‹ Histoire de la littérature romaineChapitre 149 sur 397 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

qui favorisaient les desseins de Catilina et sur les mesures à prendre pour la circonstance, c’est là à peu près tout le discours, qui n’a, comme on voit, qu’une importance fort secondaire.

La troisième Calilinaire, adressée aussi au peuple romain, est beaucoup trop dépourvue de dignité. L’exorde est une explosion de joie et d’amour-propre. Cicéron se compare à Rumulus ; peu s’en faut qu’il ne demande pour lui-même, après sa mort, les honneurs divins ; il fait du moins clairement entendre qu’il les a mérités autant que le fondateur de Rome. Il parle ensuite de la conspiration ; il lance en passant, contre Lentulus et d’autres conjurés, des plaisanteries assez déplacées et d’un goût fort suspect ; il peint à ses auditeurs la perversité profonde de Catilina, mais non sans relever les talents de ce redoutable conspirateur, son courage, sa singulière énergie. Il termine en déclarant que les dieux ont tout conduit, que le danger auquel on vient d’échapper est le plus grand qui ait jamais menacé la république ; que, quant à lui, il ne demande d’autre récompense que de vivre dans la mémoire du peuple romain, ayant bien soin toutefois d’ajouter qu’un citoyen comme lui ne saurait être laissé sans défense, et que tous se doivent de le préserver des attentats de ses ennemis.

La quatrième Calilinaire est bien supérieure, sous tous les rapports, et à la troisième et à la seconde. Elle l’emporte, selon moi, même sur la première. J’y trouve plus de gravité, de résolution, quelque chose de ferme et de vraiment digne d’un homme revêtu de la suprême magistrature. Elle fut prononcée deux jours après la troisième, non plus sur le Forum, mais dans le sénat. César et Caton avaient parlé. Salluste, comme on sait, reproduit ou a la prétention de reproduire leurs discours, et il passe celui de Cicéron sous silence, c’est-à-dire le plus important des trois. Cicéron résume les avis proposés, celui de Silanus et celui de César; mais il laisse percer sa prédilection pour le premier avis, en répétant qu’on ne peut être accusé de cruauté, quand il s’agit de pareils criminels, et en montrant que l’expédient proposé par César entraîne toute sorte de difficultés. Il répond en-

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CICÉRON

suite aux inquiétudes de’ ceux qui craignent que le consul n’ait pas assez de forces à sa disposition. Il constate l’unanimité des sentiments de toutes les classes de citoyens, et il proteste de son empressement à suivre, sans crainte et sans réserve, les ordres du sénat.

Cicéron a trop abusé, dans la suite, des souvenirs de cette mémorable année où Rome libre, comme parle Juvénal, lui décerna le nom de père de la patrie. Les jactances, dont sa gloire n’avait pas besoin, ont nui à sa renommée. Certains hommes, amis du paradoxe, prétendent que les projets de Catilina n’étaient point tels que Cicéron les présente. Selon, eux, Catilina a été ridiculement calomnié. Admettons que Catilina n’ait été, comme on le dit, que le chef du parti populaire. Comment se fait-il que ce parti, une fois vainqueur, n'ait pas songé à réhabiliter sa mémoire? Comment se fait-il que Salluste, l’ennemi de l’aristocratie et l’ennemi personnel de Cicéron, parle de Catilina et des siens dans les mêmes termes que Cicéron? Les plus acharnés persécuteurs du consul ne lui reprochèrent jamais qu’une chose, la mort de citoyens exécutés sans jugement régulier. Ils n’alléguèrent jamais contre lui qu’un défaut de forme. D’ailleurs, on ne se figure pas aisément par quelle métamorphose Catilina, ce sicaire de Sylla et du parti aristocratique, aurait pu devenir le chef du parti populaire, et comment le sénat, qui comptait dans son sein plus d’un adversaire de l’aristocratie, aurait été unanime pour la condamnation des conjurés.

Antres discours politiques de Cicéron.

Cicéron ne jouit pas longtemps en paix de son triomphe politique, et des honorables témoignages de la reconnaissance du peuple romain. Tandis qu’il vivait dans ses maisons de campagne, tout entier à ses travaux littéraires. César devenait tout-puissant, et Pompée commençait à céder devant ce redoutable rival. Clodins obtenait le tribunat, et préparait des lois de vengeance. Pompée abandonna lâchement Cicéron aux fureurs de Clodius; et Cicéron dut s’exiler de Rome et de l’Italie. Cet exil, qui dura dix-sept mois, lui

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