‹ Histoire de la littérature romaineChapitre 117 sur 397 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

quelque chose , en va le voir encore. Voici une épitaphe en vers ïambiques, qui n’a pas pu trouver sa place dans les chapitres que nous avons consacrés aux poètes. L’auteur en est inconnu. On devine la date , à certaines particularités du langage et de l’orthographe : sovo pour suo, pulcrai pour pulcræ , (leico pour dico, etc. Je profite avec empressement de l’occasion qui me permet d’en faire jouir le lecteur. C’est un éloge funéraire , sinon une oraison funèbre ; le titre est même, Éloge de Claudia. « Passant, j’ai peu à te dire ; arrêtetoi donc, et lis. Ici est le modeste tombeau d’une belle femme. Ses parents lui avaient donné le nom de Claudia. Elle aima son mari de tout son cœur ; elle mit au monde deux fils : l’un des deux vit encore après elle, l’autre repose en terre. Elle était d’un entretien agréable, d’un abord charmant. Elle garda la maison; elle fila de la laine. J’ai dit. Adieu. »

üervius flal|iicluii Galba.

Servius Sulpicius Galba, le dernier adversaire contre lequel Caton essaya ses forces, était un orateur très-habile, un homme d’un vrai talent, et capable de tenir tête à l’accusateur. Mais sa cause était mauvaise ; et ce n’est point par des arguments oratoires qu’il détruisit l’effet des attaques du terrible vieillard. Il apitoya les Romains sur le sort de ses enfants et d’un neveu qui était son pupille. Il fit paraître à ses côtés ses deux fils et le fils de son frère Sulpicius Gallus ; il les embrassa en pleurant ; il prononça quelques paroles touchantes; et le peuple fut désarmé,, et les abu^ d’autorité dénoncés par Caton furent pardonnés au magistrat, par considération pour le père de famille. Galba avait laissé trois discours écrits ; mais c’est à peine s’il en reste trois mots authentiques. Cicéron nous apprend que cet orateur fut le premier, à Rome, qui sut mettre en œuvre les ressources de l’art des Grecs, l’amplification, les digressions, les lieux communs, en un mot tout ce qui vise à charmer l’esprit. Mais ce qui faisait surtout le succès de Galba, c’était son adresse à s’emparer des affections de l’auditeur, et à forcer l’assentiment, à défaut de la conviction. Cicéron toutefois avoue que les discours de Galba laissaient

beaucoup à désirer : le style en était un peu sec et maigre, et il sentait son antique plus que le style de Lélius ou de Scipion, plus que celui de Caton même.

■.élluti et eieiplon Kmllien.

On ne peut guère séparer les noms de ces deux hommes , qui furent unis d’une si étroite amitié pendant leur vie, et que les anciens ne nomment presque jamais l’un sans l’autre. Ils étaient tous les deux orateurs distingués ; mais la différence des caractères en mettait une assez tranchée entre l’éloquence de l’un et celle de l’autre. L’éloquence de Scipion était plus vive et plus passionnée ; celle de Lélius était plus savante, plus agréable, plus attique, plus émaillée de mots heureux et de fines plaisanteries. Scipion orateur était encore un soldat; Lélius orateur n’était que l’homme sage habile dans l’art de convaincre. Au reste, il serait difficile de dire lequel des deux était le plus complètement possédé de l’amour du bien et du beau ; lequel l’emportait par la noblesse des sentiments, par l’élévation de la pensée, par la solidité et la variété des connaissances. Il a déjà été question ailleurs de leurs goûts littéraires. Panétius, le grand philosophe et le grand écrivain, fut leur maître et leur ami. Diogène le stoïcien, avant Panétius, les avait initiés aux nobles doctrines de l’école de Zénon. La culture grecque avait perfectionné, mais non gâté leur esprit : c’étaient des Romains dignes de la Grèce, mais qui n’avaient pas démérité de Rome. Caton, l’adversaire acharné de tous les leurs, les aima comme des fils ; et Périclès se fût applaudi de laisser après lui de pareils héritiers.

Discoar* de Eéllu«.

Les fragments des discours de Lélius ne sont pas beaucoup plus considérables que ceux des discours de Galba. Il y a lieu pourtant de dire un mot de quelques litres , et de transcrire les cinq ou six lignes que nous avons de Lélius. Le titre Plaidoyers pour les publicains ne prouve pas que Lélius eût rédigé des discours proprement judiciaires. Ces plaidoyers, ou, selon le mot latin, ces actions, étaient sans

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