‹ Histoire de la littérature romaineChapitre 18 sur 397 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

duits spontanés de l’esprit romain. Il serait difficile d’imaginer rien qui diffère plus de ce que nous avons trouvé sur le sol fécond de la Grèce. Avant que les royautés antiques eussent disparu, la Grèce d’Asie et celle d’Europe avaient une littérature depuis longtemps florissante; d’innombrables aèdes avaient chanté toutes leurs gloires; Homère et Hésiode les avaient dotées d’impérissables chefs-d’œuvre. Rome, à la chute des Tarquins, n’avait pas même encore une langue; je veux dire que la langue qu’elle parlait alors n’était encore qu’un jargon informe , un pêle-mêle d’éléments sans affinité , une chose sans nom , sans caractère, et où apparaissaient à peine les premiers germes de ce qui fut le latin. Les trois siècles qui suivirent façonnèrent la langue, ou plutôt la créèrent; mais ce fut là le suprême effort des énergies littéraires du peuple romain laissé à luimême. Quand les premiers rayons du génie grec commencèrent à percer les ténèbres de la barbarie latine, Rome en était littéralement au même point que trois cents ans plus tôt, et elle n’avait pas fait un seul pas depuis le temps des Douze Tables, ou même depuis le temps des rois. Nulle poésie, ni épique, ni lyrique, ni dramatique; rien même qui mérite le nom de poésie, si ce n’est peut-être quelques chants grossiers de paysans ou de soldats, non pas même des chants guerriers ou des hymnes pieux, mais des satires, c’est-à-dire, de toutes les choses poétiques celle qui est le moins poésie. Ce peuple belliqueux n’avait pas même ce qui ne manque point aux nations les plus barbares, ces péans, ces bardits, que le soldat germain comme le soldat grec chantait en marchant au combat. L’éloquence politique en était à ses premiers vagissements. L’éloquence judiciaire n’était pas. L’éloquence militaire seule n’attendait rien de l’avenir. La matière historique abondait en vain : nul historien n’avait paru encore. La langue du moins existait; une langue rude, énergique, pleine d’audace et de franchise; une langue de conquérants, de politiques, de législateurs; une langue qui n’avait encore excellé qu’à exprimer les besoins de la vie pratique, les commandements de la loi, ou les fantaisies despotiques d’un peuple qui voulait être obéi.

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