CHAPITRE XUI
que Rutilius et Scaurus fussent ni l’un ni l’autre de grands écrivains. Je ne crois pas que Sylla en fût un non plus ; ou plutôt je suis persuadé qu’il se piquait assez peu de passer pour tel, et que ses Mémoires n’étaient pas un chef-d’œuvre littéraire. Mais le caractère étrange du sanglant dictateur, les grands événements qui avaient rempli cette vie de soldat et de politique, les préjugés de l’homme, ses mœurs bizarres, tout ce qui a fait de Sylla un des problèmes historiques les plus complexes et les plus obscurs : il n’en fallait pas tant pour faire d’une telle autobiographie un ouvrage trèscurieux, très-original, très-instructif même. Sans les révélations de Sylla, nous ne connaîtrions pas Sylla. Plutarque en savait quelque chose : aussi a-t-il largement puisé à la bonne source. Sa Vie de Sylla peut nous consoler, jusqu’à un certain point, de la perte du livre d’où il l’a principalement tirée. Elle est bien intéressante et bien habilement composée ; pourtant j’aimerais mieux encore lire les Mémoires de Sylla, même arrangés ou gâtés par son affranchi Cornélius Épicadius.
Hlsturleiia conlcmporalns de Byllit.
Les Mémoires de Sylla devaient avoir au plus haut degré cet intérêt humain qu’on cherche avant tout dans les mémoires des hommes fameux. Ceux de Q. Lutatius Catulus, le vainqueur des Cimbres, n’étaient pas précisément une autobiographie. Cicéron dit que 'l’ouvrage de Catulus était écrit avec une grâce digne de Xénophon. C’était le récit des opérations stratégiques de la guerre dans laquelle Catulus avait conquis sa renommée. L. Cornélius Sisenna écrivit l’histoire des guerres civiles de Marins et de Sylla, et son ouvrage eut assez de succès pour que Salluste ne crût point déroger à sa dignité d’en écrire la continuation : Salluste, dans sa grande histoire, avait pris les événements au point même où les avait laissés Sisenna. Q. Claudius Quadrigarius et Q. Valérius d’Antium ne se bornèrent pas, comme Sisenna, à traiter un point particulier de l’histoire romaine. Leurs livres, intitulés Annales, étaient des histoires plus ou moins complètes. 11 reste d’assez longs fragments de celui