Deuxième discourt sur la Loi agraire, chapitre ix
CICÉRON
Marius. Il renvoya à Rullus le reproche de fauteur des Syllaniens, en lui montrant un article de sa loi qui donnait toute sécurité aux acquéreurs des biens des proscrits, et qui leur faisait une position plus avantageuse qu’aux propriétaires de biens patrimoniaux. U stigmatisa la déloyauté de ses adversaires, et il finit en les défiant de paraître à la tribune, et d’y soutenir publiquement leurs calomnies. Si ce discours avait plus d’importance par son étendue et par son objet, il mériterait d’occuper une place très -distinguée parmi les œuvres oratoires de Cicéron.
Quatre ans avant le consulat de Cicéron, L. Roscins Otho, tribun du peuple, avait assigné à l’ordre équestre les quatorze premiers bancs du théâtre, après ceux des sénateurs. Un jour, pendant que Cicéron était consul, l’ancien tribun, en entrant au théâtre, fut accueilli par des huées et des sifflets. Les chevaliers prirent son parti ; le peuple continua le vacarme : une collision était imminente. Cicéron parait, et il ordonne aux mutins de se rendre au temple de Bellone. Là, il les harangue ; toute cette agitation s’apaise : la foule, calme et silencieuse, va ensuite se rasseoir au théâtre, résignée désormais à ne plus protester contre le privilège des chevabers. Il reste quelques mots seulement du discours de Cicéron. On croit que c’est à cette victoire remportée sur les passions populaires que font allusion les admirables vers de VÉnéide, où nous voyons un homme de bien calmant la sédition par sa parole et par l’empire de sa vertu.
La défense du chevalier Rabirius, accusé d’avoir tué de sa main un magistrat inviolable, le tribun du peuple Saturninus, est un discours politique, et non un plaidoyer proprement dit. C’est devant le peuple que le consul Cicéron prit la parole pour Rabirius. Le discours n’est pas complet; mais, tout mutilé qu’il est, c’est un de ceux qui font le plus d’honneur au génie oratoire de Cicéron. La péroraison est touchante; et, dans tout le reste, ce sont de nobles sentiments, noblement exprimés, et avec uné fermeté de style qui n’est pas seulement dans l’apparence, et qui se passe de grands mots. La nature du sujet était trop conforme avec les qualités habituelles de Cicéron, pour que l’orateur
ne le traitât pas, en face du peuple, aussi bien qu’il eût fait devant les duumvii-s, ou devant tout autre tribunal.
Le temps de la grande lutte approchait ; cependant Cicéron prononça encore, entre la défense de Rabirius et les Catüinaires, deux discours, aujourd’hui perdus, dont nous n’avons guère que les titres. Un de ces discours fut un grand sacrifice à la nécessité politique. On avait proposé l’abrogation de la loi Cornélia, en vertu de laquelle les fils des proscrits de Sylla étaient exclus pour jamais des honneurs publics. Cicéron parla, et fit maintenir la loi. Il en donnait pour raison plus tard que c’était par crainte que ces jeunes Romains ne songeassent qu’à se venger, et qu’ils n’abusassent des magistratures contre les ennemis de leurs pères.