CHAPITRE XVI
Deux ans après ce discours, Cicéron briguait le consulat. Ses compétiteurs employaient ouvertement la corruption. Le sénat voulut arrêter leurs menées, en aggravant la pénalité des lois anciennes qui garantissaient la sincérité des élections. Cicéron parla devant ses collègues, et il couvrit d’opprobre ce Catilina qui lui disputait, par d’indignes manœuvres, la suprême magistrature. C’est le discours intitulé : dans la Toge blanche, c’est-à-dire discours prononcé par Cicéron candidat. U n’en reste que fort peu de chose ; mais je l’ai mentionné, parce que ces phrases violentes à l’adresse de Catilina peuvent donner une idée de la liberté avec laquelle on se disant en face, dans le sein même du sénat romain, les choses les plus injurieuses.
On sait comment Cicéron fut nommé consul. Une conspiration se tramait dans l’ombre; on devinait que Catilina en était l’âme; des bruits affreux venaient de temps en temps effrayer les citoyens. Les indiscrétions d’un certain Curius, et les révélations de Fulvia, sa maîtresse, portèrent la terreur à son comble. Salluste lui-même reconnaît que tous les regards se tournèrent vers Cicéron, et qu’on fut unanime, en ces redoutables conjonctures, pour remettre aux mains du grand et honnête orateur le soin du salut commun. « Rien ne contribua plus, dit-il, à échauffer les esprits en faveur de M. Tullius Cicéron, et à lui faire confier le consulat. Jusque-là, la plupart des nobles, dévorés de jalousie, croyaient le consulat souillé, pour ainsi dire, s’il devenait le partage d’un homme nouveau, même distingué par son mérite; mais, en présence du danger, la jalousie et l’orgueil cédèrent*. •
Le premier discours consulaire de Cicéron fut celui qu’il prononça, dans le sénat, contre la loi agraire de Rullus. Ce discours n’est pas un chef-d’œuvre. Il n’y a rien de bien saillant ni dans les idées ni dans le style; et la complaisance vaniteuse avec laquelle J’orateur étale ses propres mérites affecte désagréablement le lecteur. Mais, quand Cicéron