‹ Histoire de la littérature romaineChapitre 161 sur 397 · CHAPITRE XVI. —• CICÉRON · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI. —• CICÉRON

a foulées sous ses pieds ; et il n’a pas vu derrière lui les destins avec leurs retours, et des dieux vengeurs. Tous les siècles passeront, et Antoine n’aura pas expié son forfait! • Oui , c’était le forfait d’Antoine ; mais c’était bien plus encore le forfait d’Octave. Antoine était le tigre obéissant à son instinct, et à qui il faut du sang pour assouvir sa rage. Octave , en livrant à Antoine son premier protecteur, son bienfaiteur, son ami plus que dévoué , avait commis un parricide. Il en porta le remords toute sa vie. On le sentait si bien, que presque personne, sous son règne, n’osait prononcer le nom de Cicéron. Tile Live eut le courage d’apporter à ce nom sacré l’hommage de son admiration; mais les poètes furent muets, sauf le courageux Cornélius Sévérus. Ce silence prouve qu’Auguste n’avait pas dépouillé tout sentiment humain; et ce remords , cette furie vengeresse attachée à son flanc , fut du moins une expiation : par là Auguste se montrait supérieur à Antoine. Ce n’est pas seulement par conjecture que nous savons qu’Auguste se souvint toujours de Cicéron. « J’ai entendu conter, dit Plutarque , que César, de longues années après, étant un jour entré chez un de ses petits-fils, celui-ci, qui tenait dans ses mains un ouvrage de Cicéron, surpris à l’improviste , cacha le livre sous sa robe. César, qui s’en aperçut, prit le livre, en lut debout une grande partie, et, le rendant au jeune garçon ; « C’était un savant homme, mon « enfant, dit-il; oui, un savant homme, et qui aimait bien « sa patrie. »

Il est triste de penser qu’un homme comme Cicéron ne fut pas heureux. Il fut obligé de se séparer de sa femme Térentia ; il vit mourir sa fille Tullie ; il eut un fils indigne de lui , et qui n’eut jamais d’autre mérite que celui de buveur intrépide. Enfin Octave ne fut pas le seul ingrat qu’il rencontra sur son chemin. Philologus, qui le livra aux meurtriers , était un affranchi de son frère , qu’il avait lui-même instruit dans les lettres et dans les sciences; Popilius, un de ses assassins , était un homme dont il avait défendu et sauvé la vie, dans une accusation capitale.

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