‹ Histoire de la littérature romaineChapitre 169 sur 397 · I. Cicéron, Brutut, chapitres utetxui · texte numérisé non relu

I. Cicéron, Brutut, chapitres utetxui

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une douleur si poignante. Mais la rudesse même des raisonnements du vieux jurisconsulte ; ses réflexions stoïdennes, ou plutôt romaines, sur la vanité des choses ; le tour singulier de la pensée, les images frappantes dont elle est revêtue ; l’énergie de l’expression, l’allure vive et pittoresque de la phrase, tout enfin semble imprimer à ce morceau je ne sais quel caractère grandiose. Ce sont de très- belles pages, d’une éloquence originale, et qui sent merveilleusement son antique. Je préfère, il est vrai, la réponse de Cicéron, qui n’est que touchante; mais Sulpicius écrit trop bien pour qu’on n’ait pas un plaisir infini à l’entendre, même quand il écrit ce que nous n’aurions pas pensé à sa place. Après avoir gourmandé Cicéron de son abattement, il lui rappelle que la république n’est plus, et qu’il n’est guère désirable de laisser après soi des enfants, destinés à végéter, inutiles à leur patrie et à eux-mêmes. Puis il continue en ces termes : « Je veux te faire part d’une chose qui m’a grandement consolé, et qui servira peut-être aussi à diminuer ta douleur. En revenant d’Asie, comme je naviguais d’Égine à Mégare, je me mis à contempler de tous côtés les contrées qui m’environnaient. Derrière moi était Égine ; devant moi Mégare ; à ma droite, le Pirée; à ma gauche, Corinthe. Ces villes, durant un certain temps, ont été très-florissantes; aujourd’hui, elles gisent sous nos yeux, renversées et détruites. A ce spectacle, je fis un retour sur moi-même : Eh quoi! me dis-je, nous nous indignons, nous, êtres chétifs, si quelqu’un de nous vient à mourir ou à être tué, nous dont la vie doit être si courte ; et voilà, sur un seul point, tant de cadavres de villes gisant renversés! Ne veux-tu pas, Servius, contenir tes plaintes, et te souvenir que tu es né homme? — Crois-moi, cette ré- * flexion n’a pas médiocrement servi à me rendre mon courage. Mets-toi, je te prie, le même spectacle devant les yeux. Une foule d’hommes ont péri naguère en quelques instants ; l’empire du peuple romain a perdu presque toute sa grandeur et sa force; toutes les provinces ont été ébranlées ; et tu te laisses émouvoir à ce point parce que le faible souffle qui animait une faible femme est venu à s’éteindre! Suppose qu’elle n’ait point passé en ce temps son dernier jour : en-

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