I.ES CINQ PREMIERS SIÈCLES
Mais cette langue était assez bien née pour reconnaître ce qui lui manquait, et pour devenir, par l’éducation, ce qu’elle n’aurait jamais été sans doute par elle-même : la langue d’une littérature.
On est tenté quelquefois de citer le nom de Sparte , quand on parle des institutions , des mœurs et du caractère des Romains. Mais ce serait faire grand tort aux enfants de Lycurgue, que de leur attribuer les goûts grossiers et l’inaptitude littéraire des enfants de Romulus. Les Spartiates aimaient passionnément la musique et la poésie. Ils ne souffraient, j’en conviens, que des chants d’une certaine valeur morale , et où la poésie et la musique fussent autre chose qu’un jeu de l’esprit et des sons agréables. La patrie adoptive de Tyrtée eut des poètes ; n’eût-elle fait qu’inspirer Alcman, on ne serait pas en droit de dire qu’elle fut dénuée du génie littéraire. La religion elle-même, chez les Romains, ne devint poétique qu’après le long travail de transformation qui la réduisit presque à n’être plus que la religion des Grecs , sauf quelques mythes purement latins, et sauf les noms latins des divinités proprement helléniques. La religion grecque avait produit spontanément trois sortes d’épopée; elle produisit aussi le dithyrambe, et, par le dithyrambe, la poésie dramatique : c’est par elle que furent et Orphée, et Homère , et Hésiode, et Arion, et Eschyle , et tant d’autres. La religion romaine, au bout de cinq siècles, avait produit le Chant des frères Arvales et les Chants saliens!