‹ Histoire de la littérature romaineChapitre 124 sur 397 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

Scaurus; Rutilius, etc. — Crassus et Antoine. — Vie de Crassus. — Eloquence de Crassus. — Crassus orateur judiciaire. — Discours politiques de Crassus. — Vie d’Antoine. — Eloquence d’Antoine. — Philippe. — Cotta et Sulpicius. — Autres orateurs contemporains de Crassus et d’.tntoine. — Hortensius. — Hortensia.

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Entre les Gracques et Cicéron, trois orateurs ont conquis, à Rome , une réputation de génie ; Crassus , Antoine et ^or^ tensius. C’est à ces noms illustres que sera principalement consacré ce chapitre ; mais il y a quelques hommes de talent qu’il serait injuste de passer sous silence.

M. Emilius Scaurus, dont il a été question à propos des historiens, était, suivant Cicéron, un orateur distingué. U imitait, dans ses discours, la simplicité des anciens orateurs; sa parole avait de la gravité et de l’autorité; son éloquence était toute sénatoriale. Rutilius, dont le nom est presque toujours joint à celui de Scaurus, était un orateur aussi ; mais Cicéron ne fait qu’un médiocre éloge de ses discours. L’auteur du Brutus traite plus favorablement Catulus orateur ; je dis le collègue de Marius, celui-là même qui avait écrit l’histoire de la guerre des Cimbres : « Q. Catulus était savant, non à la manière des anciens, mais à la nôtre, ou, s'il en est une meilleure, à la sienne. Il avait beaucoup -de littérature, une grande douceur de langage, aussi bien que de mœurs et de caractère , en£n une diction pure et que ne déparait aucune tache. » Il reste quelques fragments des discours de Q. Métellus le Numidique; mais ces fragments n’ont rien de bien remarquable. Je n’en excepte pas même celui qu’on a si souvent cité , cette singulière exhortation au mariage qui commence ainsi : « Romains,

L’ÉLOQ. DEPUIS LES GRACQÜES JUSQU’A CICÉRON. 207

si nous pouvions nous passer d'épouses, assurément aucun de nous ne voudrait se charger d’un tel ennui ; mais, puisque la nature a arrangé les choses de telle sorte qu’on ne peut ni vivre heureusement avec une femme, ni vivre sans femme, assurons la perpétuité de notre nation plutôt que le bonheur de notre courte vie. > Métellus ne manquait pas d’esprit; il parlait même assez bien, comme dit Cicéron, pour soutenir un grand nom et la dignité consulaire ; il avait écrit quelques-uns de ses discours ; mais c’était à peine un orateur. Si nous nous en rapportions au jugement de Cicéron sur G. Memmius , il nous faudrait laisser ce nom dans l’ombre , avec ceux de Cépion, de Gurion, de Fimbria, de tant d’autres. Mais Salluste fait un beau portrait de Memmius, comme homme«d’État et comme orateur. Il dit que l’éloquence de Memmius était célèbre , et qu’elle lui donnait un grand empire sur les esprits. Il lui prête un très-beau discours , qui n’a sans doute que peu de chose d’authentique ; mais il fait mieux que lui attribuer sa propre éloquence : il retrace, dans un autre passage, les effets de celle de Memmius. Voyez la belle scène où Memmius, au nom de la foi publique, garantit la vie et la liberté de Jugurtha, calme l’effervescence populaire, et obtient que tout se passe, même avec un ennemi odieux, dans les formes légales, à tout hasard de voir le criminel échapper à une trop juste vengeance.

CraMUM et Antoine.

Cicéron , après avoir nommé Memmius et quelques autres moins connus, s’écrie : « Que d’orateurs j’ai déjà cités ! que de temps passé à cette énumération ! et cependant , c’est en nous sauvant à peine à travers la foule, que nous sommes arrivés , chez les Grecs à Démosthène et à Hypéride, et chez nous à Grassus et à Antoine; car ce sont, à mon avis, nos deux plus grands orateurs, et les premiers Romains qui aient élevé l’éloquence à cette hauteur où l’avait portée le génie de la Grèce *. » C’étaient deux hommes nourris, comme la plupart de leurs contemporains, dans toute sorte d’études

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