‹ Histoire de la littérature romaineChapitre 177 sur 397 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

volière de Casinum, et des merveilles du frais séjour embelli par ses soins et son industrie. Je pourrais citer maint passage, et du troisième livre et des deux premiers, qui prouvent que Varron était quelque chose de plus qu’un érudit ou un compilateur. Il me suffira de transcrire le prologue adressé à Fundania, pour donner quelque idée et de l’esprit de Varron, et de cette grâce que le bon vieillard répand sur presque tout ce qu’il touche.

« Si je disposais d’un entier loisir, Fundania, je donnerais une meilleure forme à cet ouvrage ; mais tu l’auras tel que je le puis faire avec l’idée qu’il faut me dépêcher, car si l’homme, comme on dit, est une bulle d’air, à plus forte raison un vieillard. En effet, la quatre-vingtième année m’avertit de plier bagage avant de partir de la vie. Donc je vais te donner mes conseils, à propos du domaine que tu viens d’acheter, dont tu veux tirer parti par une bonne culture, et, que tu recommandes à mes soins particuliers. Je tâcherai que mes instructions te profitent et pendant ma vie et après ma mort. Quoi ! la sibylle ne s’est pas contentée de prononcer des oracles à l’usage de ses contemporains : même depuis sa mort, ses paroles servent à des hommes qu’elle n’a pu connaître, et ses livres, après tant de siècles, sont encore solennellement . consultés, toutes les fois qu’il y a résolution à prendre à l’apparition de quelque prodige ; et je ne pourrais, de mon vivant, donner quelques avis utiles à ceux qui me touchent de si près! Je vais donc écrire à ton intention trois livres qui te serviront de guides , et que tu puisses consulter au besoin, pour la manière de t’y prendre dans les divers travaux de l’agriculture. Et, puisque les dieux, comme on dit, viennent en aide k ceux qui entreprennent une œuvre, je commencerai par les invoquer. Je ne m’adresserai pas aux Muses, à la façon d’Homère et d’Ennius, mais aux douze dieux du conseil céleste; et je n’entends point par là ces divinités citadines, six d’un sexe et six d’un autre, dont les statues dorées se dressent au Forum, mais bien les douze dieux qui président surtout anx ^avaux des laboureurs. »

On ne peut pas juge^ d’une encyclopédie entière par un ou deux articles. Nous ne pouvons rien affirmer sur la valeur

VARRON

littéraire de plus de soixante et dix hebdomades de livres, pour parler ici comme Varron, dont il reste si peu de chose ; mais ce que nous sommes en droit de dire, c’est que, si la plupart des ouvrages du grand polygraphe étaient écrits comme le traité de V Agriculture, la perte de ces ouvrages n’est guère moins sensible aux amis des belles choses littéraires qu’aux curieux investigateurs de l’histoire des sciences et des arts antiques.

Satires Xlënlppées.

Varron, dans sa jeunesse et même dans son âge mûr, avait composé certains ouvrages, mêlés de vers et de prose, qu’il nommait des satires ménippées. Cicéron lui fait dire quelque part, dans les Académiques : « Ces écrits où j’ai répandu, il y a bien longtemps, quelque gaieté, comme imitateur et non comme traducteur de Ménippe, contiennent plusieurs choses tirées du fond de la philosophie et de la dialectique. J’ai décidé les moins instruits à me lire, en mettant ces idées à leur portée. » Qu’était-ce que ces ouvrages? il n’est pas aisé de le déterminer. Le mot satire indique seulement que c’étaient des mélanges, une sorte de potspourris, des plats composés de mets divers. Varron semble avoir repris, par delà Lucilius, les traditions de l’antique sature. Les Ménippées n’avaient probablement que peu de chose de commun avec les satires de Lucilius ; et il est douteux qu’elles ressemblassent, autrement que par la forme extérieure, à celle d’Ennius même. Le nom de Ménippées ne prouve pas que l’auteur fût un censeur bien caustique et morose des choses ou des personnes. En rappelant le souvenir du philosophe cynique Ménippe, Varron voulait sans doute simplement déclarer que ses discours ne seraient jamais fardés ; qu’il n’aimait que la vérité nue ; qu’on lui demandât des conseils, et non pas des compliments. Je ne prétends point que Varron n’ait jamais été jusqu’à la vraie < satire. Quelques titres annoncent évidemment des intentions agressives. Par exemple, la Tricipitina, sur le premier triumvirat, devait être pleine de bonnes malices, au moins contre Grassus et César. Mais il est vraisemblable que Varron

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