‹ Histoire de la littérature romaineChapitre 102 sur 397 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

et il avait préconisë, par ses préceptes et par ses exemples, un système d’orthographe analogue à celui des Grecs d’avant Simouide , qui doublaient la voyelle partout où la syllabe était longue. Du reste, je dois dire que quelques-uns attribuent ces trois ouvrages à un autre Attius, ou Accius, ou encore Axius, grammairien, ou même à l’un des deux grammairiens du nom d’Atéius, et qu’ils ne veulent pas même qu’ Attius le poète tragique soit Attius le poète des Annales. Le lecteur pensera, sur ce sujet, ce qu’ü lui plaira. Pour moi, j’aurais regret à dépouiller Attius de sa j)etite gloire d’érudit. Je me suis abstenu de chercher ce qu’Horace a prétendu dire, en nommant Attius un vieillard profond, ou en le faisant nommer ainsi par ses admirateurs : le vieillard profond, c’est peut-être le savant linguiste et le con • sciencieux archéologue des Didascalica, des PragnuUica et des Parerga. Le poète de Brutus, des 3Iyrmidons, de Prométhée est un grand poète, mais ce n’est pas un vieillard profond.

Décadence de la tragédie.

Attius mourut, selon toute vraisemblance, dans les premières années du siècle qui s’ouvre par le second tribunal de Saturninus. Rome allait devenir une arène sanglante, où des ambitieux de toute taille se disputeraient avec fureur les lambeaux du pouvoir, et où des hommes de génie, un Marius, un Sylla, déploieraient une férocité digne des lions et des tigres. Les affreuses tragédies du Forum, les exterminations sans fin ni trêve, les vengeances cruelles et sauvages d’un parti sur l’autre, les proscriptions répondant aux proscriptions, voilà les spectacles de Rome, depuis le commencement des guerres civiles jusqu’à l’abdication de Sylla. Ce n’est pas dans un pareil temps qu’il pouvait se trouver des poètes pour recueillir l’héritage de Pacuvius et d’Attius. Les promenades des Bardiéens, ou les affiches du favori de la Fortune, faisaient quelque tort à l’intérêt des fictions dramatiques ; et le cirque lui-même ne devait pas offrir des plaisirs bien vifs à des hommes que brûlaient des passions de cannibales. La Muse tragique se tut dans cette^ tempête; et jamais depuis

TRAGÉDIE; PACÜVIÜS ET ATTIÜS. 17S

elle ne recouvra la voix. C’est en vain que quelques esprits d’élite essayèrent plus tard de lui rappeler ses anciens triomphes. Asinius Pollion, Varius, Ovide, ne purent la tirer de sa torpeur. Les tragédies que ces poètes composèrent ne furent guère que des exercices de lettrés, dont les lettrés seuls tinrent compte. Le peuple ne les connut pas; ou, si elles parurent au théâtre, le peuple ne les écouta pas, et demanda ses ours ou ses lutteurs. Après le siècle d’Auguste, il n’y a plus de tragédie, du moins qui mérite ce nom : Sénèque luimême n’est pas pour me démentir.

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