‹ Histoire de la littérature romaineChapitre 178 sur 397 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

se bornait, en général, à faire ce qn’îl dit dans les Aeadémûfues, à mettre à la portée de tons certains points de dialectique on de philosophie. C’était, s<ms nne autre forme, la continuation de son oeuvre encyclopé<bque. C’étaient des leçons, mais des leçons enjouées, et sur des sujets quelquefois qui n’en eussent guère souffert d’autres. Ainsi une de ses satires était consacrée à la théorie des repas d’amis. H y traitait de la physionomie du festin, et du nombre des convives; il ne voulait pas qu’on réunît moins de trois personnes à table, ni qu’on en invitât plus de neuf : « Le nombre, disait-il, doit commencer au chiffre des Grâces, et finir à celui des Muses. » Charles Labitte, qui a recueilli curieusement tous les détails relatifs aux Ménippées de Yarron, résume comme il suit ses conjectures sur le caractère de ces satires, aujourd’hui perdues : « Évidemment, une petite action dramatique y servait le plus souvent à concentrer l’intérêt, à ramener vers un centre commun l’ironie, laquelle de sa nature est courante et discursive. Dialogues, récits, épisodes, dictons, s’entremêlaient habilement ; partout la variété de la forme correspondait à la variété du fond. 'Vairon touchait tous les sujets, dans tous les rhythmes, depuis le trimètre îambique jusqu’au gallïambe , depuis l’anapeste jusqu’au vers él^aque; il mêlait le latin au grec, la citation au trait original, la parodie à l’imitation, le vers à la prose ; en un mot, ses Ménippées étaient un assaisounement piquant de toutes choses, de railleries comme d’érudition, de maximes graves comme de libres propos, de hante inspiration poétique comme de crudités moqueuses. »

Je dois dire que les fragments poétiques des Ménippées ne justifient qu’assez imparfaitement la haute inspiration que le bienveillant critique prête à Vairon. Varron n’est guère qu’un versificateur, et un versificateur cahotant et raboteux. Son inspiration, U la prend tonte faite en Grèce : il ne fait, ce me semWe, qu’imiter ou traduire. Est-ce Varron ou Eschyle qui met ces mots dans la bouche de Promêthée ? « Je suis comme Péeorce du haut des arbres, ou comme les sommets desséchés des chênes monrants dans la

VARRON

chênaie. Âacnn mortel n’entend ma voix, mais seulement l’inhospitalière solitude qui s’étend au loin sur les champs de la Scythie. Jamais mon âme inquiète ne converse avec les images évoquées par les songes ; jamais le sommeil ne verse son ombre sur mes paupières. » Les ïambes de Varron, ici comme ailleurs, manquent un peu d’harmonie, mais non pas de force ni même d’un certain éclat. Mais , pour en faire de pareils, il n’était guère besoin que de se souvenir. Le sentiment est vrai et poétique ; Charles Labitte le remarque avec raison. A qui faut-il en faire honneur? est-ce à Rome, est-ce à la Grèce ? Franchement, Varron est pour bien peu de chose dans ces vers ; et pour si peu , qu’il ne valait pas la peine de dire, comme fait notre excellent ami : c La Muse s'était doucement penchée sur le grave Romain. » J’en dis autant de la plupart des autres passages poétiques, et surtout de la tempête, qui ressemble à tout ce que nous connaissons en ce genre , et qui n’est remarquable, en latin , que par la rudesse des sons et par l’étrangeté de quelques termes, que nous nous garderons bien de traduire littéralement , tels que le midi de la nuit et les cavernes dorées du ciel : « Tout à coup, i vers le milieu de la nuit, lorsque l’air émaillé au loin de feux brûlants laissait voir le chœur des astres célestes , les nues orageuses déploient rapidement leur voile humide, font disparaître les voûtes dorées du ciel , et vomissent en bas leur eau sur les mortels. Les veuts s’étment échappés du pôle glacé, fils indomptés du septentrion, emportant avec eux tuiles, rameaux, poignées de branchages. Pour nous, abattus, brisés par la tempête, semblables à des cigognes dont le feu de la foudre ailée a brûlé les plumes , nous tombâmes sur le sol, gccablés de stupeur. »

C’est dans les sentences , dans les bons mots, dans tout ce qui tient à la morale , au bon goût , au savoir vivre , que le Varron des Mênippées retrouve ses avantages, soit qu’il enchaîne sa pensée aux lois du rhythme , soit qu’il lui laisse la libre allure de la prose. Je citerai quelques-unes de ces maximes : « H n’est si bonne moisson qui n’ait quelque mauvais épi , ni si mauvaise qui n’en ait quelque bon. — Parlez comme tous, sentez, comme le petit nombre. — La

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