‹ Histoire de la littérature romaineChapitre 171 sur 397 · Cicéron, Bratus, chapitre lxyh · texte numérisé non relu

Cicéron, Bratus, chapitre lxyh

preuves, profondes et originales, étaient revêtues de formes légères et transparentes. Rien de si aisé, rien de si flexible que le tour de ses périodes. Il faisait des mots tout ce qu’il voulait ; et nul orateur ne savait aussi bien que lui se rendre maître de sa phrase. Sa diction était claire comme le ruisseau le plus limpide. Elle coulait avec une aisance dont jamais rien n’interrompait le cours. Pas un mot qui ne fût mis à sa place, et comme enchâssé, selon l’expression de Lucilius, dans un ouvrage de marqueterie. Pas un terme dur, inusité, bas ou recherché. Au lieu du mot propre, il employait l’expression figurée, mais avec tant de bonheur, que jamais elle ne paraissait usurper une place étrangère ; elle venait tout naturellement se mettre à la sienne.... Si la perfection consiste à parler avec grâce, il ne faut chercher rien de plus accompli que Galidius * . »

Caïus Licinius Galvus conserva pendant longtemps une grande réputation. Quintilien dit même que quelques-uns le préféraient à tous les autres orateurs. Galvus était fils de Macer; mais ce n’est pas son père qu’il avait pris pour modèle oratoire. Il voulait passer pour un orateur attique. Gicéron conteste que Galvus ait été un attique dans le sens vrai et complet du terme , un attique à la façon d’Hypéride, d’Eschine ou de Démosthène. Ge que Gicéron dit du style de Galvus explique parfaitement pourquoi cet orateur fut si goûté dans les écoles. C’était un écrivain trèscorrect, très-châtié, un modèle parfait dans le genre simple, un de ces classiques qu’on ne saurait trop recommander à la jeunesse. Mais, si nous possédions ses œuvres, nous y chercherions peut-être en vain quelque chose 'qui soit l’éloquence ; et peut-être n’y trouverions -nous guère plus à admirer que dans celles d’Isocrate ou de Lysias. « Galvus, plus savant en littérature que Gurion, avait aussi une diction plus travaillée et plus finie. Il maniait son genre, certes, avec beaucoup de talent et de goût : cependant, à force de s’observer et d’exercer sur lui-même une critique minutieuse, en évitant l’enflure ü perdait jusqu’au véritable embonpoint.

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