‹ Histoire de la littérature romaineChapitre 157 sur 397 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

douteux que Brjitus l’ait lu avec un grand plaisir. Les trois livres des Devoirs sont un code de morale à l’usage des citoyens d’un État libre. Cicéron le rédigea pour son fils, qui étudiait à Athènes. Il nous apprend lui-même que Panétius et Posidonius avaient fourni la matière de ce chef-d’œuvre. Il y a peut-être quelques subtilités dans certaines parties de l’argumentation du Lèlius; mais le Caton est, en son genre, la perfection suprême. C’est un dialogue, ou plutôt un monologue, dans lequel le vieux Caton, s’adressant à ses jeunes amis Scipion et Lébus, leur explique tous les bobheurs que lui a faits la vieillesse. Cicéron a élevé à une sorte d’idéal le caractère de Caton : il a fait son héros plus savant qu’il n’était, plus philosophe, plus affable; mais c’est toujours Caton, comme Socrate, dans les dialogues de Platon, est toujours Socrate. Ce panégyrique de la vieillesse, ou plutôt cette mer- , veille de raison, d’esprit et de grâce, n’a peut-être pas consolé ceux qui se désolaient de n’être plus jeunes; mais plus d’un jeune, j’en suis sûr, a presque regretté, en lisant ces pages, de n’être pas encore vieux.

Onvragen perdus.

Les ouvrages dont nous venons de parler sont ceux que nous possédons ou en entier ou en partie ; mais Cicéron en avait écrit une foule d'autres, et presque dans tous les genres. .Je ne dis rien de la traduction du Timée, dont nous avons un fragment, ni de celle du Protagoras, ni du traité de \’Économie, imité de Xénophon. II avait écrit une apologie de la philosophie en forme de dialogue , intitulée Hortensias, parce qu’Hortensius en était le principal interlocuteur. Avant de dédier à Atticus le Lélius et le Caton, il lui avait dédié un livre intitulé de la Gloire. Le traité des Vertus, celui des Augures, etc., étaient aussi des ouvrages de philosophie; et la Consolation, qu’il composa après la mort de sa fille, passait chez les Romains pour un chef-d’œuvre. JJ Éloge de Caton eut l’honneur d’être réfuté par César, le dictateur tout-puissant. U Éloge de Porcia, sœur de Caton, était comme le complément de l’éloge du frère. Nous savons que Cicéron, dans ces deux panégyriques, avait été à la hauteur de lui-même et

CICÉRON

de son génie. J’ai remarqué ailleurs que nous n’avions pas tous les plaidoyers de Cicéron, ni tous ces discours politiques. Il avait laissé plusieurs ouvrages historiques, notamment des Mémoires sur sa vie. La destruction des monuments de l’esprit humain est toujours chose vivement regrettable ; mais il nous reste amplement, grâce à Dieu, de quoi nous consoler des ravages que le temps a faits dans les œuvres de Cicéron.

Cicéron poëte.

Cicéron avait eu , dès sa première jeunesse , le renom de grand poêle ; il le conserva jusqu’à sa mort. Mais Lucrèce et Catulle, et bientôt après Virgile et Horace, rendirent les Romains plus difficiles ; et la gloire poétique de Cicéron périt, comme dit Plutarque, effacée et ruinée par une foule de poètes excellents. Le mérite des vers de Cicéron était surtout dans la facture. Comparés à ceux d’Ennius ou de Lucilius, ils annonçaient un véritable progrès. L’harmonie en est mieux soutenue ; il y a, en général, moins de rudesses et de rocailles. Mais ce n’est guère que de la versification ; il n’y a ni sève, ni vigueur, ni originalité. Cicéron, qui aime à citer les œuvres de sa muse, nous fournit des échantillons assez nombreux de la plupart de ses poèmes; et ces fragments nous autorisent à porter un jugement sévère. Les seuls passages où l’on sent le poète sont ceux qu’il traduit ou imite. On se rappelle les belles traductions du Prométhée délivré et des Trachiniennes . Quand Cicéron n’est pas soutenu par un modèle, il est terne, froid et languissant. Les beaux vers du Marins, où il peint la lutte d’un serpent et d’mj aigle, ont leurs prototypes dans Homère et ailleurs. Cicéron connaissait si bien les exigences de son talent, qu’il se bornait d’ordinaire à transposer en latin des poèmes tout faits. Plusieurs de ses ouvrages poétiques étaient, d’un bout à l’autre, des traductions plus ou moins libres de poèmes grecs. On le conjecture pour Glanons marin, pour les i4/cj/07w, pour le Limon, dont le titre grec veut dire prairie, pour d’autres encore; on le sait pour les deux poèmes d’Aratus : il nous reste une partie considérable des Phénomènes. Le Marins

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