CHAPITRE XV
lesse.... Hortensias enleva les suffrages tant qu’il fut jeune. Il avait, comme Ménéclès, une abondance de pensées vives et délicates; mais, chez lui, comme chez l’orateur grec, ces pensées étaient quelquefois plus agréables et fleuries que nécessaires ou même utiles. Son style était animé et impétueux, en même temps que travaillé et poli. Tout cela ne contentait guère les vieillards. Souvent je voyais Philippe rire de pitié, ou même s’irriter et maudire l’orateur; mais les jeunes gens admiraient, et la multitude était émue. Hortensias, dans sa jeunesse, excellait donc, au jugement du vul- . gaire, et il occupait le premier rang sans conteste. Ce genre d’éloquence, il est vrai, n’avait rien de bien imposant ; mais il paraissait du moins approprié à l’âge d’Hortensius : d’ailleurs, on y voyait briller une certaine beauté de génie. Cette beauté, perfectionnée par l’exercice, le tour savant et heureux des périodes, voilà ce qui excitait les transports d’admiration. Quand les honneurs, quand la dignité de l’âge mûr exigèrent quelque chose de plus grave, ce fut toujours le même orateur, et ce n’étaient plus les mêmes convenances. Hortensias s’exerçant beaucoup moins, et sa passion pour le travail, jadis si vive, s’étant refroidie, il lui restait son ancienne abondance de pensées fines et ingénieuses, mais non plus revêtue, comme autrefois, de la parure d’un style éblouissant. C’est pour cela sans doute, mon cher Brutus, qu’il ne t’a pas plu autant qu’il l’aurait fait, si tu avais pu l’entendre quand il était enflammé de toute son ardeur, quand il florissait dans tout l’éclat de son talent. >
Hortensia.
Hortensias avait un fils indigne de lui, et qui ne se signala que par ses folies et ses débauches. Mais quelque chose du génie oratoire du père devait revivre dans Quinta Hortensia, la fille. Au temps du triumvirat d’Antoine, de Lépide et d’ Octave, les dames romaines, frappées d’un énorme tribut, n’avaient pas pu trouver un orateur qui osât réclamer pour elles devant le tribunal sanguinaire des tyrans. Hortensia eut le courage qui manquait à tous les hommes. Elle prit en main la cause ; elle rappela les trium-
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L’ÉLOQ. DEPUIS LES GRACQÜES JUSQU’A CICÉRON. 231
virs à l’équité, et elle ne parla pas en vain. Grâce à son éloquence, les matrones furent déchargées de la somme presque entière qu’on exigeait d’elles. Le discours semble avoir été digne de ce triomphe. • On lit, dit Quintilien, le discours prononcé par Quinta Hortensia, fille de Quintus, devant les triumvirs; et on le lit non pas uniquement par honneur pour le sexe. »
Naissance de Cicéron ; ses études. — Cicéron orateur judiciaire. — Plaidoyers de Cicéron. — Pathétique deeCicéron. — Cicéron orateur politique. — Style oratoire de Cicéron. — Premiers discours politiques de Cicéron. — Les Catilinaires. — Autres discours politiques de Cicéron. — Ouvrages de Cicéron sur Part oratoire. — Cicéron philosophe. — Ouvrages philosophiques de Cicéron. — Ouvrages perdus. — Cicéron poète. — Lettres de Cicérôn. — Dernier triomphe de Cicéron.
tValMBSBce de Cicéron; mem étndeo.
U est difficile de parler brièvement de Cicéron. Les bornes étroites de cet ouvrage nous permettront à peine de donner une idée sommaire des immenses travaux qui remplirent sa vie, et d’indiquer ses principaux titres à l’estime et à l’admiration de la postérité. Mais Cicéron peut se passer d’un panégyrique; et dire à peu près ce qu’il a fait, c’est assez pour faire comprendre, sinon tout ce que fut son génie, au moins que ce génie fut un des plus puissants et des plus extraordinaires qu’il y ait eu au monde.
Marcus Tullius Cicéro naquit dans une campagne voisine d’Arpinum, le 3 janvier de l’an 647 de Rome, cent sept ans avant notre ère. Sa famille habitait de tout temps Arpinum; mais les habitants de ce municipe avaient le droit de cité romaine, et ils votaient, dans les comices, avec la tribu