‹ Histoire de la littérature romaineChapitre 105 sur 397 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

je distingue. Dans Labérius, il y a l’artiste, et il y a l’homme. L’artiste , dans le prologue , se plaint élégamment , éloquemment, J’en conviens; mais je ne me sens guère attendri sur l’homme, et je ne suis nullement tenté de le plaindre. Labérius , én montant sur le théâtre , a fait acte de lâcheté ; une lâcheté plus grande encore, ç’a été de combler César, dans le prologue , d’épithètes splendides , et de l’attaquer plus ou moins vivement dans la pièce. Et celui qui consentait à recevoir, en monnaie sonnante, le prix de ce qu’il regardait comme son déshonneur, 'est loin d’être le plus estimable des hommes.

Sentences de Publlus Syrus.

Les sentences de Publius Syrus sont célèbres, et elles méritent leur réputation. Quelques-unes , comme le remarque W. Schlegel, s’élèvent au-dessus du ton de la comédie, même sérieuse, et paraissent de véritables maximes stoïques. Syrus n’avait pourtant écrit que des mimés , et ses mimes étaient pleins d’ordures et de boufibnneries. C’est à travers les quolibets et les gravelures qu’ont été ramassées ces admirables sentences. Il y en a plus de mille , toutes monostiques, sauf une ou deux, et rangées alphabétiquement en deux séries , l’une des vers iambiques senaires, l’autre des vers trochaïques. C’est la première lettre de chaque vers qui détermine la place de chaque sentence. Tous les sujets sont donc confondus, et ce n’est pas là peut-être un des moindres agréments du recueil, du moins à mes yeux : on lit sans effort; pi variété soutient l’attention , et fournit sans cesse de nouveaux plaisirs. Il ne faudrait pas vingt vers de suite sur un seul thème pour nous donner des nausées. Le meilleur ordre, dans une collection de ce genre, c’est un ordre tout matériel, c’est-à-dire ce qui ressemble le plus au désordre. Pour donner une idée du mérite de Syrus, et pour faire comprendre le charme singulier de ce pêle-mêle réglé par l’alphabet, je transcrirai toutes les sentences comprises en latin sous la lettre T, dans la série ïambique. J’ai choisi celte lettre, parce que c’est la moins remplie du recueil.

On ne court aucun danger à se taire.

Oui ne sait pas parler, ne sait pas non plus se taire.

Au sot le silence tient lieu de sagesse. ^ ''

Ce que possède l’avare lui manque autant que ce qu’il n’a pas. L’homme doit apprendre aussi longtemps qu’il ignore.

Qu’il est à craindre, celui qui craint la pauvreté 1

Le peureux se donne le nom de prudent, l’avare celui d’économe.

O la douce peine, quand c'est la justice qui réprime la joie !

Lorsque tes champs ont soif, n’arrose pas ceux d’autrui.

L’indigence est honteuse, qui naît de l’orgueil.

Une perte est honteuse, qui provient de la négligence.

Tous sont protégés, dès qu’un seul est défendu.

Le bien le plus sûr, c’est de ne rien craindre que Dieu.

Sénèque faisait la plus grande estime du talent de Syrus ; et l'on comprend qu’un auteur où il y avait tant à prendre ait été particulièrement cher au philosophe. Non -seulement Sénèque cite ou commente les pensées de Syrus, mais il aime à vanter le poète, à le surfaire même : il va jusqu’à l’appeler sublime; à l’occasion, il est vrai, des belles sentences. Nous pouvons du moins reconnaître avec Sénèque que beaucoup de ces sentences auraient mérité d’être dites , au théâtre, ' non par des bateleurs pieds nus , mais par des tragédiens en cothurnes. Les sentences monostiques des comiques grecs, celles même de Ménandre et de Philémon , ne l’emportent pas sur les sentences de Syrus. Syrus a la vivacité du tour, l’éclat de l’expression , la netteté de la pensée : Ménandre et Philémon l’ont comme lui; mais ils n’ont pas toujours cette concision nerveuse qui donne tant de prix aux maximes. Syrus est , de tous les poètes , celui qui a le mieux pressé la sentence, comme dirait Montaigne, au pied nombreux de la poésie.

On ne nomme guère, avec Labérius et Syrus, qu’un seul poète qui se soit rendu célèbre comme auteur de mimes. C’est Gnéius Matius, que nous retrouverons ailleurs, et dont les mimïambes, ou mimes en vers ïambiques, ne sont connus que par quelques citatious extrêmement courtes. Tout ce que nous dirons de Matius poète, c’est qu’il maniait le mètre ïambique avec grâce et dextérité, et qu’Aulu-Gelle cite quelques-uns de ses vers, pour faire admirer certains

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