CHAPITRE XVII
Tesprit et du caractère de ce fameux tueur de tyrans. Gassius n’est pas un stoïcien comme Brutus, c’est un épicurien convaincu. Il aime la vie quand elle est heureuse, et il a sa bonne part de cette corruption qui était générale de son temps. Son âme est douce et bienveillante : toutefois il ne s’abstient pas du trait mordant, quand il en trouve l’occasion. Son style n’a rien de la gravité de celui de Brutus , mais il est plein de saillies et de verve.
Caton «Pctlque (nar«aa Porcins^
Cicéron, après ses campagnes de Gilicie, crut avoir mérité le triomphe. Il s’en ouvrit à Caton, dont le suffrage avait à ses yeux le plus grand prix. Caton accueillit cette demande tout à la fois avec la bienveillance d’un ami et avec la raison d’un homme d’État. Il voulait bien voter h Cicéron des remercîments ; mais il s’opposa de toutes ses forces à ce qu’on accordât les supplications, qui étaient la prérogative ou le prélude du triomphe, sinon à simple titre d’hommage de reconnaissance aux dieux. Nous avons la lettre où il s’explique sur ce sujet, lettre admirable de bon sens, et vraiment digne de la franchise et du noble caractère que l’histoire attribue k Caton. Caton était un orateur supérieur k Brutus même, mais de la même école. C’était le seul stoïcien dont l’éloquence , suivant Cicéron , ne laissât rien k désirer. Je veux bien que l’amitié, surtout quand Caton n'était plus, ait pesé de quelque poids dans ce jugement de Cicéron. A la rigueur, on le peut croire ; mais , si Caton n’avait pas eu un grand renom d’orateur, Salluste lui eût-il prêté l’admirable discours qu’on lit dans le Catilina?
Céelna (Anliu).
Cécina avait été un des plus chauds partisans de Pompée ; il avait même écrit contre César un libelle fort injurieux. Après la bataille de Pharsale , il chanta la palinodie : dans un autre écrit , intitulé les Plaintes , il tâcha de se rendre César favorable. Cicéron vit et corrigea le livre, sur l’invitation de Cécina ; et, grâce k son intercession, Cécina eut la vie sauve, et obtint sa réintégration dans ses droits civiques. C’est
sur cette affaire que roule la correspondance de Gécina et de Cicéron.
Cicéron (Qulntns TuIIIuh).
Nous n’avons pas les lettres que Quintus Cicéron répondait k celles de son frère , sauf quelques billets insignifiants. Mais il y a , dans les écrits mêmes de Cicéron, un opuscule qui est de Quintus, C’est une sorte de mémoire que Quintus adressa à Marcus, quand celui-ci se mit sur les rangs pour briguer la magistrature suprême , et qui est intitulé , de la Demande du Consulat. Il détaille au candidat tous les moyens qu’il lui faudra mettre en œuvre pour réussir. Il en indique qui n’ont rien que d’avouable ; il en indique d’autres aussi qui ne sont pas d’une extrême délicatesse : ainsi il conseille à son frère de promettre toujours, même quand il aurait la conviction de ne pouvoir tenir. Heureusement Cicéron n’eut pas besoin de mettre en pratique les maximes un peu trop commodes que préconisait son officieux conseiller. L’écrit de Quintus n’est peut-être pas le manuel de l’intrigant ; il ne s’en faut de guère. Cet écrit prouve, en tout cas, que l’auteur songeait beaucoup plus au succès présent qu’au bien et à l’honnête. D prouve aussi que le frère de Cicéron était homme d’esprit et écrivain habile. La finesse et l’élégance que Cicéron lui attribue s'y trouvent en effet, et à un degré assez remarquable. Le dernier paragraphe ne manque même pas d’une certaine force. Quintus dit ce que sont les élections de Rome ; et quelques coups de pinceau brillants et hardis lui sufffsent, selon le mot d’un critique, pour tracer une peinture vivante.
QuiUtus était poète , ou plutôt versificateur, comme son frère. Il s’essaya dans presque tous les genres, sans en prendre un seul au sérieux. U était homme à faire une tragédie en huit jours, avec un modèle grec, bien entendu. Il reste quelques vers d’un poème de lui sur le zodiaque, qui sont assez bien tournés : nul doute que ce ne soit une imitation de quelque original grec. Oh peut contester aussi à Quintus l’invention de deux épigrammes assez jolies , et qui sentent aussi leur malice grecque. Voici la première ; c Confie ton navire aux vents , ne confie pas ton cœur aux jeimes filles ;