‹ Histoire de la littérature romaineChapitre 118 sur 397 · CHAPITRE XTV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XTV

doute d’un genre mixte, demi -judiciaire , demi-politique, comme sont certains discours de Cicéron, entre autres les Verrines. Scipion, après sa mort, eut deux panégyristes, Faîjius Émilien son frère, et son neveu Q. Tubéro. Mais les deux discours étaient l’œuvre de Lélius, s’il en faut croire certains témoignages. Cicéron fait allusion quelque part à im passage du discours prononcé par Fabius; et un scholiaste de Cicéron nous a conservé ce passage, qui vaut la peine qu’on le recueille : « Ainsi donc, Romains, nous ne saurions rendre grâce aux dieux immortels autant que nous le devons, de ce qu’un tel homme, animé d’un tel esprit, doué d’un tel génie, est né dans cette république et non ailleurs ; et nous ne saurions donner preuve ni d’assez de déplaisir, ni d’assez de chagrin, de ce qu’il a été victime d’une telle maladie, et de ce qu’il a péri dans un temps où nous avions surtout besoin qu’il fût vivant, vous et tous ceux qui désirent le salut de cet État. »

DiscourM de (Scipion.

Nous souunes plus heureux avec Scipion qu’avec Lélius. Aulu-Gelle, Macrobe et d’autres nous ont transmis un certain nombre de morceaux tirés des discours du destructeur de Carthage. Ces fragments répondent assez bien à l’idée qu’on doit se faire du caractère et de l’esprit du fils de Paul Emile. Le style de Scipion a quelque chose de sévère et de hautain, qui sent l’homme habitué au commandement. C’est presque la rudesse et la franchise de Caton. Voyez l’orateur, attaqué par Tibérius Asellus, couvrir l’accusateur de ses mépris, et l’accabler de sa véhémence : « Tout ce que les hommes font de mauvais, de honteux, de criminel, est compris dans ces deux vices , la méchanceté de l’âme et la dépravation des mœurs. De quoi veux-tu te justifier? Est-ce de la méchanceté ? est-ce de la dépravation ? est-ce à la fois de l’une et de l’autre ? Si tu prétends qu’on ne t’accuse point de dépravation, libre à toi; noais les sommes que tu as dépensées pour une seule prostituée excèdent le prix que tu as déclaré aux censeurs pour tout le mobilier de ta terre de Sabine. Tu le nies? qui te cautionne de mille sesterces?

Mais . la as dépensé et dissipé en débauches infâmes plus d’un tiers de l’argent paternel. Tu le nies? qui te cautionne de mille sesterces? Tu renonces à la défense sur la dépravation: hé bien, réponds au moins sur la méchanceté. Mais tu t’es parjuré solennellement, et de propos délibéré. Tu le nies ? qui te cautionne de mille sesterces ? »

Il y a, dans ce qui reste des discours de Scipion, des choses plus vives et plus énergiques encore. Les libertés de la langue latine atteignent à leurs limites extrêmes dans le passage où Scipion reproche à Sulpicius Gallus les recherches de sa toilette et ses mœurs efféminées. Je ne pourrais traduire les paroles de l’orateur qu’en les affaiblissant, qu’en les rendant méconnaissables. Je puis, en revanche, donner un passage du discours de Scipion contre la loi agraire de Caïus Graçchus. C’est un admirable tableau de la corruption qui dévorait déjà la jeunesse romaine ; « Les jeunes gens apprennent des arts déshonnêtes ; ils vont à une école d’histrions avec des débauchés infâmes, la sambuque et le psaltérion en main. Ils apprennent à chanter; ce que nos ancêtres regardaient comme une honte pour des honomes de condition libre. Oui, des jeunes filles, des jeunes garçons, de condition libre, vont dans une école de danse se mêler à des débauchés infâmes. Quand on me racontait ces faits, je ne pouvais me mettre dans l’esprit que des hommes nobles enseignassent de telles choses à leurs enfants. Mais on m’a conduit dans une école de danse ; et j’y ai vu, en vérité, plus de cinq cents jeunes garçons et jeunes filles. J’y ai vu, et j’ai dû déplorer le sort de la république, un de ces jeunes garçons, portant la bulle, le fils d’un candidat, un enfant d’au moins douze ans, qui dansait, en s’accompagnant de crotales, une danse qu’un esclave impudique ne pourrait danser sans déshonneur. »

On se souvient que Caton, dans certains cas, exprimait sa pensée sous des formes singulières et saisissantes. Il en était de même de Scipion. C’est dans les discours de Scipion qu’un ancien a puisé les exemples les mieux caractérisés de la figure que les Grecs nommaient l’échelle, et que nous nommons, comme les Latins, la gradation. Voici une de ces

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