‹ Histoire de la littérature romaineChapitre 166 sur 397 · CHAPITRE XVH · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVH

homme , comme orateur et comme écrivain. C’était , à ce qu’il parait, un historien de mérite. Cicéron essaya de lui faire écrire l’histoire de son consulat. Luccéius ne déféra point à ce vœu ; mais il écrivit un ouvrage sur la guerre Italique et sur la guerre civile. 11 ne reste rien de cet ouvrage, non plus que de ses discours. Nous n’avons de Luccéius qu’une lettre à Cicéron, pour l’arracher à sa solitude, après la mort de Tullie, lettre qui n’a rien de bien consolant ni de bien persuasif.

Malin*.

Matins le poète , l’auteur des mimïambes, le traducteur, dit-on, de r/hade d’Homère , fut un des plus nobles caractères de ces temps de troubles. Cicéron lui rend cette justice, malgré la haine de Matins pour le parti de Cicéron. C’est lui qui fut chargé , avec Postumius , de rendre les honneurs funèbres à César. Depuis lors il vivait dans la retraite , tout entier à la douleur que lui causait la perte du dictateur. On lui fit un crime de pleurer. De là une explication entre Cicéron et lui. Cicéron s’embarrasse quelque peu dans sa justification , à propos des bruits qui courent sur Matins ; mais Matins, avec une franchise admirable, met à nu toute son âme. La lettre de Matins à Cicéron , dont je vais transcrire quelques lignes, est d’une rare éloquence, de cette éloquence du cœur, qui ne peut naître que d’une émotion véritable. Voyez s’il est possible d’exprimer de plus beaux sentiments, et dans un plus beau langage : « Je connais les accusations qu’on a portées contre moi depuis la mort de César. On me reproche de ne point me consoler de la mort de mon ami, de m’indigner d’avoir perdu celui que je chérissais. La patrie, disent-ils, doit être préférée à l’amitié : comme s’ils avaient démontré jusqu’à présent que son trépas a été utile à la république. Mais je veux parler sans détour. J’avoue (jue je ne suis point encore parvenu à ce degré de sagesse. En effet, ce que j'’ai suivi, dans la dissension civile , ce n’est pas César, c’est mon ami; quoique son entreprise me. fît peine, je ne l’ai point abandonné. Jamais je n’ai approuvé la guerre civile, ou même la cause du désaccord ; bien plus, j’ai mis tout en œuvre, afin de l’étouffer dans son germe. Aussi,

quand mon ami fut vainqueur, ne me suis-je laissé séduire ni aux attraits des honneurs ni à ceux de l’argent : tous biens dont tant d’autres, qui avaient moins de crédit que moi auprès de César, ont abusé sans réserve. Et même ma fortune a souffert de la loi de César grâce à laquelle la plupart de ceux qui se réjouissent de sa mort ont conservé leurs droits de citoyens. J’ai travaillé à faire épargner les vaincus, comme s’il se fût agi de ma propre vie. Puis-je donc, moi qui ai souhaité qu’il n’y eût pas de victimes, ne pas m’indigner du meurtre de celui qui a exaucé mon vœu? surtout quand ce sont les mêmes hommes qui ont été ses envieux et ses assassins ! Donc tu seras châtié, disent-ils, puisque tu oses blâmer notre conduite. O arrogance inouïe ! Quoi I les uns se glorifient de leur forfait, et il n’est pas permis aux autres de gémir impunément ! Mais les esclaves eux-mêmes ont toujours eu toute licence de craindre, d’espérer, de gémir â leur fantaisie, plutôt que d’après le caprice d’autrui ; et voilà ce que ces auteurs de la liberté, comme ils se nomment sans cesse, s’efforcent de nous arracher par la crainte ! Mais leurs efforts sont vains. Jamais la peur d’aucun danger ne me fera reculer devant le devoir , ni perdre mes sentiments d’homme. Jamais je n’ai cru qu’il fallût fuir une mort honorable : j’ai cru au contraire qu’il fallait souvent courir à sa rencontre * . »

lülgldlua FIguiaa (Publluaj.

Nigidius Figulus était un philosophe pythagoricien. Il avait écrit sur l’histoire naturelle, sur la religion, sur la littérature; il laissa la réputation d’un prophète et d’un magicien, et Suétone raconte que, le jour de la naissance d’Auguste, Nigidius avait annoncé qu’il venait de naître un maître au monde. Sénateur, il montra à Cicéron un dévouement absolu, dans les circonstances critiques de son consulat. César l’exila après la bataille de Pharsale ; ce qui suppose que Nigidius était un des Pompéiens les plus prononcés. Cicéron lui écrit pour le consoler et lui montrer un meilleur avenir;

». l.eitii’sà Divert, liTfc XI, lellre xx.rni.

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