une Médée, une Alceste même. Et je crois qu’il n’y a pas manqué, ne fût-ce que pour ne pas ressembler de trop près à ceux qui avaient mis les mêmes sujets sur la scène en se bornant à transcrire Euripide. Mais nous n’avons pas eu d’autre prétention que de retrouver un poète et un grand poète, et de montrer, par quelques exemples, que nous avons perdu bien plus qu’on ne pense à la destruction des œuvres d’Attius. Si j’avais à justifier, par de nouvelles citations, ce

TRAGÉDIE; PACUVIÜS ET ATTIüS. 173

que j’ai dit de la parenté du poète avec Eschyle, je traduirais ce passage de la tragédie intitulée les Argonautes, où Attiusa peint une tempête avec des couleurs plus vives peut-être, plus saisissantes, et, à coup sûr, plus savamment disposées que celles que nous avons admirées ksi juste titre dans un des tableaux de Pacuvius. Virgile, au premier livre des Géorgiques, s’est souvenu d’Attius et de Pacuvius même; ou du moins il n’a pas dédaigné de leur emprunter certaines expressions, certains traits heureux, pour en orner cette description d’un orage d'été qui est peut-être le chef-d’œuvre de la poésie latine.

AafreM ouvrageM d'Attlua.

Je ne sais pas si Attius avait écrit des comédies ; mais ses tragédies n’étaient pas les seuls ouvrages qu'il eût composés. On cite, sous son nom, un poème en vers héroïques, intitulé Annales, dont Macrobe a même conservé un fragment. Quel était le sujet des Annales? Le nom semble l’indiquer : c’était une épopée sur l'histoire de Rome ; mais le fragment indique aussi que, parmi les faits historiques célébréspar Attius, figuraient des explications qui n’avaient rien de commun ni avec l’épopée, ni presque avec la poésie. Il s’agit, dans ces six vers, de l’origine des Saturnales, qui ne sont, selon Attius, qu’une imitation des fêtes célébrées en Grèce sous le nom de Cronies. Les vers sont assez mal faits, c’est tout ce qu’on en peut dire ; et Attius semble n’avoir pas été fort habile à manier, le rhythme d’Homère, tandis qu’il excellait et aux vers ïambiques, senaires ou autres, et à ces mètres anapestiques dont ses fragments offrent encore des échantillons si notables. '

Attius n’était pas seulement un poète très-distingué, c’était encore un prosateur de mérite, un critique, et même un savant. Ses trois ouvrages intitulés Didascalica, Pragmatica et Parerga, étaient des recueils de dissertations sur divers points d’histoire littéraire, d’antiquités et de grammaire même. Ainsi Attius avait essayé à Sa façon de démontrer qu’Hésiode était antérieur à Homère; ainsi il avait donné l’explication d’une foule d’anciens mots et d’anciens usages,

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