CHAPITRE XVI
l’évidente parenté de Cicéron et de l’auteur du Phèdre: « Quintus. Mais nous voici dans l’île. Est-il endroit plus agréable? Comme cette pointe partage le Fibrène, dont les eaux, également divisées, arrosent les deux flancs de l’île, et, poussées d’un cours rapide, reviennent bien vite en un seul lit, n’embrassant que l’espace d’une petite palestre ! Puis on dirait qu’il n’a eu d’autre soin que de nous faire une arène propre à la dispute ; car il se précipite aussitôt dans le Liris. Là, tel qu’un plébéien entré dans une famille patricienne, il perd son nom plus obscur, et il communique au Liris sa fraîcheur. Jamais, en effet, je n’ai touché rivière plus froide, et pourtant j’en ai visité un grand nombre. Je pourrais à peine essayer de mettre le pied à l’eau, comme fait Socrate, dans le Phèdre de Platon. »
Les Académiques sont une sorte d’introduction aux autres écrits philosophiques. Ce traité avait d’abord deux livres seulement, intitulés l’un Catulus et l’autre Lucullus, d’après les noms des principaux interlocuteurs du dialogue. Plus tard, Cicéron le remania d’un bout à l’autre, et le divisa en quatre livres, qu’il dédia à Varron. Il y exposait l’histoire des doctrines de l’Académie depuis Arcésilas. Il ne reste qu’une partie du premier livre de cette seconde édition; mais nous avons le Lucullus entier, c’est-à-dire le second livre de la première. Cicéron soutient, contre les stoïciens, l’impossibilité d’atteindre à la certitude absolue, et de connaître l’essence des choses par la perception des images sensibles. Mais il ne presse pas les conséquences de ce scepticisme. Il se borne à détruire une théorie fausse et incomplète, et à donner aux arguments de l’Académie un tour heureux et sensé, à leur préparer au moins une victoire probable.
Le traité des vrais biens et des vrais maux, en cinq livres, ce de Finibus auquel Cicéron travaillait déjà dès le temps des Lois, est celui de tous ses ouvrages qui prouve le mieux combien il était heureusement doué pour la philosophie. Il y a, dans toute cetté discussion sur le souverain bien et sur le souverain mal, une grande force de pensée, une véritable profondeur; et les qualités les plus sévères s’y associent
CICÉRON
sans effort à la pins vive éloquence. Cicéron flétrit avec énergie les indignes enseignements de l’école épicurienne; mais il ne se laisse point aller aux excès moraux de quelques stoïciens, et il n’épargne pas les fines et piquantes railleries à ceux qui rêvaient ce sage idéal dont l’image prêtait par plus d’un point au ridicule. C’est à Brutus que Cicéron adresse ce résumé des entretiens qu’il avait eus sur ces graves sujets avec quelques-ims de ses amis.
Les Tusculanes, dédiées aussi à Brutus, sont d’autres entretiens sur diverses questions de morale pratique, sur le mépris de la mort, sur la douleur, sur la constance dans la mauvaise fortune, etc. Il s’agit, dans le traité de la Nature des Dieux, des opinions des philosophes sur l’Être suprême et la Providence. On y voit aux prises un épicurien, un stoïcien, un académicien. C’est encore à Brutus que l’auteur s’adresse. Les deux livres de la Divination sont la suite des , trois livres de la Nature des Dieux. C’est une discussion entre Cicéron et son frère. Quintus développe le système des stoïciens sur la divination; et Marcus combat ses raisons par des arguments empruntés pour la plupart à l’école académique. Le petit livre du Destin, que nous ne possédons que mutilé , était le complément de ces deux ouvrages. Cicéron réfutait les opinions des stoïciens et celles des épicuriens sur le destin et sur le libre arbitre. C’était ime leçon de philosophie qu’il avait faite, dans sa maison de Pouzzolês, à son ami Hirtius, peu de jours après le meurtre de César.
Le charmant dialogue intitulé Caton ou de la Vieillesse avait paru au commencement de la même année, ainsi que le dialogue , non moins admirable , intitulé Lélius ou de l'Amitié; le traité des Devoirs allait suivre, puis les Paradoxes des Stoïciens. Et ces productions n’étaient qu’une médiocre part des immenses travaux dont Cicéron remplit sa dernière année.
Je ne dirai rien des Paradoxes. Cicéron semble s’être proposé plutôt un exercice de rhéteur qu’une œuvre sérieuse de philosophe, en agitant à son tour une foule de questions étranges. C’est à Brutus qu’il dédia son écrit : il est assez