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CHAPITRE XIV

échelles dont l’orateur se plaisait à monter les degrés « De la vertu naît la considération, de la considération les honneurs, des honneurs le commandement, du commandement la liberté 1 » En voici une autre : « Forcé par la violence, à contre-cœur j’ai engagé le procès avec lui; le procès engagé, J’ai amené mon adversaire devant le juge; amené devant le juge, au premier assaut je l’ai fait condamner; condamné, je l’ai volontairement tenu quitte. »

l.épidus Porcina.

Les six mots insignifiants qui restent des discours de Porcina ne sont pas, certes, ce qui nous engage à mentionner cet orateur : c’est la manière dont Cicéron parle de lui dans le BriUus. Cicéron dit que M. Êmilius Lépidus, surnommé Porcina, avait eu la réputation d’un grand orateur, et qu’il était, sans contredit, un bon écrivain. C’était le premier chez qui Cicéron trouvait la douceur des Grecs, la disposition harmonieuse des mots, et ce travail de la diction qui annonçait déjà un art véritable. Carbon et Tibérius Gracchus furent, en un sens, les disciples de Porcina: ils cherchaient avidement les occasions de l’entendre parler; ils étudiaient son style et sa manière. Les paroles de Cicéron ne signifient pas, comme on pourrait le supposer, que Porcina leur donna des leçons d’éloquence. Porcina, sénateur et consulaire, ne se fit point rhéteur, même pour des jeunes gens de si grande espérance : il les instruisit d’exemple ; et Cicéron ne dit rien autre chose.

Carbon.

C. Papirius Carbo fut tribun du peuple avec Tibérius Gracchus. Il s’associa aux projets de son collègue, et il fut un des triumvirs chargés de faire le partage des terres. Les nobles n’eurent d’abord point d’ennemi plus habile ni plus redoutable. Au temps de Caïus Gracchus, Carbon abandonna le parti des plébéiens; et les nobles, dit-on, l’aidèrent à parvenir au consulat. Il prit la défense d’Opimius, et il flétrit les victimes qui avaient succombé dans la lutte où triompha l’aristocratie. Mais il ne gagna guère à sa défection que la

L’ÉLOQÜENCE APRÈS CATON; LES GRACQDES. 197

haine de ses anciens amis et le mépris de ses nouveaux alliés. On n’oublia point les actes du tribun et du triumvir. Il fut accusé pai’ Grassus ; et, désespérant d’échapper à la condamnation, il se donna volontairement la mort, ou, suivant d’autres, alla mourir en exil.

Cicéron appelle Carbon un séditieux et un mauvais citoyen ; mais il ne conteste pas, tant s’en faut, ses talents oratoires. Il loue sa fécondité; il dit que Carbon avait une belle voix, la langue facile, de la vivacité et de la véhémence, de la douceur pourtant, et la plaisanterie à souhait; il ajoute que Carbon donnait beaucoup de temps et de soin aux exercices par lesquels les orateurs anciens préludaient chez eux aux luttes de la place publique ou du barreau. Carbon avait laissé, selon toute apparence, un grand nombre de discours. Nous avons à peine les titres de deux ou trois, et quelques mots de celui que Carbon avait prononcé pour Opimius: « Si le consul c’est l’homme qui veille au salut (consulit) de la patrie, quelle autre chose a faite Opimius? — Si Cracchus était criminel, Opimius a agi en bon citoyen. »

■nutltutlAii* favorablea au développement de l-éloqaence.

L’époque où vécurent Carbon et les Gracques fut trèsféconde en hommes habiles à se servir de la parole. Outre les noms que nous avons mentionnés, nous pourrions énumérer ceux de L. Scribonius Libo, de Spurius Albinus, des deux .4,urélius Orestès, de Pompéius Népos, de Julius Pennus, et d’autres encore. On s’explique aisément cette abondance, si l’on songe aux- effets nécessaires de quelques-unes des lois qui furent alors portées. L. Pison, tribun du peuple, avait fait adopter la fameuse loi sur la concussion (de Repetundis). On avait établi les enquêtes perpétuelles, c’est-àdire une juridiction permanente, à laquelle ressortissaient toutes les causes de concussion, de prévarication politique et administrative , et où l’on traduisait les magistrats qui avaient mal géré ou malversé. Rien n’était plus commun que la concussion et les prévarications de toute sorte. Mais aussi les accusateurs ne manquaient pas. C’était en prenant à partie quelque homme plus ou moins fameux, que les

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