‹ Histoire de la littérature romaineChapitre 163 sur 397 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

s’était rigoureusement conformé à l’ordre chronologique, et qu’il avait su renfermer en un seul volume, sans rien omettre d’essentiel, l’histoire de sept cents ans. Titus Pomponius devait son surnom ou plutôt son nom d’Atticus, au long séjour qu’il avait fait à Athènes, durant les guerres civiles de Marius et de Sylla , et jusqu’au rétablissement de l’ordre et du gouvernement légal. Là, il s’était fait tout Athénien; il s’était appliqué à bien saisir toutes les délicatesses de la lanque attique, et il y avait si bien réussi, que Lucilius luimême n’eût pas refusé de le saluer de son nom d’Atticus, sauf à se moquer de ce qu’il le préférât au nom illustre que lui avaient transmis ses ancêtres.

nrutus (marcna JlaBiaa.)

Voici une preuve de fait à l’appui de l’opinion que j’ai eu l’occasion d’exprimer sur l’authenticité du recueil des Lettres à Brutus. Je la puise dans la lettre où Brutus, s’adressant à Atticus , l’ami de Cicéron et le sien , caractérise avec tant d’énergie les dernières fautes politiques de Cicéron. On verra avec plaisir, je crois, quelques traits de l’éloquence et du style du prétendu faussaire ; « Puisqu’il ne m’a pas été loisible de me taire, tu liras des choses qui ne manqueront pas de t’être désagréables. Je sens moi-même une vive douleur d’avoir à te les écrire. Je n’ignore pas ce que tu penses des maux de la république ; je sais que tu ne les crois pas sans remède, tout désespérés qu’ils sont. Ce n’est pas toi, certes, que je blâme , mon cher Atticus : ton âge, tes habitudes, tes enfants , tout paralyse ta bonne volonté. C’est ce que m’a très-bien montré aussi notre ami Flavius. Mais je reviens à Cicéron. Quelle différence y a-t-il entre Sal\idiénus et lui ? Salvidiénus proposerait-il des décrets plus favorables à Octave? Il craint maintenant encore, diras- tu, les restes de la guerre civile. Mais peut-on s’effrayer d’un ennemi vaincu, au point de ne redouter ni la puissance de celui qui dispose d’une armée victorieuse, ni la témérité d’un si jeune homme ! Ou plutôt considère-t-il la force d’Octave comme tellement irrésistible , qu’il n’y ait plus qu’à venir volontairement tout mettre aux pieds du maître ? Inconcevable folie

de la peur, de ne voir d’autre préservatif contre un mal qu’on eût évité peut-être, que de l’aller chercher soi-même, et de l’amener bon gré mal gré ! Ah ! nous craignons trop la mort, et l’exil, et la pauvreté. Ce sont là, pour Gicércn, les derniers degrés du malheur ; et, pourvu qu’il ait à qui demander ce qu’il désire, et qui le choie et le loue, il ne repousse pas l’idée d’une servitude honorable, si toutefois il peut y avoir rien d’honorable dans une honteuse et profonde humiliation. Octave, je le veux bien, appelle Cicéron son père; il le consulte en tout, il l’accable de louanges et.de remercîments. Mais on verra bientôt les actions démentir les paroles. Qu’y a-t-il, en effet, de plus contraire au sens commun, que de traiter de père celui à qui on ne laisse pas même la dignité d’homme libre*? » Ce sont bien là les pensées, c’est bienlà le style de Brutus. Je n’affirme pas que personne au monde n’eût su le faire parler ainsi ; je répète seulement que celui qui l’eût su aurait employé autrement son génie.

Brutus était un orateur distingué. Il y avait pourtant, dans ses discours , quelque chose d’un peu sec et froid , qui provenait de ses scrupules de philosophe stoïcien, bien plus que d’aucune indigence naturelle. Il se contenait lui-même ; il s’interdisait tout élan passionné ; il réduisait le discours à une simple argumentation ; il lui ôtait le sang et la chair, et ne lui laissait que les nerfs et les os. Cicéron dit quelque part , à propos de la harangue prononcée au Capitole, et que Brutus lui avait envoyée à examiner avant qu’elle fût publiée, qu’il n’y a rien à changer ni dans les pensées ni dans les paroles, vu le genre d’éloquence qui plaît particulièrement k Brutus ; que c’est, peu s’en faut, la perfection en ce genre. « Quant à moi, ajoute-t-il, si j’avais traité ce sujet, j’aurais écrit avec plus de chaleur *. » Il reste à peine quelque souvenir des autres discours prononcés et écrits par Brutus.

CmsIus (Caïiia Casalu» i.onclnua).

Dans les lettres écrites par Cassius,on trouve, outre des détails précieux d’histoire politique , une vive peinture de

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