Cicéron, dialogues l’Omieur, livre II, paragraphe
L’ÉLOQ. DEPUIS LES GRACQÜES JUSQU’A CICÉRON. 217
Carbon, avoir défendu Opimius, on ne te croira pas pour cela un bon citoyen. Evidemment , tu feignais ; lu étais guidé par quelque intérêt; car bien souvent, dans tes harangues, tu as déploré la mort de Tib. Cracchus ; car tu as été complice de l’assassinat de P. l’Africain ; car lu as porté, durant ton tribunal, une loi fatale; car tu as toujours été d’un avis contraire à celui des gens de bien. » Ainsi ce cri pathétique que pousse l’orateur, effrayé par la vue des périls que voulait conjurer Servilius : « Arrachez-nous à ces migres; arrachez-nous à la férocité de ces monstres altérés de notre sang ; ne souffrez pas que nous soyons à la merci d’aucun autre que de vous tous , du peuple qui est notre maître, et à qui nous devons obéir. » J’ai donc hâte de transcrire les pages éloquentes où Cicéron a retracé la lutte de Crassus contre le consul Philippe. Je ne retrancherai rien de cet incomparable tableau. Crassus mérite bien qu’on laisse parler jusqu’au bout son panégyriste; et, quand Cicéron parle, qui pourrait se plaindre de l’entendre parler trop longtemps? Voici donc le préambule du troisième livre des dialogues de l'Orateur.
« Comme je me disposais, mon cher Quintus, à reproduire le discours qu’avait tenu Crassus après l’argumentation d’Antoine, et à le consigner dans ce troisième livre, un bien pénible souvenir est venu réveiller dans mon cœur des regrets et des chagrins douloureux; car ce beau génie, digne de l’immortalité, cette douceur de mœurs, cette vertu si pure, qui distinguaient L. Crassus, tout fut éteint par une mort soudaine, dix jours à peine après ce jour dont les entretiens font le sujet de ce livre et du précédent. Crassus revint à Rome le dernier jour des jeux scéniques : là, il apprit avec indigoation que le consul Philippe, dans une harangue au peuple, avait déclaré qu’il lui fallait un autre conseil; qu’avec un tel sénat, il ne pouvait conduire les affaires publiques. Le matin des ides de septembre, il se rendit à la curie, où les sénateurs se trouvèrent en nombre. Drusus, qui avait convoqué l’assemblée, après s’être plaint vivement de Philippe, proposa au sénat de délibérer sur l’outrage dont le consul s’était rendu coupable, par sa ha-
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