CHAPITRE XVII
mais Nigidius moarut avant le meurtre de César, et ne revit pas son pays.
OppiDs (CaVaii).
Oppius fut, avec Matius, le plus vrai et le plus dévoué des amis de César. C’était un homme fort lettré, et même un écrivain de mérite. Quelques-uns lui attribuent ce complément des Commentaires de César, que d’autres donnent comme l’ouvrage d’Hirtius. Ce qui est certain, c’est qu’Oppius avait écrit des Vies de César, de Pompée, de Crassus, de Marius, etc. Oppius et Balbus furent chargés des négociations diplomatiques de César, au moment de la fuite de Pompée et des préparatifs du départ de Cicéron. Il reste plusieurs des lettres qu’ils adressèrent en commun à Cicéron, et des lettres de Cicéron et de César k Oppius et Balbus; mais cette correspondance n’a qu’un intérêt historique, et ne nous apprend rien sur le talent littéraire d’Oppius.
Polllen (CaïoH Aslnlaa).
César avait donné à Poilion le gouvernement de l’Espagne Ultérieure. Poilion y était après la mort de César; et c’est de là qu’il adresse à Cicéron des protestations de son dévouement aux intérêts de la république. Mais bientôt il se bvra, lui et son armée, à Antoine. Après la bataille d’Actium, il se dévoua tout entier à Auguste, et il fut en grande faveur pendant de longues années. Il mourut à soixante-dix-huit ans. A soixante-cinq ans, en l’an 10 avant notre ère, nous le voyons encore revêtu de la dignité de consul, c’est-à-dire de premier ministre de l’empereur. Poilion avait laissé une Histoire des Guerres civiles en vingt-sept livres, un écrit contre l’historien Salluste, des tragédies, des discours et des lettres. Il ne reste de tout cela que les trois lettres adressées à Cicéron. Ce sont plutôt des pièces ofGcielles que d^ lettres proprement dites. On ne peut pas juger du style de Poilion d’après ces banalités diplomatiques.
Poilion passait pour un connaisseur fort habile, en fait d’ouvrages d’esprit. C’est lui qui faisait remarquer, dans la
diction de Tite Livej cette patavinilé si incompréhensible pour nous. Ce puriste, il faut le dire, ne trouvait presque rien de bon, sinon probablement ce qu’il avait écrit luimême. Ses ouvrages n’étaient pourtant pas des chefs-d’œuvre. Le juste châtiment des critiques dédaigneux, c’est que les livres qu’ils font sont toujours un peu plus mauvais que ceux dont ils se sont moqués : il est vrai qu’ils ne s’exposent pas toujours à être jugés, et qu’ils se contentent de laisser croire à leurs futures merveilles. PoUion n’a pas eu cette prudence ; et on l’a jugé sévèrement, comme il avait jugé les autres. Sénèque le père l’accuse d’être rude et tendu, et d’avoir souvent besoin qu’on lui pardonne les défauts que lui-même il avait de la peine à pardonner. Quintilien dit que les discours de Pollion manquaient d’éclat et de grâce, et qu’ils avaient l’air d’être antérieurs d’un siècle â ceux de Cicéron. L’auteur du Dialogue des Orateurs va plus loin encore : c Asinius, dit-il, quoique né dans des temps plus rapprochés de nous, semble avoir étudié parmi les Ménénius et les Appius. Il a reproduit le style de Pacuvius et d’Attius, non-seulement dans ses tragédies, mais même dans ses discours, tant il est dur et sec‘. » On dit que Pollion relevait, dans le style de Cicéron, des défauts innombrables. Cicéron n’a pas pu nous apprendre ce que lui-même il pensait du style de Pollion. Le Brutus est venu trop tôt, et Octave a été trop pressé de se débarrasser de son tuteur. Cicéron , qui avait pourtant le droit d’être difficile, lui eût probablement tenu plus compte de son esprit, de son imagination et de ses autres qualités, que de toutes ses imperfections, même les plus choquantes. La critique de Cicéron ne cherche qu’à admirer : elle admire trop peut-être; celle de Pollion ne cherchait qu’à blâmer, et elle blâmait presque partout et toujours. Ce sont deux excès ; mais là, c’est l’excès du bien, c’est-à-dire quelque chose de fécond et de salutaire encore : ici, c’est la négation froide, la mort de l’enthousiasme, la destruction ou tout au moins l’effacement du beau. Dieu nous garde des Pollions !