‹ Histoire de la littérature romaineChapitre 148 sur 397 · I.ett CatlIlnaireM · texte numérisé non relu

I.ett CatlIlnaireM

Je n’ai pas besoin de rappeler ici des faits qui sont présents à la mémoire de tout le monde. On sait comment le consul saisit tous les fils de la conspiration de Catilina. Les dangers qu’il courait personnellement; le caractère connu de son collègue, Gains Antonius, qui ne demandait pas mieux que de pactiser avec Catilina et sa bande ; les motifs les plus pressants enfin ne permirent pas à Cicéron d’hésiter sur le parti à prendre. Son amour pour son pays eût suffi, à lui seul, pour faire disparaître de son âme toutes les incertitudes. Cicéron se trouva, dès le premier jour, digne de représenter les intérêts sacrés de Rome et de la civilisation dans ces terribles conjonctures. Il attendait l’occasion favorable pour éclater et pour agir : l’audace de Catilina la lui offrit bientôt. Ce misérable osa paraître dans le sénat. Cicéron avait mis l’assemblée à l’abri d’un coup de main : tous les chevaliers en armes, Atticus à leur tête, veillaient autour du temple de Jupiter Stator, et protégeaient les délibérations des sénateurs. Catilina, à son entrée, fat accueilli par cette immortelle invective du consul, par ce disco\irs que connaissent ceux même qui n’ont jamais rien lu de Cicéron : « Jusques à quand abuseras-tu, Catilina, de notre patience? Combien de temps encore serons-nous le jouet de ta fureur? Jusqu’où s’emportera ton audace effré-

CICÉRON

née ?» Et le reste. Tout le discours est plein de verve et de passion; c’est un beau morceau d’éloquence. Salluste luimême en convient. II dit aussi que ce discours fut un acte utile à la république ; et ce n’est pas là un insignifiant éloge, surtout venant d’un ennemi. Il y a pourtant, dans la première Catilinaire, des choses qu’on voudrait presque n’y pas voir. L’apostrophe de la patrie à Catilina ne nous fait guère l’effet que d’une déclamation. Il semble que le magistrat suprême oublie son rôle ; qu’il s’amuse intempestivement à des figures de rhétorique; qu’au lieu de tant parler, et même de si bien parler, il ferait mieux de frapper et de sévir. Mais reportons-nous aux circonstances ; dépouillonsnous de nos idées modernes, et mettons-nous un instant à la place de Cicéron. Cicéron était consul ; mais il ne pouvait rien contre Catilina, citoyen et sénateur ; contre Catilina soutenu d’un parti puissant et mystérieux, dont on s’exagérait encore la force. Il n’avait pas en main les preuves matérielles de la conspiration. Le sénat d’ailleurs n’était pas sûr. Même quand Cicéron, grâce aux Allobroges, eut fait l’évidence sur les projets de Catilina, l’assemblée faillit lui échapper. Cicéron, homme nouveau, sans autre autorité que celle qu’il .tenait de la loi, sans autre appui que son patriotisme et son génie, pouvait-il prendre sur lui de violer les lois qui protégeaient la personne de Catilina? Voüà pourquoi il parle au lieu d’agir. Il n’a qu’un dessein, c’est de pousser Catilina hors du sénat, hors de Rome; c’est de le précipiter dans une rébelhon ouverte. Cette prudence, même à Rome, ne fut pas du goût de tout le monde. R paraît du moins que quelques-uns firent à Cicéron des reproches du genre de ceux que nous sommes tentés de lui faire aujourd’hui; car il s’efforce, dans la deuxième Catilinaire, de justifier une conduite qu’on n’approuvait généralement qu’avec des restrictions.

Ce second discours fut prononcé devant le peuple, le lendemain du premier. Le départ de Catilina, qui venait de quitter Rome pour rejoindre son armée, fournit à l’orateuile sujet de son exorde. La justification dont j’ai parlé, et quelques considérations sur les diverses sortes de personnes

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